ALEXANDER BROTT

ALEXANDER BROTT

PARTENAIRE DE SAISON

brott

Né en

1915

Décédé en

2005

Œuvre au programme

Spheres in Orbit (1960)

Concert

9 mars 2017

Alexander Brott est l’un des plus importants compositeurs anglophones à avoir fait carrière au Québec. Natif de Montréal, il étudie d’abord le violon et la composition au Conservatorium McGill, avant de se rendre à la prestigieuse Juiliard School de New York, en 1934, afin de poursuivre sa formation. Là, il travaille le violon auprès de Sascha Jacobsen, la composition sous la tutelle de Bernard Wagenaar et la direction d’orchestre avec Albert Stoessel, trois disciplines dans lesquelles il se démarquera tout au long de sa carrière.

D’abord violoniste du Montreal Orchestra dès 1930, il se joint au corps enseignant de l’Université McGill en 1939 à titre de professeur de violon et de composition. Au cours de sa première année en poste, il fonde le Quatuor à cordes McGill, appelé à devenir l’Orchestre de chambre McGill – toujours actif aujourd’hui sous la direction de son fils Denis. En 1945, Alexander Brott obtient la chaise de violon solo de l’Orchestre des concerts symphoniques de Montréal (le futur OSM), poste qu’il conserve jusqu’en 1958 parallèlement à ses activités de chef adjoint de l’orchestre. Au fil des ans, les honneurs se sont accumulés pour ce compositeur : trois doctorats honoris causa lui ont été remis, de même que les titres de Membre de l’Ordre du Canada, de Chevalier de l’Ordre national du Québec et de Chevalier de l’Ordre de Malte. En 1962, il devient le premier compositeur canadien à être invité à diriger sa propre musique, de même que diverses œuvres de ses compatriotes, dans une URSS en pleine Guerre froide.

Spheres in Orbit s’inscrit dans le vaste catalogue des œuvres d’Alexander Brott, qui compte plus d’une centaine de titres destinés tant à la voix qu’à des formations instrumentales diverses. Des chefs réputés, tels qu’Otto Klemperer, Leopold Stokowski et Charles Dutoit, ont dirigé sa musique en concert.

Commandée par l’Orchestre symphonique de Montréal en 1960, cette fresque pour orchestre d’un « réalisme descriptif », selon les mots du compositeur, cherche à représenter l’âge du vol spatial. Le public est invité à prendre part à la nouvelle odyssée spatiale, qui n’en est qu’à ses débuts au moment de la composition de l’œuvre. Les sphères évoquées dans le titre sont une référence directe au tout premier satellite russe, Spoutnik.

Voisinant avec les extrêmes, polarisant les ressources mises à la portée du compositeur, Spheres in Orbit est en quelque sorte un poème symphonique au riche pouvoir d’évocation, qui met en scène à la fois le grandiose, le martial et l’infinie solitude des objets célestes. Tout au long de la pièce, les passages se révèlent à la fois contrastants et complémentaires : la vaste forme ternaire repose en effet sur l’opposition des dynamiques forte (tutti orchestraux) et piano (surtout des soli ou des passages en petits groupes instrumentaux), élaborées au fil d’accumulations successives de couches sonores. Les grandes masses du début et de la fin déploient toute la grandeur d’un orchestre rythmé, percussif et souvent dominé par la puissance et l’éclat des cuivres. Le passage central, plus calme, fait davantage dialoguer les instruments entre eux.

Notes du programme de la création de Spheres in Orbit, par Alexander Brott :

« Spheres in Orbit est dédié à mes amis de vieille date, l’Orchestre symphonique de Montréal. Parler de structure, de technique ou de truc me paraît superflu et ce serait susciter la conviction sans l’épreuve que de présenter des notes de programme extravagantes. La musique ne prend vie qu’avec la participation d’un auditoire éclairé. Je vous invite donc à vous joindre à moi dans cette envolée de la fantaisie appelée Spheres in Orbit.

La capsule est prête.
Le compte à rebours commence.
Une révélation grandiose nous envahit.
Voici le moment suprême. »

– Alexander Brott, « Mon plus grand succès », Le compositeur canadien / The Canadian Composer, n° 24, décembre 1967, p. 21.

Enregistrements

Écoutez l’enregistrement de l’œuvre par le Greater Symphony Orchestra of Soviet Radio and Television sous la direction du compositeur, enregistré en 1961 sous étiquette Baroque records et réédité en 2009 chez Orion.

Citation

« En octobre 1962, j’étais invité à exécuter cette œuvre avec divers orchestres russes en qualité de chef invité d’une tournée de l’Union soviétique dans le cadre du Programme d’échanges culturels. Même si les œuvres de musique sérielle ne sont pas appréciées de façon générale en U.R.S.S., Spheres in Orbit a remporté un succès monstre et provoqué des applaudissements et des bravos enthousiastes. C’est peut-être jusqu’à un certain point attribuable à la traduction russe du titre : Sputnik na Orbitje ! L’œuvre a été exécutée à Moscou, Léningrad, Teblisi et Yerevan. Avant mon départ, j’ai été invité à diriger l’Orchestre soviétique Bolshoï de la radio et de la télévision dans l’enregistrement de l’œuvre. »

Alexander Brott, « Mon plus grand succès », Le compositeur canadien / The Canadian Composer, n° 24, décembre 1967, p. 21.

La musique d’Alexander Brott a fait l’objet de peu d’enregistrements au cours des vingt dernières années. L’étiquette Analekta a cependant produit un disque en 2012, tiré d’une captation datant du début des années 1990.

Œuvres d’Alexander Brott, Analekta, 2012. (ANC 9801)

Les amateurs de vinyle pourront se rabattre sur les sept disques que contient l’Anthologie de la musique canadienne.

Anthologie de la musique canadienne : Alexander Brott, Radio-Canada international, 1985. (ACM 20)

Littérature

BROTT, Alexander et Betty Nygaard King. Mes réincarnations en musique : mémoires, traduit de l’anglais par Léonard Rosmarin. Toronto, Éditions du GREF, 2015.

BROTT, Alexander et Betty Nygaard King. My Lives in Music. Oakville (Ont.), Mosaic Press, 2005.

Citation

« J’ai eu l’honneur d’être le premier compositeur canadien à diriger sa propre musique en U.R.S.S. Ma femme Lotte et moi-même étions conscients de notre responsabilité à titre d’ambassadeurs culturels canadiens, et espérions établir des contacts par l’entremise du langage universel de la musique, et peut-être ainsi paver la voie vers un dialogue politique. En collaboration avec le Département canadien des affaires extérieures et le Ministère soviétique de la culture, j’ai consciencieusement élaboré le programme, auquel s’inscrivait ma composition la plus récente, une œuvre sérielle intitulée Spheres in Orbit. Cet opus véhicule l’apparente légèreté du satellite Spoutnik, que nous avions aperçu dans le ciel au-dessus de notre maison en 1958. »

BROTT, Alexander et Betty Nygaard King. My Lives in Music. Oakville (Ont.), Mosaic Press, 2005, p. 118. Traduction libre de la rédaction.