Brian Current

Brian Current

PARTENAIRE DE SAISON

current

Né en

1972

Œuvre au programme

The Seven Heavenly Halls

Concert

19 octobre 2016

À l’heure actuelle, Brian Current est l’un des compositeurs les plus prisés de la scène musicale canadienne. Natif d’Ottawa, il obtient d’abord un diplôme de l’Université McGill – où il étudie sous la supervision des compositeurs Bengt Hambraeus et de John Rea – avant d’entamer un doctorat à la réputée Université de Californie à Berkeley, d’où il gradue en 2002.

La carrière de Brian Current touche tant à la composition qu’à la direction d’orchestre, et ces deux dimensions se nourrissent mutuellement. Le travail sur les textures orchestrales qui caractérise son style découle directement de la connaissance des instruments qu’il a acquise au fil des ans à titre de chef. D’autre part, son travail de compositeur pourrait avoir un impact sur le répertoire qu’il défend en concert.

On décèle aussi dans sa musique un intérêt prononcé pour une écriture rythmique vive et fluide, qui ne manque pas de rappeler le minimalisme énergique du compositeur américain John Adams.

La musique de Brian Current a été exécutée à travers le monde. Programmées tant par les grands orchestres symphoniques que par les ensembles spécialisés en musique contemporaine, ses œuvres ont su gagner à la fois la faveur du public et celle des musiciens, ainsi qu’en témoignent les nombreux prix et distinctions obtenus au cours de sa carrière. Parmi ceux-ci, soulignons une prestigieuse Bourse Guggenheim (É.-U.), le Barlow Prize pour la musique d’orchestre et le Premio Fedora, qui lui fut décerné en Italie pour son opéra de chambre Airline Icarus. Sa pièce pour orchestre For TheTime Being (1999) a aussi été primée à l’occasion de la Tribune internationale des compositeurs de l’UNESCO, qui s’est tenue à Paris en 2001.

Note de programme

Notes de Brian Current au sujet de The Seven Heavenly Halls (Les sept palais célestes)

Je me suis intéressé au Zohar (Livre de la Splendeur) lors de ma recherche de textes pour The River of Light (Le fleuve de lumière), un oratorio de grande envergure en plusieurs mouvements pour chœur, orchestre et solistes. Le titre du cycle provient du Paradis de Dante, lorsque le pèlerin pénètre dans le centre lumineux du paradis et déclare : « Je vis lumière en forme d’un grand fleuve, roulant sa reflambie entre deux rives peintes de trop mirable primevère ». Le librettiste Anton Piatigorsky, avec qui je collabore fréquemment, a écrit plusieurs pièces de théâtre inspirées par la mystique juive ; je lui ai donc demandé s’il connaissait des textes historiques juifs dont les thèmes s’apparentaient au voyage de Dante. Il m’a initié au Zohar, qu’il décrit comme l’œuvre maîtresse de la Kabbale et la plus mystérieuse de la mystique juive.

Il s’agit d’un merveilleux document écrit sous le nom de Simeon bar Yochai (IIe siècle) mais principalement attribué par les spécialistes à Rabbi Moïse de Léon (1240-1305). En lisant le Zohar, j’ai immédiatement entendu une musique mouvementée pleine de couleurs orchestrales.

« Avant toutes choses, le Roi a permis la transformation du vide en un éther transparent, fluide, impondérable, pareil à la lumière provenant des corps phosphorescents. Ensuite par un mystère des plus secrets de l’infini, ce fluide se métamorphosa en un gaz dépourvu de toute configuration aériforme, ni blanc, ni noir, ni rouge, ni vert, ni d’aucune couleur] … [dans la lumière il existe une onde qui est la cause efficiente de la variété des couleurs en ce bas monde. »

Ce qui m’a encore plus inspiré dans le Zohar, c’est la référence à sept palais célestes correspondants à autant de visions de l’extase. Après avoir traversé six palais, chacun d’une couleur distincte, un voyageur mystique, tel le pèlerin de Dante, atteint un septième état « incolore ». En musique, la couleur réfère au timbre créé par les différentes combinaisons d’harmoniques. Les harmoniques aigues génèrent des couleurs brillantes et les graves, des couleurs sombres. Comme bien des compositeurs, j’aime utiliser toutes les possibilités de couleurs orchestrales ; j’ai imaginé une œuvre composée de sept états extatiques représentés par des couleurs et des textures différentes, en y ajoutant trois mouvements d’introduction. La pièce est divisée en dix sections :

  1. 1. Introduction : Ceux qui auront été savants brilleront comme les feux du firmament
  2. 2. Ceci est la lumière
  3. 3. Les sept palais célestes
  4. 4. Premier palais : Yesod (Fondation)
  5. 5. Deuxième palais : Hod (Splendeur)
  6. 6. Troisième palais : Netzach (Victoire)
  7. 7. Quatrième palais : Gevura (Force)
  8. 8. Cinquième palais : Ahava (Amour)
  9. 9. Sixième palais : Ratzon (Volonté)
  10. 10. Septième palais : Kodesh Ha Kadashim (Saint des saints)

   

Le ténor soliste sert de guide pour la traversée des palais célestes et d’intermédiaire aux textes du Zohar.  Dans les moments calmes, il chante dans un style proche de la cantillation, inspiré des modes traditionnels Ahavah Rabbah, Magein Avot et Adonai Malach. Par contraste, le chœur est imaginé comme une myriade de voix se mêlant à la texture de l’orchestre superposant les sons du Sefiroth : keter, binah, chochmah, da’at, chesed, gevurah, tiferet, hod, netzach, yesod et malchut. Ceux-ci sont placés en stéréo dans le chœur en trois colonnes (gauche, milieu, droite) selon la configuration traditionnelle (S=Soprano, A=Alto, T=Ténor, B=Basse) :

Keter (T3, B3)

Binah (S3) Chachmach (A3)

Gevurah (S2) Hesed (A2)

Tiferet (T2, B2)

   Hod (S1) Netzach (A1)

Yesod (T1, B1)

The Seven Heavenly Halls est la première partie de River of Light, un oratorio qui traite de la transcendance et est fondé sur des textes issus de plusieurs traditions (hindoue, chrétienne, juive, des Premières Nations, soufie, maorie et chinoise) qui décrivent des parcours mystiques vers un état d’extase.

Merci à Anton Piatigorsky de m’avoir fait découvrir ces textes et de les avoir adaptés, à Yehoshua Rosenthal à Jérusalem pour les avoir traduits, ainsi qu’aux spécialistes Daniel Matt (Université de Californie à Berkeley), Nathan Wolski (Université de Monash) et Arthur Haberman (Université de York) de m’avoir aidé à trouver et à interpréter les textes. Un grand merci aussi à l’Orchestre symphonique de Montréal de créer l’œuvre avec l’extraordinaire ténor Frédéric Antoun. Mes remerciements les plus vifs vont à la Fondation Azrieli pour son énorme travail en coulisse et son approche visionnaire de l’appui aux arts qui, j’en suis persuadé, inspirera plusieurs mécènes pour des années à venir.

Brian Current   

The Seven Heavenly Halls s’inscrit dans le projet de musique Azrieli, qui célèbre, encourage et assure la création de nouvelles musiques orchestrales juives.

Vidéos

Écoutez Strata (2010) de Brian Current, interprété par l’ensemble Continuum.

Enregistrements

Brian Current : Airline Icarus, Naxos – Classiques canadiens, 2014. (8.660356)

Brian Current : This Isn’t Silence, Centredisques, 2007. (CMCCD 12607)