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Bach, Messe en si mineur

Également présenté dans le cadre du Festival Bach de Montréal. Concert de clôture du festival.

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
40$* à 105$*
Dates de ce concert
Vendredi 6 Décembre 2013 - 19h30 Terminé
Samedi 7 Décembre 2013 - 19h30 Terminé
Artistes
Kent Nagano, conductorchef d'orchestre
Sibylla Rubens, sopranosoprano
Ann Hallenberg, mezzo-sopranomezzo-soprano
Julian Prégardien, tenorténor
Markus Werba, bassbasse
OSM ChoirChoeur de l'OSM
Andrew Megill, OSM Chorusmasterchef de chœur

Présentation du concert

BACH, Messe en si mineur

 

« Ce qui me fascine dans la grande Messe en si de Jean-Sébastien Bach, c'est l'alchimie musicale, avant même de connaître son message religieux […] et son contexte historique […]. C'est cette structure sensible qui opère cette unité. » C’est en ces termes que le compositeur français Marc-André Dalbavie n’hésite pas à évoquer la magistrale Messe en si mineur de Bach, véritable acte de foi du compositeur, que l’on peut néanmoins apprécier sans se réclamer d’une confession particulière. Elle est interprétée ici par des solistes exceptionnels, l’OSM et son chœur, placés sous la direction de Kent Nagano.

L’OSM est le partenaire symphonique officiel du Festival Bach de Montréal.
 

 

 « Tel un immense rocher primitif, la Messe en si mineur de Bach s’élève. Son sommet se perd dans les nuages, dans une multitude de bleus ensoleillés; solitaire et sublime, il ne peut être approché par aucune autre musique. » (Sir Donald Francis Tovey)

Bach n’a pas écrit cette messe comme une unité structurelle préconçue. On pourrait plutôt dire que l’œuvre a été « assemblée » plutôt que « composée ». Les 26 numéros individuels de la messe (25, si Gloria in excelsis Deo et Et in terra pax sont pensés comme une seule entité) ont été écrits sur une période de près de 35 ans. Exception faite du Confiteor, Bach a transcrit, retravaillé ou adapté du matériau provenant de neuf cantates différentes. L’autographe de la Messe complète nous est parvenu en quatre segments distincts, liés par les titres Missa (Kyrie and Gloria), Symbolum nicenum (Credo), Sanctus et Osanna BenedictusAgnus Dei Dona nobis pacem. En tant qu’entité collective, elle ne devait porter ce titre qu’en 1790, quand elle a été inscrite au catalogue des biens de son fils Carl Philip Emmanuel sous le titre Der grosse catolische Messe. Le nom sous lequel nous connaissons l’œuvre aujourd’hui, Messe en si mineur, ne devait apparaître qu’au 19e siècle.

L’intention de Bach en créant cette prodigieuse œuvre dont l’interprétation dure plus de deux heures est encore objet de différend entre spécialistes. Elle ne se conforme de façon stricte ni à la liturgie catholique ni à la luthérienne et est bien trop longue pour s’inscrire dans un service de l’une ou l’autre. Pourtant, les pages des quatre sections liées de l’autographe complet sont numérotées de façon consécutive du début à la fin, ce qui nous permet d’avancer que Bach, dans un monde idéal, avait espéré une interprétation complète en concert. (Cela n’aura jamais été le cas.) Jonathan Kramer, ancien rédacteur de notes de programme pour le Cincinnati Symphony, suggère qu’elle a probablement été conçue comme « une déclaration universelle de foi qui transcende une orthodoxie en particulier […] moins une conception unifiée qu’un hymne de foi inclusif ». La première interprétation complète connue a été donnée à Leipzig en 1859 sous la direction de Carl Riedel, plus d’un siècle après sa conception – et même alors, celle-ci a été chantée dans une traduction allemande, pas en latin.

KYRIE : Dans le premier geste, Bach donne le ton ambitieux de la messe entière, suscitant une impression d’immensité et d’envergure presque cosmique pour ce qui va suivre. Les six mots tout simples du texte du Kyrie sont élargis en une structure en trois parties de vingt minutes. Deux arrangements graves et monumentaux du Kyrie eleison ceignent un Christe eleison central doux et intime. Mentionnons ici que le premier Kyrie se termine dans la tonalité du début, si mineur, que nous ne retrouverons presque plus ensuite. Désormais, la tonalité principale sera majeur, avec des excursions périodiques dans d’autres tonalités.

GLORIA : Après la profondeur et l’essor de l’arche du deuxième Kyrie, une atmosphère entièrement autre est exposée par les trompettes joyeuses et festives dans la première proclamation du Gloria. Elle se poursuit sans pause jusqu’au Et in terra pax, d’abord solennel, mais en ascension jusqu’à la conclusion puissamment radieuse. L’humeur joyeuse est maintenue dans le Laudamus te qui suit, un air pour soprano avec violon obbligato (qui devient un deuxième soliste important). L’entrelacement du violon et de la soprano dans cette page de ravissement contenu nous laisse voir un Bach au sommet de son art contrapuntique. Dans le Gratias tibi, le chœur revient avec une autre fugue stricte à quatre voix. Des trompettes retentissent dans l’aigu, ce qui ajoute un éclat supplémentaire à ce bref passage. Les flûtes et des cordes avec sourdine amorcent un fascinant dialogue entre le ténor et la soprano solistes dans le doux Domine Deus. Le sombre et réservé Qui tollis vibre jusqu’à son apex puis se retire. La retenue se maintient dans le Qui sedes, un air pour mezzo-soprano avec hautbois d’amour obbligato (instrument maintenant désuet, mais courant à l’époque de Bach). Dans le Quoniam, la basse soliste est entendue pour la première fois, avec la présence d’un cor obbligato. Cet hommage au Christ nous mène directement au chœur final, Cum Sancto Spiritu, débordant de contrepoint complexe et d’écriture chorale virtuose.

CREDO : Le Credo s’ouvre sur un grandiose passage choral construit sur un chant grégorien en mode myxolydien. La texture contrapuntique à sept voix est immédiatement suivie du tout aussi imposant Patrem omnipotentem. Dans Et in unum, Bach démontre l’unité entre Père et Fils, en dépit de leurs identités distinctes, en confiant aux deux solistes le même motif musical, présenté avec un décalage d’un temps. Le majestueux Et incarnatus est nous mène au Crucifixus. Comme s’il était paralysé par l’horreur et la stupéfaction, le chœur évoque l’horrible scène du Calvaire avec un motif descendant du Christ sur la croix. Alors qu’il cède au chagrin le plus profond, un rayon d’espoir brille, comme si la musique émergeait soudainement du mi mineur et se résolvait en sol majeur. L’espoir est comblé dans Et resurrexit, mouvement joyeux qui, de nouveau, intègre trompettes et timbales. Un autre air pour basse, Et in spiritum sanctum (richement orné par deux hautbois d’amour) et un autre mouvement choral, Confiteor (basé sur un chant grégorien), portent le Credo vers son chœur final, Et expecto, qui survient sans pause en un élan soudain d’énergie. Le ton sévère et les errances chromatiques des lignes mélodiques qui imprègnent le Confiteor disparaissent en une musique festive pleine de lignes ouvragées et de trompettes brillamment virtuoses qui proclament la résurrection d’entre les morts.

SANCTUS : Le Sanctus s’ouvre sur un puissant chœur à six voix, soutenu par tout l’orchestre. Le tissu choral continuellement en mouvement est complété par les hautbois, les trompettes brillantes et les timbales, en un des plus denses pages de la Messe. La splendeur baroque n’a jamais été exposée de façon si éclatante que dans ce Sanctus.

OSANNA – BENEDICTUS – AGNUS DEI – DONA NOBIS PACEM : Le double chœur de l’Osanna est tout aussi splendide. Chaque ensemble choral est écrit à quatre voix, auxquels se greffe l’orchestre, agissant comme troisième ensemble. L’infiniment tendre Benedictus pour ténor solo et soit violon ou flûte obbligato (Bach ne l’a pas spécifié, mais on utilise habituellement la flûte aujourd’hui) se veut en total contraste avec les textures denses de l’Osanna, répété ensuite. Le méditatif Agnus Dei est remarquable grâce à son utilisation poignante du chromatisme et le timbre chaleureux et réconfortant du solo de contralto. Bach conclut sa grande Messe par une noble prière de paix, Dona nobis pacem, qui reprend la même musique que le Gratias, entendu plus tôt dans le Gloria. Le chef d’orchestre et spécialiste Nikolaus Harnoncourt s’interroge : « La merveilleusement fervente prière de louage du Gloria ne peut que s’insinuer profondément dans chaque auditeur; pourquoi les mots “Donnez-nous la paix” ne résonneraient-ils pas avec le même accent de gratitude la plus profonde? Joindre la gratitude et la paix dans une prière pour la paix : pouvait-on trouver une conclusion plus appropriée à la dernière grande œuvre chorale de Bach? »

 

Robert Markow

Traduction de Lucie Renaud

Séries de ce concert
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