Beethoven & Berg

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
41$* à 215$*
Loges à partir de 130$*
* La tarification, les artistes, le répertoire, les dates et les heures des concerts peuvent être modifiés sans préavis.

Les prix indiqués incluent des frais non remboursables de 8 $ par billet, taxes en sus. Certains frais de manutention peuvent être exigés.
Dates de ce concert
Mercredi 20 Mars 2013 - 20h00 Terminé
Jeudi 21 Mars 2013 - 20h00 Terminé
Artistes
KENT NAGANO, conductorchef d’orchestre
VIVIANE HAGNER, violinviolon

Présentation du concert

BEETHOVEN
Symphonie no 1
BERG
Concerto pour violon
BEETHOVEN
La Bataille de Vittoria (ou Victoire de Wellington) (première à l'OSM)
BEETHOVEN
Symphonie no 7

 

Kent Nagano et l’OSM offrent un triplé Beethoven, qui comprend la Première Symphonie, dédiée au baron Van Swieten, l’un des premiers protecteurs de Beethoven à Vienne, la Septième, peut-être la plus attachante d’entre toutes par la richesse des thèmes et son accessibilité et La Bataille de Vittoria, courte pièce qui célèbre la victoire remportée par Wellington sur Napoléon.

Viviane Hagner interprètera de plus le Concerto « à la mémoire d’un ange » d’Alban Berg, qui allie lyrisme et dodécaphonisme.

 

De la première incursion d’un jeune compositeur dans le répertoire symphonique à ses œuvres plus tardives d’une rare maîtrise, en passant par la dernière composition d’un moderniste réticent souffrant, ce concert explore les thèmes de la libération de l’esprit et du style musical; révolution, victoire et, ultimement, mort et souvenir. Séparées par douze années, une révolution et une guerre, les Première et Septième Symphonies de Beethoven marquent l’émancipation progressive du compositeur des normes musicales viennoises. D’abord largement tributaire de Haydn et de la tradition « classique », Beethoven avait adopté en 1812 une subjectivité héroïque propre et porté la forme symphonique à de nouveaux sommets. Dans la « Symphonie de la bataille », Beethoven se montre un maître d’imagerie sonore pour transmettre la victoire de Wellington à Vitoria. Les batailles ne se soldent pas toutes par des victoires : le Concerto pour violon de Berg conjure souvenirs et nostalgie, tant par son côté méditatif éploré que ses allusions omniprésentes au langage romantique des prédécesseurs allemands et autrichiens.
 

Ludwig van Beethoven

Né à Bonn le 16 décembre 1770
Mort à Vienne le 26 mars 1827

Symphonie no 1 en do majeur, opus 21

Adagio moltoAllegro con brio
Andante cantabile con moto
Menuetto : Allegro molto e vivace – Trio
Adagio – Allegro molto e vivace

Complétée en 1800 et donnée en avril, la Première Symphonie de Beethoven était l’une de ses plus populaires de son vivant. Sa forme et ses détails la rapprochent de Haydn, que Beethoven vénérait, avec lequel il avait brièvement étudié. Ses fréquentes adaptations pleines d’esprit sont également très haydniennes : la toute première mesure donne l’impression d’être une cadence dans la mauvaise tonalité, alors que l’Adagio de mauvais présage placé au début du finale n’est qu’une moquerie. La Première Symphonie révèle aussi que Beethoven, alors âgé de presque 30 ans, n’était plus un apprenti, mais un compositeur mûr, fortement individualiste, prêt à contourner les règles pour poursuivre ses buts idiosyncrasiques.

On y retrouve aussi des signes avant-coureurs de son langage symphonique ultérieur : les proportions généreuses, la structure imposante, l’orchestration grandiose (avec un accent inusité sur les bois en tant que masse, ce qui produit parfois un effet militaire). Le gracieux mouvement lent est plus enjoué que profond, à peine assombri par des moments passagers de véhémence, alors que le troisième, court et en apparence modeste, nous offre le premier des scherzos symphoniques associés à Beethoven, d’esprit sinon de nom, l’indication « Menuetto » attendue étant contredite par un tempo rapide.
 

Alban Berg

Né à Vienne le 9 février 1885
Mort à Vienne le 24 décembre 1935

Concerto pour violon

AndanteAllegretto
AllegroAdagio

Même si le Concerto pour violon de Berg est une œuvre dodécaphonique, sa forme, ses textures, sonorités, mélodies, rythmes et gestes proviennent du Romantisme et de l’Expressionnisme allemands; la musique possède une étrange intensité émotionnelle, une atmosphère de désir, de pathos et de poignante nostalgie.

Le concerto est une commande, passée en 1935 par le violoniste Louis Krasner. Berg accepta le contrat, car il avait besoin d’argent, mais devait trouver un autre stimulus : la mort, en avril 1935, de Manon Gropius, la fille adolescente de l’architecte Walter Gropius et de sa femme Alma (veuve de Mahler). Malgré des problèmes de santé, il a travaillé avec fureur à ce « requiem » pour Manon. Dernière œuvre complétée, en août, ce concerto a été créé à Barcelone en avril de l’année suivante. Berg l’a dédié à Krasner et « à la mémoire d’un ange » – même si l’œuvre est également remplie de symbolisme numérologique et de codes secrets musicaux qui cache un deuxième programme, « secret », de nature autobiographique.

Il est composé de deux longs mouvements, chacun divisé en deux sections liées et contrastantes. Berg fait allusion aux formes traditionnelles (ternaire, menuet et trio), mais dans l’ensemble la structure est déterminée par l’histoire de Manon. Après un Andante, l’Allegretto « capture la vision de cette charmante jeune fille dans une danse gracieuse ». Nous entendons une musique urbaine aux inflexions viennoises (« délicat et rêveur »), puis une section plus rustique, qui rappelle le ländler, une valse et finalement, « comme une pastorale », un chant folklorique de Carinthie, tendrement cité. Un « sauvage cri orchestral » introduit le deuxième mouvement, dans lequel « une action démoniaque mène irrésistiblement vers la catastrophe ». L’Allegro, torturé, instable, férocement dissonant, dépeint la maladie et la mort de la jeune fille, le tendre et solennel Adagio la libération de la souffrance de son âme et son ascension vers le repos éternel, y incorporant le choral de requiem luthérien « Es ist genug! » (C’est assez!). La musique est solennelle, tendre, déchirante, particulièrement la coda, alors que le violon qui s’envole devient « l’ange ».
 

Ludwig van Beethoven

Né à Bonn le 16 décembre 1770
Mort à Vienne le 26 mars 1827

Wellingtons Sieg, oder Die Schlacht bei Vittoria, opus 91 (La victoire de Wellington ou la bataille de Vitoria)

Schlacht (Bataille)
Sieges Sinfonie (Symphonie de la Victoire)

En 1813 et 1814, Beethoven vit dans la confusion et il compose peu d’œuvres substantielles; pourtant, sa célébrité est au sommet. Impatient de l’exploiter, il écrit une poignée de pièces patriotiques honorant les nations qui s’étaient alliées contre la France et le Congrès de Vienne qui suivra, dont plusieurs œuvres chorales flagorneuses et, à la fin de 1813,  La Victoire de Wellington, qui célèbre la défaite de Napoléon aux mains de l’armée anglaise à Vitoria (mal épelé par Beethoven), en Espagne. Conçue originellement pour un nouvel instrument mécanique, le « panharmonicon », l’œuvre a été créée, au final, par un orchestre, en décembre, lors de deux concerts de charité à Vienne, et se révélerait populaire et lucrative.

Cette page est anormalement programmatique et réaliste pour Beethoven. La première partie dépeint les préparatifs des armées, le début de la bataille et l’assaut britannique qui enfin disperse les Français, la seconde se veut un portrait de l’Angleterre victorieuse. Les combattants sont dessinés à grands traits de marches nationales (la Française est malheureusement mieux connue aujourd’hui sous le nom For He’s a Jolly Good Fellow). La seconde se veut un portrait de l’Angleterre victorieuse, s’inspirant du God Save the King. L’orchestration bruyante comprend des percussions évoquant fusils et canons et Beethoven a laissé deux pages d’instructions conçues pour maximiser la puissance d’évocation de la musique.

La Victoire de Wellington a été perçue comme superficielle, grandiloquente, opportune, propagandiste – kitsch –, une dilution du style « héroïque » de Beethoven; néanmoins, elle reste adroite et efficace à sa façon. Beethoven considérait apparemment le tout comme une rigolade.
 

Symphonie no 7 en la majeur, opus 92

Poco sostenuto – Vivace
Allegretto
Presto – Assai meno presto
Allegro con brio

Complétée en 1812 et jouée en décembre 1813, la Septième Symphonie de Beethoven est la dernière œuvre importante de sa décennie « héroïque » et est devenue l’une de ses plus populaires, même si on l’a considérée difficile et excentrique. (Weber n’a pas hésité à déclarer Beethoven « mûr pour l’asile ».) Elle comprend des passages sombres et inquiétants, mais se révèle joyeuse et festive. Un élan rythmique sans précédent anime chaque mouvement, même l’Allegretto avec son allure « processionnelle ». Combiné au développement intensif de courts motifs et une orchestration grandiose, cela donne une musique enthousiasmante, de grande puissance.

Une longue introduction lente établit les sonorités massives de la pièce, ses amples proportions et sa rhétorique élevée, puis dans le Vivace, le premier mouvement s’enflamme sous nos yeux, la tension rythmique s’accumulant jusqu’à une libération fulgurante. L’Allegretto funèbre, un sombre thème et variations, instille une note de tragédie, et même si l’atmosphère lugubre se relâche brièvement à deux reprises à travers deux idylles, le mouvement s’essouffle comme de désespoir. Le Presto propulsif – l’un de nombreux scherzos en cinq sections des dernières années de Beethoven – est anormalement un long scherzo et son plus solennel Trio citerait un hymne autrichien de pèlerins. Le finale est encore plus chargé rythmiquement que le Vivace, balayant tout dans un galop furieux, jusqu’à un gigantesque apex bruyant. La musique ne connaîtrait un élan et une puissance dionysiaques d’une telle intensité avant la Neuvième de Beethoven.

 

Kevin Bazzana

Traduction de Lucie Renaud