Philippe Sly

Berlioz: La Damnation de Faust

Une ouverture de 80e saison qui marquera les mémoires, sous la direction de Kent Nagano

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
40$*
Loges à partir de 198$*
Dates de ce concert
Jeudi 12 Septembre 2013 - 20h00 Terminé
Dimanche 15 Septembre 2013 - 14h30 Terminé
Mardi 17 Septembre 2013 - 20h00 Terminé
Artistes
Kent Nagano, conductorchef d’orchestre
Anna Caterina Antonacci, mezzo-soprano (Marguerite)soprano (Marguerite)
Michael Schade, tenor (Faust)ténor (Faust)
Philippe Sly, bass-baritone (Mephistopheles)baryton-basse (Méphistophélès)
Alexandre Sylvestre, bassbasse
Choeur de l’OSM,
Andrew Megill, chorus directorchef de choeur

Présentation du concert

BERLIOZ, La Damnation de Faust

 

« Légende dramatique » basée sur la première version du Faust de Goethe, La Damnation de Faust demeure une œuvre magistrale. L’action y est centrée autour du trio Marguerite, Faust et Méphistophélès, dont les rôles seront interprétés par la soprano Ana Caterina Antonacci, lauréate des Concours Verdi , Maria Callas et Luciano Pavarotti, le ténor Michael Schade, qui depuis sa victoire au concours d’oratorio de New York en 1990 mène une carrière éblouissante,  et le baryton-basse Philippe Sly, lauréat d’un nombre record de prix lors de l’édition 2012 du Concours Musical International de Montréal.   L’OSM et son Chœur seront placés sous la direction de Kent Nagano lors de ce concert célébrant avec faste l’ouverture de la 80e saison de l’Orchestre.

 

Aux côtés de l’opéra de Gounod, La Damnation de Faust de Berlioz reste l’une des lectures musicales les plus populaires de l’histoire de Faust; plusieurs n’hésiteront pas à la qualifier de la plus irrésistible.

Hector Berlioz

Né à la Côte-Saint-André (près de Grenoble), le 11 décembre 1803 – Mort à Paris, le 8 mars 1869

La Damnation de Faust, opus 24

On peut retracer les origines de la légende de Faust, mortel ayant vendu son âme au diable en échange de la connaissance du sens de la vie et de l’univers, aussi loin que le 15e siècle. On peut supposer qu’à l’époque existait en Allemagne un Dr Johann ou Georg Faust, notoire pour ses expériences de sorcellerie. Comme plusieurs autres auteurs, Christopher Marlowe en Angleterre (1588) et Johann Wolfgang von Goethe en Allemagne (première partie en 1808, deuxième en 1832) se sont inspirés de la légende pour leurs œuvres les plus célèbres.

L’attrait de la légende s’est également transmis en musique. L’une des premières relectures est une pantomime musicale, Harlequin Faustus, montée à Londres en 1715. De nombreux traitements opératiques à grand déploiement ont commencé à voir le jour à la fin du 18e siècle et ont perduré jusqu’à aujourd’hui, grâce à Spohr, Donizetti, Gounod, Boito et Busoni, pour ne nommer que les compositeurs les plus connus. Parmi les œuvres non opératiques inspirées de Faust, on retrouve aussi des symphonies de Liszt et Mahler (sa Huitième), des ouvertures de Wagner et Smetana, ainsi que les inclassables Scènes du Faust de Goethe de Schumann et La Damnation de Faust de Berlioz.

En novembre 1827, deux mois tout juste après que le jeune homme de 23 ans ait été transporté par sa rencontre avec Shakespeare, une traduction française de Gérard de Nerval du Faust, première partie de Goethe est parue à Paris. Son impact sur le jeune compositeur se révélerait explosive. Les premiers fruits de cette nouvelle obsession littéraire deviendraient Huit Scènes de Faust, écrites à la fin 1828, publiées en avril de l’année suivante comme son opus 1. Berlioz devait finir par retirer l’œuvre de son catalogue (son ouverture Waverly la remplacerait en tant qu’opus 1), mais presque tout le matériel des Huit Scènes serait intégré à sa Damnation de Faust. Berlioz mit la dernière touche à la partition le 19 octobre 1846. Le résultat se décline comme une œuvre d’une continuité sans faille, en quatre grandes parties et vingt numéros indépendants, d’une durée de plus de deux heures.

La création organisée par Berlioz avec ses propres fonds, le 6 décembre 1846, devait se révéler un échec incontestable. Une seule autre présentation serait donnée, le 20 décembre, avant que l’œuvre ne soit retirée de l’affiche. De façon ironique, le public parisien devait tomber en amour avec l’œuvre moins de dix ans après la mort du compositeur et les mélomanes continuent de lui vouer un grand respect depuis, plusieurs extraits, dont la « Marche Rákóczy », le « Ballet des sylphes » et le « Menuet des follets » faisant maintenant partie des incontournables du répertoire symphonique.

La couleur, le drame, l’atmosphère, des personnages intéressants, des numéros choraux nombreux et variés, ainsi que le traitement de questions cruciales devraient permettre à l’œuvre d’être montée sur scène, mais les changements de lieux fréquents et drastiques vont clairement à l’encontre d’une telle décision. « Voilà essentiellement, note Hugh Macdonald, une œuvre pour le théâtre préféré de Berlioz : l’imagination. Elle lui permet de faire chevaucher réflexion et mouvement, fantaisie et réalisme, ce qu’un opéra ne peut aisément permettre. Les changements d’atmosphère relèvent parfois plus de l’univers du rêve que du théâtre. »

La première partie nous propose un Faust vu sous divers éclairages, commençant par une rêverie pastorale printanière, sujet que les Romantiques adorent. De joyeux paysans interrompent la scène tranquille, mais Faust se révèle incapable de partager leur bonne humeur et se dirige vers une autre scène dans laquelle les soldats marchent. Un interlude orchestral introduit l’excitante « Marche Rákóczy », mais Faust ne peut s’identifier aux soldats et à leur recherche de gloire militaire. Il se retire.

La deuxième partie s’amorce sur la populaire image faustienne du vieil homme seul dans son cabinet : mélancolique, las du monde, en profonde réflexion. Alors qu’il s’apprête à avaler le poison qui mettra fin à ses jours, il entend les joyeuses sonorités d’un hymne pascal et reconsidère les mérites de la vie. À ce moment, Méphistophélès apparaît. Il propose à Faust de transformer ses rêves en réalité et Faust accepte. Instantanément, ils se retrouvent dans le cellier d’Auerbach à Leipzig, où se déroule une immense fête. Brander, l’un des participants, chante une horrible ballade au sujet d’un rat empoisonné. Méphistophélès répond avec sa sardonique « Chanson de la puce », mais Faust n’est pas impressionné par tout ce chahut. Méphistophélès l’amène ensuite dans un lieu entièrement autre, les bois et prairies paisibles sur les bords de l’Elbe. Faust s’y endort alors que l’enchanteur et exquis « Ballet des sylphes », séquence de rêve, le délecte. Au milieu de ce rêve, il a une première vision de Marguerite et, une fois éveillé, demande à Méphistophélès de la rejoindre. Ils tombent amoureux au milieu d’une bruyante bande de soldats et d’étudiants, chaque groupe chantant sa musique, alors qu’ils marchent tous vers la ville de Marguerite.

Dans la troisième partie, Faust attend Marguerite dans la chambre de celle-ci. Il se cache quand elle entre et elle se lance dans la « Ballade du roi de Thulé ». Accompagnée par l’alto solo, elle évoque les amoureux fidèles, un sujet approprié alors qu’elle anticipe sa rencontre avec Faust, à qui elle a aussi rêvé. Méphistophélès fait apparaître une horde de follets juste devant la maison de Marguerite et la jeune fille s’endort d’un sommeil enchanté, avant d’être réveillée par la diabolique « Sérénade » de Méphistophélès, qui la mène tout droit dans les bras de Faust. Ils expriment leur nouvel amour, mais Méphistophélès entre sans autorisation, suivi par des voisins harcelants.

La quatrième partie s’ouvre sur un solo de Marguerite. Accompagnée par les sonorités tendres et mélancoliques du cor anglais, elle désire ardemment Faust, qui l’a déjà abandonnée. De robustes étudiants envahissent les rues du voisinage, ajoutant une note d’ironie à la scène. Faust n’est toujours pas satisfait. Nous le retrouvons dans une forêt désolée, où il livre sa grande « Invocation à la nature », un soliloque panthéiste puissant à travers lequel il communie avec la seule force qui pourra satisfaire désir et ennui insatiables. (Le texte est de Berlioz.)

Le contrôle que Méphistophélès exerce sur Faust est maintenant presque entier. Dans la scène suivante, les cors ponctuant la musique symbolisent en termes effrayants la chasse bien réelle qui se joue, celle du diable pour l’âme de Faust. Méphistophélès apprend à Faust que Marguerite est en prison, attendant la mort pour avoir tué sa mère, mort causée par une overdose de potion somnifère, ingérée pour permettre aux deux amants de se retrouver en toute tranquillité. Si Faust signe un document dans lequel il accepte de servir Méphistophélès, Marguerite sera libérée. Il signe. Galopant furieusement sur des étalons noirs, Faust croit qu’il chevauche aux côtés de Méphistophélès pour sauver Marguerite, mais des démons le traînent vers l’abîme de l’enfer, pendant que Marguerite, se repentant de ses péchés, est accueillie au paradis par un chœur d’anges.

Robert Markow

Traduction de Lucie Renaud

 

* La tarification, les artistes, le répertoire, les dates et les heures des concerts peuvent être modifiés sans préavis.

Les prix indiqués incluent des frais non remboursables de 9 $. Certains frais de manutention peuvent être exigés.