Soirée du 22 mai présentée par

David Zinman dirige la Cinquième de Mahler

« Stephen Kovacevich est un maître qu'il faut admirer; tout en étant fidèle à l'esprit de la musique, c'est un interprète tout à fait original. » (International Piano)
Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
41$* à 193$*
Loges à partir de 110$*
* La tarification, les artistes, le répertoire, les dates et les heures des concerts peuvent être modifiés sans préavis.

Les prix indiqués incluent des frais non remboursables de 7 $ par billet, taxes en sus. Certains frais de manutention peuvent être exigés.
Dates de ce concert
Mercredi 22 Mai 2013 - 20h00 Terminé
Jeudi 23 Mai 2013 - 20h00 Terminé
Artistes
DAVID ZINMAN, conductorchef d’orchestre
STEPHEN KOVACEVICH, piano piano

Présentation du concert

MOZART
Concerto pour piano no 18, K.456, « Paradis »
MAHLER
Symphonie no 5

 

Dirigeant depuis 50 ans les plus grands orchestres, David Zinman réussit encore et toujours à rendre communicative sa passion pour la musique. Fort d’une discographie de plus de 100 titres, il a récemment terminé le cycle complet des symphonies de Mahler avec le Zurich Tonhalle Orchestra. Il accompagne l’OSM dans sa vision de sa Cinquième symphonie, dont la structure générale va du sombre rythme de marche funèbre au climax victorieux du choral.

 

Le programme sera complété par le Concerto pour piano no 18 de Mozart, interprété par Stephen Kovacevich, « un maître qu'il faut admirer; tout en étant fidèle à l'esprit de la musique, c'est un interprète tout à fait original » (International Piano).

Mozart et Mahler se côtoient souvent dans des programmes symphoniques. Si ni l’un ni l’autre né à Vienne, ils y ont quand même connu là-bas leur plus grande fortune et gloire, Mozart dans les années 1780, Mahler un peu plus d’un siècle plus tard. S’il existe un genre dans lequel Mozart a excellé systématiquement, c’est bien celui du concerto pour piano. Chaque page ou presque est un chef-d’œuvre. Pour Mahler, c’était la symphonie. Le programme de ce soir nous offre un exemple de premier choix dans chaque cas.
 

Wolfgang Amadeus Mozart

Né à Salzbourg le 27 janvier 1756
Mort à Vienne le 5 décembre 1791

Concerto pour piano no 18 en si bémol majeur, K. 456, « Paradis »

Allegro vivace
Andante un poco sostenuto
Allegro vivace

Ce concerto est le cinquième de six composés à bref intervalle par Mozart en 1784 pour « Klavierland », surnom qu’il avait donné à Vienne à ce moment-là. Mozart avait le vent en poupe côté célébrité – et, pour un bref moment, fortune, exalté par ses nouveaux succès en tant que compositeur, professeur et, plus que tout, virtuose du piano. Le K. 456 n’a jamais été l’un des concertos de Mozart les plus populaires, mais grâce à son charme, sa fraîcheur, sa maîtrise structurelle et l’entrain aérien de ses mouvements extérieurs, il n’a rien à envier aux autres œuvres du genre du compositeur. De plus, l’importance des vents, aussi bien seuls que lorsqu’ils dialoguent avec le soliste, nous offre une étude de cas complète de l’orchestration mozartienne. L’auditeur se posera invariablement la question suivante : « Pourquoi cette œuvre merveilleuse n’est-elle pas jouée plus souvent? »

Le concerto s’ouvre sur le même rythme martial utilisé par Mozart en ouverture de trois autres concertos de 1784. Les cordes, les vents et le soliste s’en emparent tour à tour, mais le mouvement mise plus sur une certaine intimité et des sourires tendres. Les pianistes ont accès à deux cadences écrites par Mozart pour ce Mozart (ou, bien sûr, toute autre cadence écrite après).

Le mouvement lent, en sol mineur, une tonalité que le compositeur utilisera pour ses pages profondément expressives (ses deux symphonies en mineur, le Quintette à cordes K. 516 et l’aria de Pamina « Arch, ich fühl’s » tiré de La Flûte enchantée) met en lumière un pathos inusité. C’est le seul mouvement en mineur des six concertos de 1784. Le poignant thème est suivi de cinq variations et d’une coda substantielle. Celle-ci offre plusieurs exemples de l’importance dans ce concerto des instruments à vent qui entament ici un dialogue senti avec le soliste alors que les cordes restent discrètement à l’arrière-plan.

L’humeur sombrement introspective des variations est aussitôt dissipée par les premières mesures du finale, brillant, joyeux, sur le thème de la chasse, humeur qui sera maintenue du début à la fin, exception faite d’un passage étonnant dans lequel Mozart nous guide soudainement vers un ton éloigné (si mineur), opposant vents et cordes dans des métriques différentes (2/4 et 6/8), le soliste arbitrant entre les deux. L’épisode est bref, mais surprenant, et le retour de la stabilité rythmique et la tonalité principale de si bémol se veut rafraîchissant.

Ici aussi, Mozart a laissé sa cadence, que le soliste peut remplacer par une autre s’il le désire. Après une dernière reprise du refrain de chasse, le concerto se conclut alors que le soliste, une fois de plus, est en conversation animée avec les bois.
 

Gustav Mahler

Né à Kalischt, Bohème, le 7 juillet 1860
Mort à Vienne le 18 mai 1911

Symphonie no 5 en do dièse mineur

PREMIÈRE PARTIE

l. Trauermarsch: In gemessenem Schritt
2. Stürmisch bewegt. Mit grösster Vehemenz

DEUXIÈME PARTIE

3. Scherzo: Kräftig, nicht zu schnell

 TROISIÈME PARTIE

4. Adagietto: Sehr langsam
5. Rondo-Finale: Allegro giocoso; frisch

Les mélomanes qui connaissent bien la Quatrième Symphonie de Mahler se rappelleront peut-être que le premier mouvement comprend un appel de trompette remarquablement semblable à celui qui ouvre la Cinquième. Ceci peut s’expliquer symboliquement par les efforts conscients de Mahler d’adopter une nouvelle direction, tout en montrant que le nouveau doit s’ériger sur les fondations de l’ancien.

La nouvellement acquise connaissance profonde de Bach a probablement influencé ce nouveau style compositionnel, style que le chef d’orchestre Bruno Walter appelle une « polyphonie intensifiée ». Le tissu orchestral devient plus complexe – plus d’instruments jouant des lignes indépendantes en même temps. Son style devient en général moins lyrique, plus angulaire et délimité. Les hymnes d’amour, la foi presque enfantine et les messages presque religieux ont tendance à être remplacés par une tragique ironie, l’amertume et le cynisme. Mahler a dirigé la création avec l’Orchestre Gürzenich de Cologne le 18 octobre 1904.

La symphonie est en cinq mouvements, regroupés en trois larges sections, un immense scherzo servant de point d’appui à deux paires de mouvements de chaque côté. L’œuvre s’ouvre sur une marche funèbre, genre que l’on retrouve dans chacune des dix symphonies de Mahler, excepté les Quatrième et Huitième. Au fil conducteur pesant, densément orchestré de la marche, est juxtaposée une douce plainte aux cordes. Soudainement la musique explose en accents sauvages, passionnés. L’orchestration kaléidoscopique, toujours en mouvement, se manifeste ici pleinement. Éventuellement, la marche funéraire réaffirmera sa présence et, après un apex cauchemardesque, le mouvement se désintégrera dans des échos fantomatiques de l’appel de la trompette.

L’humeur turbulente et orageuse se poursuit dans le deuxième mouvement, de façon intensifiée même. Des paroxysmes titanesques de rage violente se dispersent, de façon incontrôlée, en l’une des pages musicales les plus fiévreuses jamais écrites. De tranquilles interludes rappellent la plaine funèbre du premier mouvement. Vers la fin du mouvement luit un rayon d’espoir : les cuivres proclament un fragment du choral de la victoire, un geste anticipatif qui trouvera sa consécration dans les dernières pages de la symphonie.

Le désespoir et l’angoisse des deux premiers mouvements sont abruptement chassés par le vif Scherzo. L’énorme énergie alterne avec des interludes nostalgiques et pensifs en rythmes de valse ou de Ländler.

Dans l’Adagietto – le mouvement le plus célèbre de Mahler –, nous retrouvons le monde de rêve romantique associé à ses œuvres antérieures; un monde de contemplation tranquille, d’aimable simplicité, de paix intérieure et de fuite loin de la dure réalité. Cette oasis d’Innigkeit (profondeur) offre un contraste extraordinaire à l’exubérance pure du Scherzo précédent et au finale furieusement extroverti qui suivra. Vers la fin de la symphonie, le chœur de cuivres entendu dans le deuxième mouvement réapparaît et cette fois s’épanouit dans la gloire et le triomphe les plus complets. La métamorphose de la douleur et de la mort en joie et en vie est complète.

Pour Leonard Bernstein, qui a tant fait pour qu’il devienne le compositeur populaire qu’il est aujourd’hui, Mahler « transformait les soupirs en silences pleins de soubresauts, les levées de temps en préparations volcaniques comme si pour porter un coup mortel, les Luftpausen devenant des souffles de secousses et de suspense terrifiés, les accents se muant en tentions titanesques […] les ritardandi s’étirant jusqu’à une quasi-immobilité, les accelerandi devenant des tornades; les nuances étaient raffinées et exagérées jusqu’à un point de sensibilité neurasthénique. Les marches de Mahler sont comme des crises cardiaques, ses chorales donnent l’impression que la chrétienté entière est devenue folle. Mahler est la musique allemande à l’exposant n. »

 

Robert Markow
Traduction de Lucie Renaud