Fauré & Duruflé: Deux Requiem

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
35$* à 55$*
Loges à partir de 35$*
* La tarification, les artistes, le répertoire, les dates et les heures des concerts peuvent être modifiés sans préavis.

Les prix indiqués incluent des frais non remboursables de 8 $ par billet, taxes en sus. Certains frais de manutention peuvent être exigés.
Dates de ce concert
Dimanche 5 Mai 2013 - 14h30 Terminé
Artistes
CHŒUR DE CHAMBRE DE L'OSM,
ANDREW MEGILL, OSM chorus directorchef de chœur de l'OSM
FRANCOIS ZEITOUNI , organorgue
JANA MILLER, soprano (Fauré)soprano (Fauré)
CLAYTON KENNEDY, baritone (Fauré)baryton (Fauré)
STEPHANIE POTHIER, mezzo-soprano (Duruflé)mezzo-soprano (Duruflé)
MARC-ANTOINE D'ARAGON, baritone (Duruflé)baryton (Duruflé)

Présentation du concert

DURUFLÉ
Requiem
FAURÉ
Requiem

 

CAUSERIE PRÉ-CONCERT, 13 h 30, Animée par Kelly Rice, réalisateur et chroniqueur à CBC Music
Invité : Andrew Megill, chef de chœur de l'OSM

Le nouveau Chœur de chambre de l'OSM, ensemble professionnel qui fait ses débuts en 2012-2013, vous propose un programme français mettant pleinement en valeur la puissance d'expression de la voix. Des harmonies médiévales et grégoriennes se font entendre dans le Requiem de Maurice Duruflé, œuvre reconnue comme la plus achevée du compositeur, tandis que le Requiem de Gabriel Fauré est réputé pour la douceur et la pureté de ses mélodies, notamment dans son célèbre Pie Jesu.
 
Ne manquez pas l'occasion d'entendre dans un même concert ces deux grandes œuvres vocales sacrées, présentées sous la direction d'Andrew Megill, chef du Chœur de chambre de l'OSM, et accompagnées par l'organiste François Zeitouni.

 

Note : l'orgue Casavant de l'OSM qui doit être intégré à la Maison symphonique sera inauguré en 2014.

Ce concert réunit deux œuvres vocales dont les textes sont extraits de la Messe des défunts ou Requiem, propre à la liturgie catholique romaine. L’incipit de l’Introït donne son nom à la messe : « Requiem æternam dona ei, Domine, et lux perpetua luceat ei », qui signifie en français « Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière éternelle les illumine ». La structure du Requiem diffère quelque peu de celle de la messe usuelle : il n’y a pas de Gloria ni de Credo, et le texte de l’Agnus Dei, qui fait partie de l’ordinaire de la messe (l’ensemble des prières fixes, récitées chaque jour), tient exceptionnellement compte des circonstances.

Bien qu’à l’origine, les adaptations musicales du Requiem étaient jouées lors des funérailles ou de cérémonies du souvenir – comme c’est le cas pour la première version du Requiem de Fauré –, les plus modernes d’entre elles s’écartent souvent du cadre liturgique et sont spécifiquement destinées à la salle de concert. C’est le cas notamment du Requiem de Duruflé, mais également du Requiem allemand de Johannes Brahms, entendu plus tôt cette saison, et du War Requiem de Benjamin Britten.

Les deux œuvres qui nous occupent aujourd’hui seront présentées dans des versions où l’orchestre cède sa place à l’orgue. Elles mettront en lumière un jeune ensemble, le Chœur de chambre de l’OSM, sous la direction d’Andrew Megill.
 

Maurice Duruflé

Né à Louviers le 11 janvier 1902
Mort à Louveciennes le 16 juin 1986

Requiem, opus 9

Duruflé, surtout connu des organistes, a acquis la faveur du grand public grâce à son Requiem. Composée à la mémoire de son père, l’œuvre est une commande d’Auguste Durand, celui-là même qui édita la musique de Claude Debussy et Maurice Ravel. Travaillant alors sur une suite pour orgue incorporant des mélodies grégoriennes issues de la Messe des défunts, Duruflé décida de réécrire le tout pour chœur et orchestre, devenant le premier compositeur depuis Tomás Luis de Victoria (1548-1611) à composer un requiem incorporant ces mélodies. L’œuvre a été créée le 2 novembre 1947 à l’occasion de la Commémoration des fidèles défunts. Roger Désormière dirigeait l’Orchestre national de France et les Chœurs de la Radiodiffusion française.

À propos de l’œuvre, le critique Alec Robertson écrivait :

« Il pourrait être tentant de [la] considérer comme un simple pastiche du Requiem de Fauré, sans compter qu’on y perçoit également l’influence de Debussy, Ravel et Dukas. Si sur papier, le Requiem de Duruflé semble plus éclectique que celui de Fauré, l’effet produit à l’écoute est cependant tout autre. L’originalité du discours transcende ces influences et unifie ce qui, à première vue, semblait disparate.  

Certes, le Requiem de Duruflé partage certaines caractéristiques avec celui de Fauré. À titre d’exemple, les deux œuvres font se succéder l’Introït et le Kyrie et suivent en cela le déroulement normal de la liturgie, et les textes du Pie Jesu et du In Paradisum sont présents dans les deux versions, ce qui accentue l’impression de bienveillance divine et de béatitude qui s’en dégage. Mais là s’arrête toute comparaison. D’abord, le Requiem du Duruflé compte neuf mouvements au lieu de sept, Duruflé insérant entre l’Agnus Dei et le Libera me une pièce de communion, le Lux æterna. Ensuite, en transposant musicalement le texte du Requiem, Duruflé chercha à se rapprocher le plus possible de la prosodie grégorienne originale. En effet, les temps forts ne coïncident assez rarement avec l’accent tonique latin, mais plutôt avec la dernière syllabe des mots (« Requiem æternam », par exemple), ce qui contraste fortement avec l’approche fauréenne, beaucoup plus classique. Enfin, et surtout, le langage musical de Duruflé se situe aux antipodes de celui de Fauré : l’exotisme qui se dégage de cette musique intemporelle où modernité et archaïsme se répondent tour à tour est incomparable, et suffit largement à faire de cette œuvre l’une des plus importantes du répertoire sacré moderne.
 

Gabriel Fauré

Né à Pamiers le 12 mai 1845
Mort à Paris le 4 novembre 1924

Requiem, opus 48

Expliquant les raisons qui l’ont mené à écrire cette œuvre, Fauré disait avec humour :

« Mon Requiem a été composé pour rien... pour le plaisir, si j’ose dire! Il a été exécuté pour la première fois à la Madeleine, à l’occasion des obsèques d’un paroissien quelconque. Peut-être ai-je aussi, d’instinct, cherché à sortir du convenu. Voilà si longtemps que j’accompagne à l’orgue des services d’enterrement! J’en ai par-dessus la tête. J’ai voulu faire autre chose. »

À l’époque, Fauré remplaçait souvent Camille Saint-Saëns à l’église de la Madeleine, avant qu’il n’en devienne le chef de chœur. Longtemps considéré comme athée, tout porte à croire que Fauré était plutôt agnostique. Comme l’explique le musicologue Jean-Michel Nectoux, de nombreux musiciens d’église, confrontés à la routine du culte, cessent tôt au tard d’être pratiquants. Il n’en demeure pas moins que le Requiem est l’œuvre d’un homme sincère, pour qui la mort avait une signification bien particulière :

« On a dit [que mon Requiem] n’exprimait pas l’effroi de la mort; quelqu’un l’a appelé une berceuse de la mort. Mais c’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux. »

Le Requiem a été créé le 16 janvier 1888, sous la direction du compositeur. Il se décline en trois versions. La première, qui date de 1887-1888, ne comptait que cinq mouvements et était destinée à un ensemble instrumental relativement modeste : harpe, timbales, orgue et cordes. Un an plus tard, Fauré y adjoignit le Libera me, qu’il avait déjà composé séparément, ainsi que le solo de baryton de l’Offertoire. Enfin, une version pour grand orchestre parut en 1901, celle-là même qui fut interprétée lors des funérailles du compositeur.

Jean-Simon Robert-Ouimet