Karina Gauvin

Karina Gauvin chante Britten

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
40$* à 198$*
Dates de ce concert
Jeudi 3 Avril 2014 - 20h00 Terminé
Dimanche 6 Avril 2014 - 14h30 Terminé
Artistes
Michel Plasson, conductorchef d’orchestre
Karina Gauvin, sopranosoprano

Présentation du concert

DEBUSSY, Nocturnes : Nuages et Fête
BRITTEN, Les Illuminations
FAURÉ, Pelléas et Mélisande, suite
CHAUSSON, Symphonie

 

Véritable « star » de la musique classique au Québec, la soprano Karina Gauvin – deux fois en nomination aux Prix Juno 2013 – continue de séduire les publics et critiques du monde entier. La voix souple et l'intensité dramatique de la soprano trouvent leur pleine mesure dans les Illuminations de Britten (dont on célèbre le centenaire), cycle de mélodies sur des poèmes de Rimbaud, œuvre avec laquelle elle se méritait en 1995, le premier prix au 28e Concours national des jeunes interprètes de Radio-Canada. 
 

Reconnu pour ses interprétations du répertoire français, Michel Plasson dirige l'OSM dans Nuages et Fêtes, deux extraits des Nocturnes de Debussy, la suite Pelléas et Mélisande de Fauré – comprenant la célèbre Sicilienne – et la Symphonie de Chausson, œuvre maîtresse du compositeur.

Le concert d’aujourd’hui juxtapose Les Illuminations de Benjamin Britten à trois chefs-d’œuvre du tournant du siècle français. Compte tenu de l’inspiration poétique de l’œuvre de Britten et de ses techniques d’orchestration colorées, le programme met en lumière l’immense influence de l’art français en Europe.

Claude Debussy

Né à Saint-Germain-en-Laye, le 22 août 1862
Mort à Paris, le 25 mars 1918

Nocturnes

Nuages
Fêtes

Les Nocturnes de Debussy témoignent de l’importance grandissante du visuel en musique, défendu par les soi-disant impressionnistes musicaux dans les derniers jours du 19e siècle français. C’est alors qu’il regardait une série de peintures (aussi appelées Nocturnes) de l’artiste américain James Abbott McNeill Whistler que Debussy a eu l’idée de composer une série d’œuvres orchestrales qui exprimeraient les mêmes nuances et demi-teintes douces qu’il avait trouvées si évocatrices dans ces peintures. « Nuages » et « Fêtes » ont été créées en 1900 à Paris. Elles n’ont d’abord pas connu le succès public, mais sont depuis devenues des essentiels du répertoire.

Les harmonies oscillantes et ambiguës de « Nuages » évoquent un paysage ouvert. Les deux idées principales alternent en un développement lent, immédiatement majestueux et raffiné. Selon Debussy, « c'est l'aspect immuable du ciel avec la marche lente et mélancolique des nuages finissant dans une agonie de gris, doucement teintée de blanc ». En contraste rythmique et joyeux, « Fêtes » évoque la magie et la frivolité d’un festival en plein air. Des triolets crépitants suggèrent l’enthousiasme et l’attente contenus, des mélodies élégantes planant au-dessus. Debussy mentionne que « c’est le mouvement, le rythme dansant de l’atmosphère avec des éclats de lumière brusque; c’est aussi l’épisode d’un cortège (vision éblouissante et chimérique) passant à travers la fête, se confondant en elle, mais le fond reste, s’obstine, et c’est toujours la fête et son mélange de musique, de poussière lumineuse participant à un rythme total ».

Benjamin Britten

Né à Lowestoft, le 22 novembre 1913
Mort à Aldeburgh, le 4 décembre 1976

Les Illuminations, opus 18

Poèmes d’Arthur Rimbaud

1. Fanfare 
2. Villes 
3a. Phrase 
3b. Antique 
4. Royauté
5. Marine
6. Interlude
7. Being Beauteous
8. Parade
9. Départ

Au début de l’année 1939, Benjamin Britten était captivé par un volume de poésie du 19e siècle d’Arthur Rimbaud, écrit lors de sa relation amoureuse torride de deux ans et son escapade en Belgique et à Londres avec le poète Paul Verlaine. Titré de façon posthume Les Illuminations par Verlaine, cette sélection de poèmes surréalistes et modernistes se veut l’œuvre ultime d’un Rimbaud de 19 ans, celui-ci ayant par la suite abonné l’écriture et passé ses dernières années en Afrique. L’obsession de Britten trouve un écho dans les mots de la soprano Sophie Wyss, dédicataire de l’œuvre : « Il était tellement rempli de cette poésie qu’il ne pouvait tout simplement pas cesser d’en parler. » Avant la première londonienne en 1940, Britten avait envoyé à Wyss plusieurs lettres exposant en détail ses éclaircissements des mots et ses intentions d’interprétation.

Présente à trois moments de la mise en musique de Britten, « J’ai seul la clef de cette parade sauvage » est la phrase unificatrice, qui semble indiquer l’avantage privilégié de l’artiste par rapport aux absurdes machinations de la vie urbaine et le côté plus sombre des interactions humaines. « Villes » exprime le mouvement perpétuel plein de folie de la ville industrialisée en formidables et extatiques rythmes de moteur. Parodiquement grandiose, « Royauté » tourne en dérision les aspirations démesurées des gens ordinaires avec le vers « Mes amis, je veux qu’elle soit reine ! » « Being Beauteous » est un chant lyrique de dévotion, dédié par Britten à Peter Pears, partenaire de vie et collaborateur du compositeur, mais la désillusion reprend le contrôle à la fin avec « Départ » et les mots « Assez vu... Assez eu... Assez connu ». 

Gabriel Fauré

Né à Pamiers, le 12 mai 1845
Mort à Paris, le 4 novembre 1924

Pelléas et Mélisande, suite pour orchestre, opus 80

Prélude
Fileuse
Sicilienne
Mort de Mélisande

Les quatre mouvements de la suite Pelléas et Mélisande de Fauré ont connu une genèse intéressante, quelque peu alambiquée. Pour remplir cette commande de dernière minute pour la musique de scène de la pièce du même nom de Maeterlinck par l’actrice anglaise Mrs. Patrick Campbell, Fauré a dû puiser dans du matériel inutilisé et engager un étudiant, Charles Koechlin, pour compléter l’orchestration. Après le succès de la pièce en juin 1898, Fauré orchestrera une version abrégée de la musique de scène d’après la réalisation de Koechlin, cette version étant créée à Paris en 1901. Frustré du résultat, Fauré la révisera de nouveau, réintégrant l’une des orchestrations de Koechlin et publiant la version que nous connaissons aujourd’hui en 1909. Néanmoins, l’œuvre possède une simplicité désarmante et une pureté de contenu mélodique et harmonique. La suite deviendrait de plus en plus célèbre, le dernier mouvement ayant même été joué lors des funérailles de Fauré.

Le « Prélude » s’ouvre sur des mélodies conjointes simples, menant le tout vers un apex. Parmi les moments les plus marquants du mouvement, notons un magnifique deuxième thème au violoncelle et un appel de cors inattendu juste avant la fin. Dans « Fileuse », une mélodie au hautbois flotte au-dessus des cordes qui tourbillonnent et s’enlacent, portrait de Mélisande dans une des scènes de la pièce de Maeterlinck, reprenant un motif musical très aimé – celui du mouvement perpétuel du rouet. La « Sicilienne » met en lumière un rythme pastoral cadencé et une mélodie répétée à la flûte qui dépeint les joies simples de l’amour. La tragédie survient dans la « Mort de Mélisande », une sorte de marche funèbre en mesure ternaire. Une fin doucement feutrée met l’accent sur la tragique déception de la mortalité.

Ernest Chausson

Né à Paris, le 20 janvier 1855
Mort à Limay, le 10 juin 1899

Symphonie en si bémol majeur, opus 20

Lent - Allegro vivo
Très lent
Animé

Au cours de sa relativement courte vie, Ernest Chausson a été une figure très présente dans les salons parisiens, se mêlant aux auteurs, aux poètes et aux artistes. Parmi ses collègues musiciens, mentionnons Vincent d’Indy et Claude Debussy, sans oublier ses mentors du Conservatoire de Paris Jules Massenet et César Franck. Il n’a jamais écrit de musique avec grande facilité, mais ses œuvres qui subsistent, dont notamment sa symphonie, Poème de l’amour et de la mer pour soprano et orchestre et son Poème pour violon et orchestre, témoignent d’une innovation structurelle, d’une clarté de conception et d’un réel don pour les mélodies élégantes aux multiples possibilités de développement. Stylistiquement, Chausson est parfois perçu comme un pont entre les prédilections romantiques de ses professeurs Franck et Massenet et le langage harmonique descriptif de Debussy.

Créé en avril 1891, la Symphonie de Chausson est une œuvre de proportions larges et héroïques qui ne perd jamais un sens de complexité intérieure et de coloration subtile. La grave introduction du premier mouvement contredit le deuxième thème plein de vie et la coloration subtile. Le deuxième mouvement fait bon usage du thème ascendant de trois notes, celui changeant de personnalité, de mystérieux à inquisiteur, de téméraire à triomphant. Des passages tourbillonnants et des appels des cuivres annoncent la multitude de thèmes qui constituent le troisième mouvement de forme rondo. Chausson utilise la structure cyclique et la puissance émotionnelle de la mémoire, alors que des fragments des premiers mouvements émergent dans la coda. Une dernière mélodie au cor encadre l’œuvre avec le motif de conclusion du premier mouvement, qui devient ici un souvenir nostalgique.

Marc Wieser
Traduction de Lucie Renaud

* La tarification, les artistes, le répertoire, les dates et les heures des concerts peuvent être modifiés sans préavis.

Les prix indiqués incluent des frais non remboursables de 9 $. Certains frais de manutention peuvent être exigés.