Kent Nagano

Kent Nagano dirige Mahler

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
40$* à 198$*
Dates de ce concert
Mercredi 5 Février 2014 - 20h00 Terminé
Jeudi 6 Février 2014 - 20h00 Terminé
Samedi 15 Février 2014 - 20h00 Terminé
Artistes
Kent Nagano, conductorchef d'orchestre

Présentation du concert

MAHLER, Symphonie n° 7, « Chant de la nuit »

 

Placée majoritairement sous le signe de la nuit – d'où le titre « Chant de la nuit » qu'on lui rattache quelquefois – la Septième Symphonie de Mahler ne cesse de fasciner pour ses changements d'éclairage continus et son hardiesse harmonique;  certaines parties comprennent même une guitare et une mandoline, qui évoquent avec audace le caractère insolite de l'œuvre. Tant au disque qu'au concert, Kent Nagano a fréquenté à de nombreuses reprises la musique de Mahler. Cette fois, il dirige ce chef-d’œuvre symphonique, la plus moderne des symphonies du compositeur, lente progression des ténèbres à la lumière.

Pour la plupart des mélomanes, dont les aficionados de Mahler, la Septième Symphonie est celle des dix qui suscite le moins d’intérêt et de sympathie. Hormis la Huitième, qui requiert des forces monumentales, elle est la moins jouée. Comme l’a relevé Eric Bromberger, la Septième est la « demi-sœur négligée » du lot. Pourtant, si elle révèle ses beautés et secrets plus lentement que ses compagnes, elle n’est pas moins fascinante, excitante et sublime. Comme nous le rappelle le chef Leon Botstein quand il évoque l’univers des symphonies de Mahler, « le plus intime, le plus douloureux et le plus grandiose semblent immédiatement accessibles, enveloppés dans une complexité qui rend la musique prolongement de la vie elle-même. »

Gustav Mahler

Né à Kalischt en Bohème le 7 juillet 1860
Mort à Vienne le 18 mai 1911

Symphonie no 7

L’univers sonore de la Septième de Mahler en fait peut-être sa symphonie la plus fantastique, presque surréaliste, jamais écrite. Prenez le tout début, par exemple, qui nous plonge immédiatement dans la sonorité puissante d’un instrument que Mahler n’utilise nulle part ailleurs, le cor ténor (un instrument de la famille des cors, de la même forme que le tuba, surtout utilisé dans la musique pour fanfare). Mahler mentionne que ce passage devrait évoquer « un rugissement de la nature ». Prenez aussi les audacieux appels de cors non accompagnés du deuxième mouvement, chacun dialoguant avec son propre écho provenant des lointaines montagnes (ou peut-être des recoins de l’esprit) ou encore, dans le même mouvement, près d’une minute après son début, l’incroyable gamme qui s’étale sur cinq octaves et demie, des sommets aux profondeurs de l’orchestre. Nous pourrions aussi citer l’utilisation exquise de la mandoline et de la guitare dans la deuxième Nachtmusik. Tant d’autres exemples témoignent de l’imagination avec laquelle Mahler traite couleurs et effets orchestraux.

La Septième Symphonie a connu une genèse étrange et prolongée. Pendant l’été 1904, alors qu’il travaillait au finale de sa Sixième Symphonie, Mahler a composé (ou du moins esquissé) deux mouvements additionnels, tous deux nommés Nachtmusik (musique de nuit), sans savoir exactement comment ils s’inscriraient dans une nouvelle symphonie. Rien d’autre ne devait se produire avant la fin de l’été suivant, alors qu’il écrivit les trois autres mouvements, porté par un flot d’énergie créatrice. L’impasse mentale qui le tourmentait cet été-là a été rompue par un événement nocturne que les commentateurs aiment relater. Frustré de ne pouvoir trouver l’inspiration dans son refuge estival de prédilection à Maiernigg (dans le sud de l’Autriche), il visita le Lago di Misurina dans les hautes Alpes. Après une semaine de frustration continue, Mahler se dirigea vers Maiernigg. Il raconta plus tard à sa femme Alma qu’alors qu’on le menait en barque de Krumpendorf à Maiernigg, « au premier coup de rame, le thème (ou plutôt le rythme et le caractère) de l’introduction du premier mouvement me vint en tête – et en quatre semaines, les premier, troisième et cinquième mouvements étaient complétés ». Pourtant, Mahler devait attendre encore trois ans avant d’apposer les dernières touches à sa symphonie. Il en dirigera sa création à Prague, le 19 septembre 1908, dans le cadre des festivités entourant le 60e anniversaire de règne de l’Empereur François Joseph.

Mahler n’a pas laissé de description officielle de la « signification » de la Septième Symphonie, mais il en a parlé avec des amis et des collègues. Il a raconté à son ami suisse William Ritter qu’elle était constituée de « trois musiques de nuit; à la fin, le jour radieux, au début de tout, le premier mouvement ». Il a décrit le premier mouvement plus avant comme « une nuit tragique dominée par une puissance tragique et fondamentale, celle de la Mort ». Nous avons donc quatre tableaux de genre traitant d’aspects complémentaires de la nuit, suivis par la clarté du jour. Le sous-titre parfois apposé, « Chant de la nuit », rend bien l’esprit de la symphonie, même s’il n’est pas de Mahler. Les cinq mouvements créent une arche au centre de laquelle se tient le scherzo, encadré par deux Nachtmusiken. Cette structure tripartite est elle-même soutenue par deux piliers massifs, le second (le Rondo-Finale) permettant à la symphonie de revenir à la case départ en rappelant à la fin le matériau thématique des premières pages.

La symphonie s’ouvre sur la première de plusieurs marches, promenades ou processions qui la ponctueront, cette œuvre comprenant plus de musique de ce type que n’importe quelle autre signée par Mahler. Avec l’arrivée du corps du mouvement (Allegro risoluto), le rythme devient mesuré et déterminé. Les cors à l’unisson proclament le thème principal, qui sera repris tout au long de ce mouvement en forme sonate, revenant à la fin de la symphonie dans la lumineuse tonalité de do majeur. La tension et l’anxiété font brièvement place à l’arrivée du deuxième sujet, un thème nostalgique confié aux violons, avec les cors en contrepoint. La portée de ce mouvement est telle que, lorsqu’il s’écrase enfin, après quelque 23 minutes, la plupart des auditeurs auront l’impression d’avoir supporté un combat émotionnel supérieur à ceux au cœur de symphonies entières écrites par d’autres compositeurs.

Le deuxième mouvement est basé sur une toute autre forme de déambulation, plus proche cette fois de la promenade tranquille, débonnaire. Il reprend la forme ABACABA, les A, comme le mentionne Anthony Newcomb, se voulant « moitié marche, moitié chant ». On lit parfois que Mahler souhaitait dépeindre La ronde de nuit, le célèbre tableau de Rembrandt, mais ce n’est pas vraiment le cas. « Une chose est certaine : nous avons affaire à une marche, pleine de fantastique clair-obscur – d’où le parallèle avec Rembrandt », explique le compositeur hollandais Alphons Diepenbrock.

Une musique parmi les plus macabres, bizarres, effrayantes et sinistres jamais écrites par Mahler peut être entendue dans le troisième mouvement. La partition est annotée schattenhaft, que l’on peut traduire littéralement par « ombrageux », mais « spectral » ou « hallucinatoire » serait plus proche de la réalité.

Le quatrième mouvement apporte un répit des cauchemars du troisième. Si la symphonie dans son entier peut être perçue comme un voyage de la noirceur de la nuit vers la clarté du jour, la deuxième Nachtmusik se déroule dans l’éclat rosé de l’aube. William Ritter la décrit en ces termes poétiques : «  Douce de volupté, humide de langueur et de rêverie, avec la rosée de larmes d’argent ». L’épisode central du mouvement est certainement un aveu d’amour sans retenue, chanté d’abord par le violoncelle solo et le cor, mélodie magnifiquement brûlante, teintée de nostalgie.

Mahler considérait le Rondo-Finale la musique la plus joyeuse qu’il ait jamais écrite. Il y a une exubérance presque bachique à celui-ci, à la limite de la pure frénésie. On plonge dans cet univers dès les premières mesures, dans lequel se côtoient un tempétueux roulement de timbales (« avec bravoure », mentionne la partition), des cors follement palpitants et un sujet résolument affirmé pour cors et trompettes – le thème principal du mouvement, que l’on entendra en alternance avec du matériel contrastant. De part en part, Mahler y instille une imperturbable virtuosité orchestrale. Au fur et à mesure que la fin approche, nous entendons des incursions du thème principal du premier mouvement. D’abord, elles paraissent détachées harmoniquement mais, enfin, dans les glorieuses dernières pages de la symphonie, les cloches résonnent, tout est rétabli et la musique fonce vers une conclusion extatique.

Robert Markow
Traduction de Lucie Renaud

 

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