Soirée présentée par

Kent Nagano et la Quatrième de Brahms

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
41$* à 215$*
Loges à partir de 130$*
* La tarification, les artistes, le répertoire, les dates et les heures des concerts peuvent être modifiés sans préavis.

Les prix indiqués incluent des frais non remboursables de 8 $ par billet, taxes en sus. Certains frais de manutention peuvent être exigés.
Dates de ce concert
Samedi 13 Avril 2013 - 20h00 Terminé
Artistes
KENT NAGANO, conductorchef d’orchestre
SERHIY SALOV, pianopiano

Présentation du concert

WAGNER
Tannhäuser, ouverture et musique du Venusberg
LISZT
Concerto pour piano no 2                     
BRAHMS

Symphonie no 4

 

Qualifiée de « symphonie d’automne » par le musicologue et critique musical Claude Rostand, la Quatrième Symphonie est considérée la plus classique des quatre symphonies de Brahms, en particulier au niveau de sa forme (la finale étant notamment en forme de chaconne).

Grand lauréat du Concours musical international de Montréal en 2004, le pianiste Serhiy Salov mène depuis une carrière internationale enviable. Il démontrera virtuosité et passion dans le Deuxième Concerto de Liszt, page particulièrement pyrotechnique.

En ouverture de programme, l’Orchestre jouera l’ouverture et la musique du Venusberg du Tannhäuser de Wagner dans la version de l’opéra montée à Paris.

Même si moins d’un demi-siècle sépare les trois œuvres au programme (repris lors de la tournée en Amérique du Sud de l’OSM qui se déroulera du 23 avril au 3 mai), il ne faut pas nécessairement penser qu’elles sont issues d’un même moule. Alors que Brahms privilégie une forme et une esthétique volontiers classiques dans sa dernière symphonie, Liszt opte pour un traitement fragmentaire du matériau musical, pourtant non dépourvu de cohérence, son gendre et ami Wagner préférant se servir d’une palette particulièrement chatoyante pour nous faire basculer dans l’univers du chevalier Tannhäuser.
 

Richard Wagner

Né à Leipzig, le 22 mai 1813
Mort à Venise le 13 février 1883

Tannhäuser, ouverture et musique du Venusberg

Si Wagner connaissait l’histoire médiévale du preux Tannhäuser, il ne pouvait la transmettre en musique qu’en la faisant entièrement sienne. « Obéissant à l'impulsion inconsciente qui me poussait vers tout ce qui me paraissait germanique, je ne saisis tout le charme de cette impulsion qu'après avoir lu le simple récit de la vieille légende de Tannhäuser, explique-t-il dans Ma Vie. […] Ce qui fit pencher à présent la balance du côté du livre populaire, c'est qu'on y racontait, en passant, la part qu'avait prise Tannhäuser au tournoi poétique de la Wartburg. »

Créé à Dresde en 1845, Tannhäuser reprend l’histoire d’un chevalier du XIIIe siècle, pétri de dualités, tiraillé entre le bien et le mal, spiritualité chrétienne et sensualité païenne, amour sacré et profane. Après avoir évoqué les grands thèmes de l’opéra dans son ouverture, qui s’amorce avec la mélodie du chœur des pèlerins, Wagner nous plonge d’un seul coup dans le Venusberg, paradis de l’hédonisme total, sur lequel règne la déesse de l’amour. Par le truchement des violons, Tannhäuser annonce à Vénus, son amoureuse depuis plus d’un an, qu’il souhaite récupérer sa liberté. Quand elle refuse, la texture musicale devient diaphane, dangereusement séductrice, la clarinette solo adoptant la voix de Vénus.

Cette page inégalée de pure sensualité a été composée en 1861 pour une production présentée à Paris et greffée par la suite à l’ouverture originale. Wagner y fait surgir bacchantes, naïades, nymphes, sirènes, faunes et cupidons, avant de nous mener vers un sommet d’une rare efficacité, immense vague d’émotion. Un sentiment d’épuisement et de satiété s’installe alors doucement, avant que le songe ne s’effiloche.
 

Franz Liszt

Né à Raiding (près de Sopron, Hongrie) le 22 octobre 1811
Mort à Bayreuth le 31 juillet 1886

Concerto pour piano no 2 en la majeur
Adagio sostenuto assai –Allegro agitato assai – Allegro moderato – Allegro deciso – Marziale un poco meno allegro – Allegro animato

Pianiste de concert adulé, Liszt aurait pu choisir de se servir du concerto, dès le début de sa carrière, pour promouvoir sa virtuosité. Il attendra plutôt d’avoir atteint la maturité avant d’offrir une version définitive de cette œuvre à la forme hybride, d’un seul souffle fragmenté en six sections, identifié comme « concerto symphonique » dans le manuscrit. Esquissé dès 1839-49, créé le 7 janvier 1857 à Weimar, par Hans von Bronsart, dédicataire de l’œuvre, sous la direction du compositeur, le concerto sera néanmoins retravaillé jusqu’en1861.

S’il semble moins virtuose que le Premier, Liszt y délaissant les flamboyantes doubles octaves et les traits en mouvement contraire, le Deuxième Concerto se révèle nettement plus original. Ici, pas de réelle opposition; le soliste se veut souvent le complice des bois et des cordes, se fond dans la texture orchestrale et propose une série de variations inventives, se jetant les unes dans les autres, dans un remarquable geste d’unité organique, malgré les fréquentes modulations.

« L’inachevé, l’ébauche, le fragmentaire sont constitutifs de la musique de Liszt, explique le pianiste Alfred Brendel dans Réflexions faites. Le fragment n’est-il pas la forme la plus pure du romantisme, la seule légitime? Quand l’utopie est reine et tente d’embrasser l’infini, la forme doit rester ouverte pour accueillir l’incommensurable. Faire sentir qu’un silence entre deux passages est davantage un trait d’union qu’une séparation, et que les transitions sont le lieu de transformations magiques, voilà la tâche de l’interprète : il doit se faire magicien. Des liens organiques se créent d’une manière qui échappe au rationnel; la forme ouverte se clôt à l’infini. »
 

Johannes Brahms

Né à Hambourg le 7 mai 1833
Mort à Vienne le 3 avril 1897

Symphonie no 4, en mi mineur, opus 98

Allegro non troppo
Andante moderato
Allegro giocoso – poco meno presto – Tempo I
Allegro energico e passionato – Più allegro

Alors que ses contemporains tentaient de révolutionner la symphonie, Brahms aborde le genre autrement. Chaque geste musical demeure réfléchi, s’intègre à un tout cohérent, aux fondations classiques non dépourvues d’originalité, dans lequel les thèmes imaginatifs, un traitement harmonique souple, une maîtrise du contrepoint évidente et une orchestration qui refuse de devenir figure de rhétorique vide de sens, restent au service de la musique.

Composée en 1884-85 pour l’Orchestre de la cour de Meiningen, dirigé par son ami Hans von Bülow, la Quatrième Symphonie est l’une des plus grandes œuvres de Brahms, et peut être placée aux côtés du Requiem allemand. Sobre, sérieuse, tragique même – et ce, même si le troisième mouvement se veut tout aussi exubérant que le finale de la Deuxième, en opposition au côté sévère et strict du finale –, la symphonie s’articule autour des chaînes de tierces présentées dès le premier mouvement et de l’attraction que semble exercer la note do sur les quatre mouvements.

Après un Allegro non troppo dont les trois thèmes ne seront pas repris dans la réexposition attendue, l’Andante moderato, avec son appel de cors, se décline comme un chant aux couleurs automnales, l’un des plus somptueux de Brahms. Le troisième mouvement donne l’impression d’être un scherzo et, de façon inusitée chez Brahms, piccolo et triangle s’intègrent à la palette orchestrale. Les derniers accords de la coda ouvrent la voie à l’extraordinaire chaconne qui clôt l’œuvre, érigée sur le thème du chœur final de la Cantate 150 (Nach dir, Herr, verlanget mich), « Meine Tage in den Leiden » (Mes jours mes souffrances), qui inspirerait 15 variations à Bach. Brahms portera le nombre à 30 (plus des variantes et une coda), offrant une cathédrale sonore aux proportions parfaites, qui semble résumer tout ce qui précède. « D’un bout à l’autre, tout en cette symphonie monumentale converge comme lignes perspectives vers sa monumentale conclusion », affirmera d’ailleurs le musicologue et critique Claude Rostand.

 

Lucie Renaud