Soirée du 13 mars présentée par
Soirée du 16 mars présentée par

Kent Nagano & le Requiem de Brahms

Un « requiem humain. » (Brahms)
Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
41$* à 215$*
Loges à partir de 130$*
* La tarification, les artistes, le répertoire, les dates et les heures des concerts peuvent être modifiés sans préavis.

Les prix indiqués incluent des frais non remboursables de 8 $ par billet, taxes en sus. Certains frais de manutention peuvent être exigés.
Dates de ce concert
Mercredi 13 Mars 2013 - 20h00 Terminé
Jeudi 14 Mars 2013 - 20h00 Terminé
Samedi 16 Mars 2013 - 20h00 Terminé
Artistes
KENT NAGANO, conductorchef d’orchestre
SIBYLLA RUBENS, sopranosoprano
MARKUS WERBA, baritonebaryton
CHŒUR DE L'OSM,
ANDREW MEGILL, OSM chorus condutor chef de chœur

Présentation du concert

ZIMMERMANN
Stille und Umkehr (Silence et retour) (première à l'OSM)
BRAHMS
Un Requiem allemand 

 

Composé entre 1865 et 1868, le poignant Requiem allemand de Brahms demeure une œuvre pilier du répertoire choral. Brahms lui aurait volontiers donné le nom de « requiem humain » tant il y met l’accent sur les vivants. En sept mouvements, l’œuvre constitue une véritable ode de consolation, alors que Brahms subissait le deuil de son ami Schumann et devait envisager celui, imminent, de sa mère.

La soprano Sibylla Rubens et le baryton Markus Werba, tous deux acclamés internationalement, se joignent à l’OSM et son Chœur, placés sous la direction de Kent Nagano.

Bernd Alois Zimmermann

Né à Bliesheim (près de Cologne) le 20 mars 1918
Mort à Grosskönigsdorf (aujourd’huiPulheim, près de Cologne) le 10 août 1970

 
Stille und Umkehr [Silence and Return]

Bernd Alois Zimmermann a laissé une œuvre relativement peu importante, néanmoins fascinante, au style hautement individuel, incorporant plusieurs aspects idiomatiques de l’avant-garde du 20e siècle. L’une de ses dernières partitions, Stille und Umkehr a été composée en 1970 (peu de temps avant son suicide) pour souligner le 500e anniversaire d’Albrecht Dürer, à Nuremberg, ville où elle a été créée le 19 mars 1971. L’une des nombreuses œuvres tardives à explorer un concept que Zimmermann nommait Zeitausdehnung (extension du temps), dont il attribue la paternité à Webern, Stille und Umkehr est par nature presque hypnotique, délicatement arrangée pour large orchestre aux textures variées, et offre une tapisserie kaléidoscopique de couleurs instrumentales changeantes, même si la pièce ne dure qu’environ dix minutes et reste dans un registre de nuance doux. Une simple note, répétée de façon persistante (le au-dessus du do central) circule dans l’orchestre et un motif récurrent rythmique de blues de huit mesures au tambour appuie une grande variété de commentaires instrumentaux courts et intermittents. La musique qui en résulte – une surface fluctuante sur une fondation ferme – suggère à la fois le mouvement et l’immobilisme, tout en possédant une qualité ouverte, intemporelle, qui se reflète peut-être dans le sous-titre de Zimmermann, Orchesterskizzen (Esquisses pour orchestre).
 

Johannes Brahms

Né à Hambourg le 7 mai 1833
Mort à Vienne le 3 avril 1897

Ein deutsches Requiem (Un requiem allemand), opus 45

On connaît peu de choses sur les circonstances entourant la composition du Requiem allemand. Brahms l’a conçu pour des raisons personnelles – il ne s’agissait pas d’une commande ou d’une pièce écrite pour une manifestation publique – et en a parlé uniquement à ses amis les plus proches. Il travaillait aux esquisses au printemps 1865 et avait terminé l’orchestration en octobre 1866. (Il aurait apparemment tiré le deuxième numéro d’une œuvre qu’il avait commencé à composer en 1854.) Les trois premiers mouvements ont été donnés à Vienne en 1867 et l’œuvre complète créée, sous la direction de Brahms, le Vendredi saint (10 avril) 1868, à Brême. À ce moment-là, elle n’avait que six mouvements – tous ceux entendus aujourd’hui, sauf le no 5 – mais nous avons des raisons de croire que Brahms avait déjà choisi les sept textes et peut-être même composé (ou au moins esquissé) le no 5, qui a été donné pour la première fois à Zurich plus tard en 1868. La version finale de sept mouvements a été créée à Leipzig le 18 février 1869.

Le Requiem allemand était une œuvre novatrice, idiosyncratique pour son époque et son lieu de création. D’une part, il était en allemand, non pas en latin (langue de la plupart des œuvres chorales sacrées austro-allemandes) comme le requiem traditionnel. Même si l’œuvre n’est pas dépourvue d’allusions à la messe du requiem, Brahms ignore le texte usuel entièrement et façonne le sien à partir de sélections tirées de la Bible de Luther, des Vieux et Nouveau Testaments et des apocryphes – 16 sources en tout, dont trois Psaumes et des extraits d’Isaïe, des Évangiles de Matthieu et Jean, plusieurs Lettres et l’Apocalypse.

Le texte de Brahms renvoyait de fait à une musique sacrée protestante allemande largement antérieure (Schütz, Bach) et sa partition, sans aucune surprise, est remplie d’allusions historiques : aux idiomes choraux de Schütz et même des compositeurs de la Renaissance, au choral luthérien et au choral prélude (un choral très connu, a-t-il dit, « est au cœur de l’œuvre entière »), à la fugue et à d’autres formes de contrepoint formel, ainsi qu’à plusieurs autres formes et procédés musicaux anciens (variation, sonate, forme ternaire, danse, marche, récitatif, aria da capo). Même si Brahms a concilié de telles allusions avec des stratégies très modernes côté harmonie et développement, l’aspect « réactionnaire » du Requiem allemand a suscité la controverse, même auprès de ses défenseurs. Mais la maîtrise technique, la puissance émotionnelle et la portée historique de la musique ont été reconnues immédiatement; l’œuvre, en effet, était l’une des premières grandes signées par Brahms (elle a été complétée une décennie avant sa Première Symphonie) et son succès a établi sa réputation internationale.

Brahms a été élevé en tant que luthérien, mais sa foi religieuse, même si profonde, était non conventionnelle, ce que l’on peut remarquer dans le Requiem allemand, qui ne remplit aucune fonction liturgique et n’est lié à aucune orthodoxie théologique. Visiblement, Brahms a minimisé les sections du requiem traditionnel – Apocalypse, Jour du jugement dernier – qui offraient la plus grande portée au drame musical et, même si le texte est chrétien, il ne s’attaque pas directement à la vie ou à la mort du Christ (même si celui-ci est cité plusieurs fois). Brahms s’approprie la Bible pour ses mérites littéraires et philosophiques plutôt que pour ses doctrines  religieuses et son Requiem allemand propose une méditation très personnelle sur la mort, se souciant plus de réconforter les vivants que de réfléchir au sort de l’âme après la mort.

Brahms avait une connaissance profonde de la Bible et ses choix hétéroclites de textes forment une séquence logique qui comprend certains motifs récurrents. La brièveté de la vie et l’inéluctabilité de la mort sont accentuées dans les nos 1, 2 et 3, alors que le deuil et le désespoir sont équilibrés par la consolation, l’espoir et la confiance en Dieu. Les nos 4 et 5 sont plus contemplatifs – le premier se veut un chant de louange au bonheur éternel, le second un chant intime de réconfort à un proche du défunt. Le no 6 évoque la résurrection des morts et la transformation des âmes, tout en servant de transition vers le no 7, dont le message réconfortant (et sa musique) fait référence au no 1. Brahms nous rassure que béatitude et transformation spirituelle nous attendent après la mort, pour récompenser notre travail, notre patience et notre foi.

Ces thèmes et liens entre les textes sont soulignés par plusieurs décisions au niveau de l’harmonie et de la forme, ainsi que par l’utilisation de motifs musicaux récurrents dont le développement dépasse les frontières des mouvements individuels, particulièrement le motif associé à la toute première intervention du chœur. Même si certains mouvements sont de forme relativement simple, tous possèdent une profusion de détails et un caractère fort. Le no 2, par exemple, a la qualité sinistre, implacable d’une marche funèbre, alors que le no 4, un intermezzo doux et pastoral – le mouvement le plus « séculier » – s’écoute comme une valse lente. Même si Brahms évite en grande partie la peinture sonore programmatique, sa musique suit toujours le sens et l’émotion du texte, le côté sérieux inhérent de celui-ci étant reflété dans les choix de tempo : l’œuvre commence et se termine solennellement et chaque mouvement s’ouvre sur un mouvement lent (ou plus ou moins lent). L’orchestration est en grande partie sombre et sobre, néanmoins riche, expressive et subtile, non dépourvue de certains effets inusités frappants. Tout au long, les sections orchestrales et chorales sont intimement liées; l’orchestre jamais ne se contentant d’accompagner.

 

Kevin Bazzana

Traduction de Lucie Renaud