Louis Lortie

Les complices Liszt et Lortie

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
40$* à 105$*
Dates de ce concert
Dimanche 2 Février 2014 - 14h30 Terminé
Artistes
Louis Lortie, pianopiano

Présentation du concert

LISZT, Années de pèlerinage

 

Le pianiste canadien a été associé à l’œuvre de Ravel, Chopin, Mozart (alors qu’il dialoguait avec l’OSM dans le cadre de la série Mozart Plus) et Beethoven. Depuis quelques années, il est habité par Liszt, ultime virtuose mais aussi grand poète. Louis Lortie nous propose ici l’intégrale des Années de pèlerinage, œuvre qu’il a gravée en 2011, véritable voyage au cœur même de l’imaginaire.

Présenté en coproduction avec Pro Musica

 

Causerie : 13h15
Pre-discussion concert : 1:15 P.M.

Franz Liszt

Né à Raiding (près de Sopron, Hongrie) le 22 octobre 1811
Mort à Bayreuth le 31 juillet 1886

Années de pèlerinage 

Connues comme l’une des plus belles réussites de la musique pour piano de Liszt, les Années de pèlerinage constituent une œuvre autobiographique majeure dans la carrière du compositeur. Fruit de sa rencontre avec Marie d’Agoult en 1832, l’œuvre se décline en trois « Années », témoignant chacune d’une période de leur vie passée entre la Suisse et l’Italie. À l’été 1835, les amants quittent la France pour se rendre à Genève où ils séjourneront durant près de deux ans. Le compositeur y écrira dix-neuf pièces, regroupées dans l’Album d’un voyageur (1836), dont certaines constitueront la Première Année de pèlerinage. Après un retour de quelques mois en France, Liszt et Marie d’Agoult repartent à nouveau, se dirigeant cette fois-ci vers l’Italie. Ils y resteront de 1837 à 1839, visitant Bellagio, Milan, Venise, Modène, Florence ou encore Rome. Durant cette deuxième période, Liszt composera la plupart des pièces contenues dans le deuxième recueil des Années de pèlerinage. Plus tardif, le troisième livre (Troisième Année) comprend sept pièces écrites entre 1867 et 1877. Ces dernières, plus introspectives, ne seront publiées qu’en 1883, trois ans avant la mort du compositeur.

Première année : Suisse 

Le premier recueil réunit neuf « impressions » de Suisse qui figurent parmi les plus belles. « Chapelle de Guillaume Tell » est une sorte de portrait musical du héros helvétique du XIVe siècle. Un thème en majeur, ample et majestueux, ouvre la pièce en faisant résonner une mélodie qui semble être celle d’un cor des Alpes. Dans la section centrale, on entend des sonneries de trompettes accompagnées de trémolos qui traduisent à merveille l’écho des paysages montagneux. « Au lac de Wallenstadt » imite le doux va-et-vient des vagues. Une mélodie simple et claire résonne doucement sur l’accompagnement scintillant de la main gauche. La pièce suivante, « Pastorale », s’intitulait à l’origine « Fête villageoise ». C’est une courte évocation d’une danse folklorique, aérée et lumineuse. « Au bord d’une source » est l’une des pièces les plus populaires du recueil. Dès les premières notes, la citation de Schiller qui l’accompagne semble prendre tout son sens : « Dans la fraîcheur murmurante, commence le jeu de la jeune nature. » Un thème unique et délicat où croisements de mains et doubles croches font miroiter l’eau à l’oreille. « Orage » (1855) fut la seule nouvelle pièce écrite pour ce recueil. Loin du raffinement de la précédente, celle-ci est construite sur de puissants mouvements d’octaves où tempête de la nature et tempête de l’âme se mêlent en une improvisation particulièrement convaincante. « Vallée d’Obermann » est la pièce la plus longue et la plus élaborée du volume. Pour l’écrire, Liszt s’est directement inspiré du roman Obermann d’Étienne Pivert de Senancour (1770-1846) à qui il dédie la partition. Alternant harmonies dissonantes et modulations éloignées, le thème initial en mineur se transforme tout au long du morceau, pour finalement faire place à une magnifique mélodie dans la tonalité majeure : sorte de victoire du compositeur sur le pessimisme de Senancour. Le septième numéro, « Églogue », porte le sous-titre « Chant de berger »; c’est un arrangement du « Ranz des chèvres » que Liszt avait écrit en 1836. Les harmonies sont claires et la musique est joyeuse. La huitième pièce, « Le mal du pays », s’ouvre sur une atmosphère pastorale. Le motif d’appel du début, repris en écho à la manière d’un ranz des vaches, termine ces quelques pages de profonde nostalgie. « Les cloches de Genève » est un nocturne que Liszt dédia à sa première fille Blandine, née à Genève au mois de décembre 1835. L’œuvre termine le recueil dans une atmosphère tranquille et sereine.

Deuxième année : Italie

Pour le deuxième recueil, Liszt puise ses idées autant dans la littérature et la poésie que dans les paysages et le folklore, et si son amour pour Marie constitue une forte source d’inspiration, c’est aussi l’art italien tout entier qui lui apparaîtra comme une révélation. Ainsi, Le Mariage de la Vierge de Raphaël est à l’origine de « Sposalizio ». Usant d’harmonies sophistiquées, la pièce revêt pourtant un caractère improvisé en s’ouvrant sur une ligne mélodique pentatonique, reflet d’un exotisme annonçant des compositeurs comme Debussy ou Strauss. « Il Penseroso », quant à lui, s’inspire de la sculpture du Laurent de Médicis de Michel-Ange. Liszt souhaitait que cette pièce soit exécutée en version orchestrale à ses propres funérailles, mais son désir ne fut pas exaucé. La « Canzonetta del Salvator Rosa » fut ajoutée tardivement à la Deuxième Année de pèlerinage. Basée sur la mélodie d’une chanson populaire, la pièce fait allusion à Salvator Rosa, poète, acteur, musicien et peintre italien du XVIIe siècle, auteur du texte illustré par la musique (« Je change souvent d’endroit mais le feu de mon amour reste le même »). Les trois « Sonnets de Pétrarque » sont composés sur des mélodies que Liszt avait écrites avant 1839 et viennent illustrer les textes du poète italien. Les deux premiers (no 47 et no 104) s’expriment constamment à travers la nuance forte, mettant en scène la thématique de l’ambivalence amoureuse. Le « Sonetto 123 » introduit la figure de l’ange et du divin avec plus de douceur, terminant le morceau par un long decrescendo menant au terme des six premières pièces. La dernière – « Après une lecture de Dante » – reprend le titre d’un poème de Victor Hugo débutant par ces vers : « Quand le poète peint l’enfer, il peint sa vie; sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie ». L’intervalle qui sépare le « Sonetto 123 » de ce dernier morceau, n’est autre que celui du triton, nommé jadis « diabolus in musica ». La fin, grandiose, clôt ce second recueil des Années de pèlerinage, dont Liszt n’acheva l’écriture qu’en 1849.

Troisième année

Le troisième recueil réunit sept numéros écrits durant les séjours de Liszt à la Villa d’Este, à Tivoli, près de Rome. Davantage personnelles, les pièces témoignent d’une simplicité plus grande que les précédentes, rejoignant encore davantage les humeurs et les sentiments du musicien. « Angélus ! Prière aux anges gardiens » évoque les cloches que le compositeur entendait sonner le soir, à Rome. La pièce est écrite pour piano ou harmonium. Les deux morceaux suivants, « Aux Cyprès de la Villa d’Este. Thrénodie nos 1 et 2 », forment une seule et même élégie inspirée par les immenses cyprès de la Villa d’Este. Ces deux lamentations au caractère morose et émouvant révèlent plusieurs passages harmoniques particulièrement raffinés. La quatrième pièce du recueil, « Jeux d’eau à la Villa d’Este », est la seule de la série qui soit entrée dans le répertoire pour piano. Composition remarquable des années de maturité de Liszt, elle donne à entendre une écriture des plus fluides où l’eau jaillit et éclabousse au moyen de trémolos, trilles et passages en arpèges. « Sunt lacrymae rerum » (Les choses ont leurs larmes) eut d’abord le titre de « Thrénodie hongroise », en référence à la Guerre d’indépendance hongroise de 1848-1849. La pièce, écrite sur un rythme de marche populaire typiquement hongrois, est dédiée à Hans von Bülow. La « Marche funèbre » qui suit a été écrite à la mémoire de l’empereur Maximilien 1er du Mexique en 1867, année de son exécution. Quant à la dernière pièce du recueil, « Sursum corda » (Hauts les coeurs), elle emprunte son titre au préambule de la messe catholique. De caractère contemplatif et austère, elle fait place à un final grandioso.

Antonin Wyss

 

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