Lieder romantiques

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
42$* à 200,25$*
Dates de ce concert
Mercredi 19 Novembre 2014 - 20h00 Terminé
Jeudi 20 Novembre 2014 - 20h00 Terminé
Artistes
Kent Nagano, conductorchef d’orchestre
Miah Persson, sopranosoprano

Présentation du concert

Wagner, Tristan und Isolde, Prélude et « Liebestod »

Schoenberg, La nuit transfigurée

Schubert, Symphonie no 8 en si mineur, D. 759, « Inachevée »

R. Strauss, Quatre derniers lieder

 

Les liens entre poésie et musique sont souvent très intimes, comme en témoigne trois des quatre œuvres au programme ici. Schoenberg n’a pas encore 25 ans quand, à l’été 1899, il rencontre Mathilde Zemlinsky, pour qui il composera en moins de trois semaines sa Nuit transfigurée sur des poèmes de son ami Dehmel. Wagner mettra lui-même en vers la légende médiévale celtique de Tristan et Iseut dans ce qui deviendra l’une des plus importantes réalisations du théâtre lyrique occidental. Testament musical de Strauss d’après des textes de Hesse et Eichendorff, Les Quatre derniers lieder, interprétés ici par la soprano suédoise Miah Persson, se veulent une évocation du cycle de la vie, souvent trop courte, comme en témoigne l’« Inachevée » de Schubert.

Les œuvres entendues au début et en conclusion du programme de ce soir sont signées par deux compositeurs allemands, et encadrent deux partitions de musiciens viennois. Ces quatre créateurs ont bien sûr connu Vienne, épicentre légendaire du monde musical depuis l'époque de Mozart et de Haydn (soit la fin du 18e siècle), mais seuls Schubert et Schoenberg y sont nés. Une autre filiation réunit ces ascendances allemande et viennoise : la Nuit transfigurée de Schoenberg est en lien direct avec le Tristan et Isolde de Wagner, tant pour sa trame que pour son langage musical pétri de romantisme et à l'expressivité exacerbée.

 

 

Richard Wagner

Né à Leipzig, le 22 mai 1813

Mort à Venise, le 13 février 1883

 

Prélude et « Liebestod » de Tristan et Isolde

 

En 1857, Wagner cesse de travailler à sa colossale tétralogie opératique, l'Anneau du Nibelung, pour se consacrer plutôt à une partition plus courte et qu'il désire plus simple et accessible. Il espère également que cette nouvelle œuvre scénique lui procurera rapidement des revenus dont il a grandement besoin. Mais il en sera autrement du destin de Tristan et Isolde. Après avoir demandé deux ans de travail à Wagner, sa création n'aura lieu qu'en 1865 à Munich, six ans après sa complétion. De fait, cette œuvre s'avérera être l'une des plus longues, des plus complexes, des plus difficiles d'accès et, pour le public du milieu du 19e siècle habitué aux divertissements de Meyerbeer et de Rossini, l'une des créations les plus incompréhensibles de l'histoire de l'opéra.

 

Tristan et Isolde reste à ce jour l'une des partitions les plus révolutionnaires jamais conçues. Cela pour bien des raisons, notamment son langage harmonique au chromatisme très développé, le fait que sa trame est presque exclusivement composée d'états psychologiques au lieu d'événements extérieurs, ainsi qu'à cause de l'intensité exceptionnelle des émotions qu'elle représente musicalement. L'amour que se vouent Tristan et Isolde est si douloureusement intense et dévorant, son pouvoir infini le rendant si insoutenable, qu'il ne peut trouver son aboutissement que dans la mort. Le Prélude et le « Liebestod » (Mort d'amour) constituent les premières et les dernières pages de l'opéra. De fait, elles synthétisent l'essence psychologique de l'œuvre de quatre heures et Wagner lui-même a approuvé leur couplage pour en permettre l'exécution en concert.

 

 

 

Arnold Schoenberg

Né à Vienne, le 13 septembre 1874

Mort à Los Angeles, le 13 juillet 1951

 

Verklärte Nacht, op. 4 (La nuit transfigurée)

 

Le sextuor à cordes La nuit transfigurée (1899) est la première œuvre d'importance de Schoenberg, amorçant du coup chez lui le cycle des œuvres de maturité. C'est le Quatuor Rosé et deux musiciens additionnels qui en donnèrent la première audition à Vienne, le 18 mars 1902. En 1917, Schoenberg retravailla l'instrumentation originale (paires de violons, d'altos et de violoncelles) pour en tirer une version pour orchestre à cordes. En 1943, il révisa cette seconde mouture pour lui donner la forme sous laquelle nous entendons l'œuvre le plus souvent à notre époque, en réduisant certaines des indications concernant l'interprétation et en allégeant certains passages à l'orchestration plus chargée. La majorité des mélomanes considèrent que les sonorités plus denses fournies par l'orchestre à cordes magnifient l'intensité émotionnelle de la musique. Les amateurs de ballet connaissent aussi La nuit transfigurée sous le titre Pillar of Fire, dans la chorégraphie d'Anthony Tudor.

 

La partition est une lecture musicale du poème Zwei Menschen (Deux êtres) de Richard Dehmel (1863-1920), poète et dramaturge allemand réputé à son époque. Le texte met en scène deux amoureux, en promenade dans les bois sous les lueurs de la lune. La femme fait à l'homme un terrible aveu : elle porte un enfant, dont il n'est pas le père. L'homme affirme que cet enfant ne sera pas un fardeau pour lui, que la sincérité et la profondeur de son amour pour elle feront aussi de cet enfant le sien. Une étrange radiance vient alors métamorphoser l'air frais de la nuit avant que, dans la chaleur de leur amour, le couple ne fasse de cet enfant le « leur ».

 

On peut considérer La nuit transfigurée comme un drame sans mots ou une narration en musique et sans doute vaut-il mieux laisser à chaque mélomane l'imagination des détails de sa trame. Schoenberg y exprime par la musique une immense gamme d'émotions, comme l'angoisse, la peur, la tendresse, le pardon, l'intimité et l'extase, à même un environnement naturel envoûtant. Dehmel lui-même, après avoir entendu la musique de Schoenberg, déclara: « J'avais d'abord l'intention de suivre les motifs de mon texte dans son œuvre, mais j'y ai vite renoncé, tant j'étais sous le charme de la musique. »

 

Franz Schubert

Né à Vienne, le 31 janvier 1797

Mort à Vienne, le 19 novembre 1828

 

Symphonie en si mineur, « Inachevée », D. 759

 

Après avoir travaillé à sa Symphonie en si mineur à l'automne 1822, Schubert porta ses énergies vers sa Fantaisie en do majeur, dite « Wanderer ». Lorsque, en avril 1823, la Société de musique styrienne de Graz lui décerna un diplôme honorifique (une des rares manifestations de reconnaissance publique lui ayant étant accordée de son vivant), Schubert, pour exprimer sa gratitude, fit cadeau à cet organisme de sa symphonie restée inachevée. Selon toute vraisemblance, Schubert voulait en terminer la composition, mais désirait offrir à la Société une nouvelle œuvre d'envergure, fut-elle incomplète. La Symphonie passa ainsi aux mains de particuliers pour ne réapparaître qu'en 1860, 32 ans après la mort du compositeur. Il allait ensuite falloir cinq années de plus avant que l'œuvre ne soit enfin créée, sous la direction de Johann Herbeck, dans la grande Redoutensaal du Palais de Hofburg, à Vienne.

 

La mélancolie, le désir et la tristesse imprègnent le discours musical, entre de lumineux épisodes de rédemption mélodique. La symphonie s'amorce dans le mystère d'un thème exprimé aux cordes graves. Les violons font ensuite entendre un doux murmure, auquel se greffent le hautbois et la clarinette. Les violoncelles chantent – comment feraient-ils autrement ? – le deuxième sujet évoquant les courbes d'une valse. Ces idées sont ensuite développées et portées vers un intense climax. Le deuxième mouvement commence par un thème d'une douceur infinie, suivi par l'ascension lente et plaintive d'un thème d'abord entendu à la clarinette. Ce matériau est amené vers un sommet d'intensité dramatique, cela à deux reprises. Le mouvement trouve sa conclusion dans la lumière d'une sérénité bienveillante.

 

 

Richard Strauss

Né à Munich, le 11 juillet 1864

Mort à Garmisch-Partenkirchen, le 8 septembre 1949

 

Quatre derniers lieder

 

C'est comme innovateur et moderniste radical que s'est fait connaître Richard Strauss au début de sa carrière, mais ses œuvres tardives allaient manifester l'ascendance d'un esprit beaucoup plus conservateur. En un sens, il bouclait ainsi la boucle, car c'est dans l'héritage de la tradition de Mendelssohn et de Schumann qu'il avait composé ses premières partitions à l'adolescence. Toutefois, le corpus de ses œuvres de maturité n'en reste pas moins unique. Non seulement le langage harmonique y est-il beaucoup plus raffiné, mais la musique y est profondément imprégnée d'une aura de confiance tranquille, de paix, de résignation, si ce n'est parfois de lassitude. On a longtemps cru que les Quatre derniers lieder constituaient les ultimes pages composées par Strauss, mais en 1984 un autre chant, intitulé Malven, refit surface. Nous savons toutefois que cette pièce n'a jamais été destinée à faire partie des Quatre derniers lieder, dont l'appellation est donc restée la même.

 

Vers la fin de 1946, Strauss découvrit un poème du grand poète allemand Joseph von Eichendorff intitulé « Im Abendrot ». Strauss fut saisi par la beauté des images de ce texte, mais aussi par le fait qu'il était en pleine adéquation avec sa propre situation. L'heure était en effet venue pour lui et son épouse Pauline de poser un regard rétrospectif sur leurs vies, avec leurs joies et leurs peines, leurs bonheurs et leurs angoisses. Dans le sentiment crépusculaire de leur âge avancé (Strauss avait alors plus de 80 ans), ils étaient tous deux résignés à leur propre fin. Strauss nota les esquisses du chant destiné à ce poème au cours de l'hiver 1946-1947 et en réalisa l'accompagnement orchestral au début de 1948. « Im Abendrot » a été conçue comme une œuvre isolée mais semblait appeler un prolongement musical. Strauss trouva les textes additionnels dont il avait besoin dans un recueil de poésie de Hermann Hesse. Trois nouveaux chants furent donc composés, pour constituer l'ensemble des Quatre derniers lieder, dont Kirsten Flagstad donna la première audition le 22 mai 1950 à Londres, sous la direction de Wilhelm Furtwängler.

 

© Robert Markow

Traduction de Marc Hyland

* La tarification, les artistes, le répertoire, les dates et les heures des concerts peuvent être modifiés sans préavis.

Les prix indiqués incluent des frais non remboursables de 9 $. Certains frais de manutention peuvent être exigés.