Soirée présentée par

Marc-André Hamelin joue Liszt

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
40$* à 198$*
* Les prix incluent les frais de service mais excluent les taxes.
Dates de ce concert
Mardi 4 Mars 2014 - 20h00 Terminé
Mercredi 5 Mars 2014 - 20h00 Terminé
Artistes
Kent Nagano, conductorchef d'orchestre
Marc-André Hamelin, pianopiano

Présentation du concert

WAGNER, Parsifal, prélude du premier acte
HEFTI, Première mondiale - Commande de Migros-Kulturprozent-Classics
LISZT, Concerto pour piano n° 2
BERLIOZ, Symphonie fantastique

 

Véritable Goliath du piano, le pianiste canadien Marc-André Hamelin joue cette fois Liszt. Vous comprendrez pourquoi BBC Music Magazine n’a pas hésité à avancer : « Marc-André Hamelin n’est jamais flamboyant ou tape-à-l’œil : son jeu est constamment au service de la musique. Le voir jouer Liszt [...] est un cours de maître en modestie du geste… » Sous la direction de Kent Nagano, l’OSM interprète aussi la Symphonie fantastique, œuvre d'une puissance expressive extraordinaire ainsi que, en prolongement de l’année du 200e anniversaire de Wagner, le prélude du premier acte de Parsifal. La première mondiale d’une nouvelle œuvre du compositeur suisse David Philip Hefti, étudiant notamment de Wolfgang Rihm, lauréat des prix de composition Gustave Mahler, Pablo Casals et George Enescu, complète le programme.

Diffusé gratuitement et en direct le 5 mars à 20 h sur medici.tv, et en différé pendant une période de trois mois suivant ce concert.

Entrevue avec David Philip Hefti

 

Mélodies liées, voilà ce qui pourrait être le thème du concert de ce soir, articulé autour de Beziehungsweisen, l’oeuvre qui sera alors créée. S’inspirant de Wagner, Liszt et Berlioz dans ses fondements, l’Adagio de David Philip Hefti permet d’unir les quatre compositions.

Richard Wagner

Né à Leipzig le 22 mai 1813 – Mort à Venise le 13 février 1883

Parsifal, prélude du premier acte

Présenté pour la première fois à Bayreuth le 22 juillet 1882, Parsifal évoque la route d’un homme vers l’éveil et la découverte spirituelle. Même s’il se déroule dans l’Espagne mauresque au Moyen-Âge, une certaine intemporalité plane au-dessus de l’opéra, son message s’avérant pertinent toutes époques confondues. Cette impression d’intemporalité s’installe dès les premières notes du Prélude, qui semblent s’élever du brouillard. Le son flotte; pulsation, mesure, rythme et même les couleurs orchestrales paraissent non définies, floues, incertaines. Connu sous le nom du motif du déferlement de l’amour, celui-ci monte lentement, puis redescend, se dissout finalement dans un accord qui pulse et scintille doucement, auréolé d’éclat. Une atmosphère de mystère et de magie enveloppe la musique, transportant l’auditeur dans une autre dimension. Une pause est proposée, avant que tout ce long paragraphe ne soit répété dans une nouvelle tonalité avec une orchestration semblable, mais subtilement différente.

Un doux choral de cuivres introduit le motif du Graal (la cadence « Amen de Dresde »), les bois y faisant écho. Le motif de la foi suit immédiatement, avant d’être repris trois fois par des combinaisons encore plus riches des bois et des cuivres. Ces motifs, ainsi que celui de la lance, constituent les fragments avec lesquels Wagner tisse la trame du prélude de quinze minutes.

David Philip Hefti

Né à Saint-Gall, Suisse, le 13 avril 1975 – Habite maintenant à Mannheim et Zurich

Adagio – ‘Beziehungsweisen’ für Orchester

David Philip Hefti est l’un des compositeurs suisses les plus importants de sa génération. Même s’il n’a pas encore 40 ans, il a été couronné de prix et d’honneurs et sa musique a été jouée par certains des musiciens et ensembles les plus prestigieux de la planète. Il a étudié la musique à Zurich et Karlsruhe, et s’est notamment perfectionné auprès du compositeur allemand Wolfgang Rihm, du Suisse Rudolf Kelterborn et de l’Espagnol Cristóbal Halffter. Très éclectique, son catalogue d’oeuvres est presque entièrement instrumental, l’accent étant mis sur la musique de chambre pour diverses formations, certaines traditionnelles (quatre quatuors à cordes), d’autres très inusitées (Mondschatten pour violon et marimba, ou PeRSIgNo pour dix clarinettes).

Adagio (Beziehungsweisen) est né d’une discussion entre David Philip Hefti et Kent Nagano. En évoquant la forme que l’oeuvre prendrait, le compositeur et le chef étaient d’accord qu’elle devait, d’une façon ou d’une autre, entrer en corrélation avec les trois autres oeuvres au programme ce soir, le prélude de Parsifal de Wagner, le Deuxième Concerto pour piano de Liszt et la Symphonie fantastique de Berlioz, ces oeuvres agissant collectivement comme « pont atmosphérique » avec son Adagio, explique Hefti. À cette fin, il a intégré du matériel thématique tiré des trois autres oeuvres, de même que de ses compositions antérieures, dans sa pièce sous-titrée Beziehungsweisen (mélodies liées). Puisque « l’utilisation de citations est atypique dans ma démarche compositionnelle, explique Hefti, je les ai toutes cachées. Elles peuvent être vues dans la partition, mais sont à peine audibles; elles servent de structure sous-jacente […] Le thème de la solitude, conséquence d’un déchirement entre deux mondes, unit les trois oeuvres et peut aussi être considéré le thème principal de ma pièce. »

Créé cette semaine, Adagio est dédié à Kent Nagano, qui dirigera l’OSM lors d’interprétations ultérieures la semaine prochaine à Zurich, Berne et Genève.

Franz Liszt

Né à Raiding, Hongrie (maintenant en Autriche), le 22 octobre 1811 – Mort à Bayreuth, Allemagne, le 31 juillet 1886

Concerto pour piano No 2 en la majeur, S. 125

Le Deuxième Concerto pour piano de Liszt a pris naissance en 1839, mais n’a été complété que dix ans plus tard. La première ne sera donnée que huit ans après (par l’un de ses élèves, Hans von Bronsart). Même si portant le nom de concerto, l’oeuvre ressemble plutôt à un poème symphonique, basé sur le principe de la transformation thématique – une forme se déployant en un mouvement au cours duquel les thèmes de chaque section dérivent d’un unique motif initial. Les thèmes peuvent être refondus harmoniquement, camouflés mélodiquement, joués plus rapidement ou plus lentement, altérés rythmiquement ou n’importe quelle combinaison de ces techniques.

S’il le désire, l’auditeur peut considérer ce concerto comme une version concentrée d’une oeuvre en quatre mouvements sans pause, l’Allegro agitato assai agissant comme deuxième « mouvement » (multiples octaves tonnantes du soliste et élégance de l’orchestre), un « mouvement » lent, ravissant et poétique, mettant en lumière le thème joué par le violoncelle solo, accompagné par des guirlandes d’arpèges ruisselants au piano, et un finale en forme de marche ramenant enfin le centre harmonique du concerto vers la majeur, tonalité du passage initial, jamais repris. Néanmoins, si nous tentons de résumer le concerto en une structure traditionnelle, nous allons à l’encontre du but de nouveauté que s’est fixé Liszt quant à la forme. L’intégrité de chaque mouvement individuel est supplantée par leur effondrement dans une structure en un seul grand mouvement, soutenu par le fil d’une seule idée musicale transformée de multiples façons.

Hector Berlioz

Né à La Côte-Saint-André, près de Grenoble, le 11 décembre 1803 – Mort à Paris le 8 mars 1869

Symphonie fantastique, opus 14

La jeune actrice shakespearienne Harriet Smithson, qui avait joué à Paris les rôles d’Ophélie et de Juliette dans des productions en tournée d’une compagnie anglaise, demeure sans conteste l’influence la plus marquante ayant mené à la composition de la Symphonie fantastique de Berlioz. Quand celui-ci la vit pour la première fois sur scène le 11 septembre 1827, il fut si bouleversé et consumé par la passion qu’il en semblait possédé. Dans un geste héroïque conçu pour attirer l’attention sur son amour ardent, le plus romantique des Romantiques écrivit sa Symphonie fantastique : Épisode de la vie d’un artiste pour lui prouver que, lui aussi, était un artiste dramatique. La première fut donnée le 5 décembre 1830, même si Harriett n’était pas dans la salle. Berlioz finirait par la rencontrer et l’épouser quelques mois après.

L’élément autobiographique le plus marquant de la partition est la présence de l’idée fixe, une mélodie qui revient dans chacun des cinq mouvements de diverses façons – fervente, béate, distante, inquiète, diabolique, etc., selon la scène. Le monde fantastique provoqué par les drogues de la symphonie n’est que l’un de ses aspects inusités et originaux. Plus que la teneur, l’attention que porte Berlioz aux détails a ouvert la voie aux poèmes symphoniques de Liszt et Strauss. Un autre élément novateur est l’utilisation de l’orchestre en tant que gigantesque instrument virtuose avec lequel le chef peut jouer. Plus que tout, il faut souligner les multiples exemples d’effets orchestraux et les couleurs tonales qui rendent cette œuvre toujours aussi fascinante : les volutes éthérées dans le registre aigu des violons dans l’introduction lente, les appels distants et plaintifs du hautbois et du cor anglais, ainsi que l’orage menaçant entendu sur les quatre timbales accordées différemment dans le troisième mouvement, les terrifiants effets de cuivres et de tambour dans la marche, les horribles frottements et gazouillis dans l’introduction du dernier mouvement, suivis par la diabolique parodie de l’idée fixe par la clarinette aiguë en mi bémol accompagnée par un motif galopant aux quatre bassons ou le thème du Dies irae aux tubas, accompagné de cloches profondes. Nous pourrions continuer ainsi à l’infini…

Robert Markow
Traduction de Lucie Renaud