Measha Brueggergosman chante Berlioz

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
41$* à 193$*
Loges à partir de 110$*
Dates de ce concert
Dimanche 10 Mars 2013 - 14h30 Terminé
Artistes
BRAMWELL TOVEY, conductorchef d'orchestre
MEASHA BRUEGGERGOSMAN, soprano soprano

Présentation du concert

BUHR
Winter Poems (première à l'OSM)
BERLIOZ
Les Nuits d'été
VAUGHAN WILLIAMS
Symphonie no 4 (première à l'OSM)

 

CAUSERIE PRÉ-CONCERT, 13 H 30, Animée par Kelly Rice, réalisateur et chroniqueur à CBC Music
Invité : Bramwell Tovey, chef d'orchestre

Menant une carrière éblouissante depuis son Premier Grand Prix au Concours Musical International de Montréal en 2002, la soprano canadienne Measha Brueggergosman retrouve l’OSM dans les envoûtantes Nuits d’été d’Hector Berlioz.

Véritable touche-à-tout, également compositeur et pianiste, Bramwell Tovey en est à sa quatorzième saison avec le Vancouver Symphony Orchestra. C’est alors qu’il était directeur musical du Winnipeg Symphony Orchestra que Winter Poems a été créée en 1994. Les mouvements esquissés par Glenn Buhr s’inspirent de la vue qu’il avait des paysages glacés du haut des gratte-ciel de Winnipeg et de la frénésie qui animait la ville en contrepoint. Enfin, Tovey dirige la Symphonie no 4 de Ralph Vaughan Williams, l'un des grands noms du répertoire symphonique britannique.

Les œuvres au programme sont très différentes, tant au niveau de leur conception que de leur forme; pourtant, dans chaque cas, l’orchestre lui-même devient une force expressive importante. L’orchestre de Glenn Buhr est sa palette de peintre, les couleurs se fondant en scènes évocatrices sous les coups de pinceau du compositeur. Pour Berlioz, l’orchestre devient un partenaire de danse gracieux, mettant en valeur et soutenant la nuance du chanteur. Pour Vaughan Williams, l’orchestre personnifie la crise existentielle, conflit intérieur s’efforçant de se définir de façon indépendante. Dans ce programme, l’orchestre se veut beaucoup plus qu’un moyen de transmission; il est message!

GLENN BUHR

Né à Winnipeg le 18 décembre 1954

Winter Poems (1994)

Tranquillo
Vivo
Calmando

« Je me rappelle la lumière du soleil sur la neige, des couleurs hivernales, de la vapeur suspendue au-dessus des cheminées des grands édifices; autant de sensations plaisantes d’un hiver dans les Prairies perçues nostalgiquement d’un appartement chaud. » Ce souvenir de Glenn Buhr plante le décor pour Winter Poems, une œuvre en trois mouvements extraordinairement contrastée et colorée, commandée et créée en 1994 par le Winnipeg Symphony Orchestra sous la direction de Bramwell Tovey.

Originaire de Winnipeg, Buhr rend ces tableaux hivernaux avec toute la délicate révérence dont seul un natif des Prairies canadiennes peut faire preuve. Il n’est pas question d’une étendue endormie pour la saison morte; ici, les images évoquées par l’œuvre animent un spectre infini de couleurs, réfractées par des cristaux de glace suspendus, les teintes changeantes des ombres sur la neige, la finesse cristalline du vif air hivernal, la beauté majestueuse de ce paysage en apparence statique fourmillant de mouvement intérieur précis, propre aux éléments.

La mélodie soutenue et intemporelle dominant le premier mouvement permet de révéler un vaste paysage sonore. Ponctuant cette immensité, des sons ressemblant à des cloches au piano et des trilles aux bois mettent en lumière les menus détails des surfaces sur un tapis orchestral toujours plus chargé. Propulseur d’une intensité motrice, le deuxième mouvement déborde d’humour et d’énergie cinétique. Une palette complète de couleurs orchestrales et d’effets de percussion lui insuffle un côté frénétique. Buhr parle d’« idées qui vont et viennent, pour ne plus jamais réapparaitre – comme elles le font souvent dans nos esprits ». Le mouvement final, une « étude en tranquillité », retrouve l’émotion contemplative qui ouvrait le premier mouvement. Des sonorités rappelant le souffle du vent et des accords orchestraux statiques mènent à une longue mélodie en trois phrases distinctes. L’œuvre se termine sur le son d’un carillon éolien qui se perd dans le vent, transmis par le piano, les percussions et la harpe.
 

HECTOR BERLIOZ

Né à La Côte-Saint-André, Isère, le 11 décembre 1803
Mort à Paris le 8 mars 1869

LES NUITS D’ÉTÉ

Villanelle
Le Spectre de la rose
Sur Les Lagunes
Absence
Au Cimetière
L'Île inconnue

Quand Hector Berlioz a mis en musique six poèmes de Théophile Gautier en y intégrant un accompagnement pour piano en 1841, une impulsion fataliste l’a peut-être porté à unir la mélancolie d’un amour perdu que l’on peut percevoir en filigrane de la plupart des poèmes et une référence shakespearienne dans son titre. Sa légendaire idylle et son mariage de presque dix ans avec l’actrice irlandaise shakespearienne Harriet Smithson mouraient à petit feu et la scène musicale parisienne, qu’il considérait comme inconstante et ingrate, reconnaissait son travail de critique plutôt que de compositeur.

Berlioz a revisité Les Nuits d’été en 1856, complétant la version orchestrale généralement donnée aujourd’hui. Même si, à l’époque, il était reconnu internationalement comme chef d’orchestre et pour ses compositions orchestrales magistrales, Berlioz n’aura entendu que deux de ses mélodies des Nuits d’été en version orchestrale de son vivant : « Le spectre de la rose » et « Absence ». En fait, les six mélodies n’ont jamais été conçues pour être interprétées en tant que groupe et ne suivent donc pas un fil narratif continu.

Le cycle est encadré par deux mélodies des plus animées et optimistes, alors que les quatre centrales explorent la douleur de l’amour dont on se souvient et la tragédie de la mort. Dans « Villanelle », un battement orchestral léger accompagne le poème amoureux pastoral, le contrechant occasionnel montant de l’orchestre, en duo avec la chanteuse. « Le spectre de la rose » évoque les lentes pressions envoûtantes d’une danse au clair de lune et « Sur les lagunes » les douces ondulations de la mer la nuit. Dans « L’île inconnue », des cordes fébriles capturent l’élan euphorique de la voile qui bat au vent. Berlioz a choisi de mettre en relief l’ironie de la dernière strophe grâce à une orchestration aux bois distinctive.

Contrairement à plusieurs compositeurs du 19e siècle, Berlioz ne s’est jamais senti à l’aise au piano. Son moyen d’expression privilégié restait l’orchestre. Les possibilités expressives offertes par son utilisation novatrice des instruments et sa palette de timbres inspirée demeurent sa grande contribution. Même s’il était reconnu pour la grandiloquence et les excès de sa Symphonie fantastique (1830), Berlioz méprisait les orchestres inutilement lourds et était un ardent défenseur de la nécessité d’utiliser des forces orchestrales en accord avec le contexte et les ressources d’une interprétation en particulier. À travers l’orchestration richement colorée des Nuits d’été, on perçoit une légèreté et une transparence des sonorités omniprésente, qui permettent en tout temps à la voix de briller au travers. L’économie de moyens instrumentaux dans cette œuvre nous aide à diriger notre attention sur la poésie et l’expressivité de la voix humaine.
 

RALPH VAUGHAN WILLIAMS

Né à Down Ampney, Gloucestershire, le 12 octobre1872
Mort à Londres le 26 août 1958

Symphonie no 4 en fa mineur

Allegro
Andante moderato
Scherzo: Allegro molto
Finale con epilogo fugato : Allegro molto

Ralph Vaughan Williams est célèbre pour avoir redynamisé la tradition symphonique anglaise, dans un pays connu populairement connu au 19e siècle par les Européens du continent comme « le pays sans musique ». Même si cette caractérisation semble peut-être extrême, la pratique musicale locale dans l’Angleterre victorienne demeurait essentiellement participative; harmonies, chants pour chœur à voix multiples et hymnes patriotiques étaient plus prisés que la « musique savante » qui dominait en Europe centrale. La carrière de Vaughan Williams est souvent perçue comme un long combat pour réconcilier ce qu’il considérait le riche héritage musical des chants folkloriques (il en a collectionné et noté plus de 800) avec une musique sérieuse qui n’aurait rien à envier à celle des grands maîtres. Au final pourtant, c’est ce combat lui-même qui a fondamentalement mené à la création des œuvres les plus irrésistibles de ce compositeur anglais novateur unique.

Ne faisant plus cas des éléments folkloriques pastoraux de sa symphonie précédente, la Quatrième Symphonie de Vaughan Williams (écrite entre 1931 et 1934) transmet la tension dès le début. L’œuvre dans son entier est dominée par deux motifs musicaux distincts, l’un statique et moqueur, l’autre bondissant vers le haut par sauts. La juxtaposition et présentation discordante simultanée de ces motifs crée la tension dévastatrice qui est la marque de commerce de cette œuvre.

Plusieurs commentateurs contemporains ont été tentés d’associer l’angularité en apparence sans précédent et l’agitation de la Quatrième Symphonie à la montée du fascisme en Europe, même si Vaughan Williams a lui-même réfuté cette idée. En fait, l’élément infernal de la Symphonie no 4 remonte à la musique pour écrite par Vaughan Williams pour le ballet Job en 1927-1930.

Le premier mouvement commence par un emportement dissonant. Des mélodies angulaires jouées par de grands groupes d’instruments sur un fond d’accords palpitants se disputent la part du lion. Une montée soutenue vers l’apex conduit à un geste plus doux près de la fin, imprégné d’harmonies troublantes. L’Andante moderato prolonge ce sentiment à travers un contrepoint et des imitations qui dominent la texture. Le troisième mouvement présente les deux motifs centraux en opposition directe et mène vers le Finale sans pause. Une marche triomphante moqueuse est interrompue par des exclamations chaotiques et infernales provenant de tous les coins de l’orchestre. Un passage ressemblant à un hymne offre un répit partiel avant qu’une ébouriffante fugue mette une fin bouleversante à l’œuvre.

 

Marc Wieser

Traduction de Lucie Renaud

 

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