James Ehnes

Musique de chambre avec James Ehnes

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
41$*
* Les prix incluent les frais de service mais excluent les taxes.
Dates de ce concert
Vendredi 20 Septembre 2013 - 18h30 Terminé
Artistes
James Ehnes, violin - artist in residenceviolon - artiste en résidence
Andrew Wan, violinviolon
Neal Gripp, violaalto
Anna Burden, cellovioloncelle
Philip Chiu, pianopiano

Présentation du concert

CLARA SCHUMANN, Trio en sol mineur
BRAHMS, Quintette pour piano et cordes

 

L'artiste en résidence James Ehnes retrouve l'intimité de la formation de chambre, aux côtés des premières chaises de l'OSM, dans un programme qui illustre l'une des amitiés les plus mystérieuses du 19e siècle, celle unissant Johannes Brahms et Clara Schumann.  

Composé en 1846, le Trio en sol mineur révèle le talent de compositeur de la pianiste exceptionnelle que fut Clara Schumann, talent qui resta à l'ombre de son illustre mari Robert Schumann.  Probablement l'une des plus grandes œuvres composée pour cette formation de chambre, le Quintette pour piano et cordes de Brahms se révèle ici son pendant idéal.

Entrevue avec James Ehnes

Clara Schumann et Johannes Brahms étaient des âmes sœurs, pas seulement au niveau musical, mais dans nombre d’autres sphères de leurs vies. Il semble donc tout naturel que des pages de ces deux remarquables compositeurs soient juxtaposées aujourd’hui, toutes deux ayant été écrites au milieu du 19e siècle et des exemples probants de style romantique, tempéré toutefois par des principes formels hérités du classicisme.

Clara Schumann

Née à Leipzig le 13 septembre 1819
Morte à Frankfurt le 20 mai 1896

Trio avec piano en sol mineur, opus 17

Allegro moderato

Scherzo : Tempo di menuetto

Andante

Allegro

Peu importe les paramètres considérés, Clara Schumann reste l’une des plus remarquables femmes de l’histoire de la musique. À une époque et un lieu (milieu du 19e siècle en Allemagne) particulièrement rébarbatifs aux ambitions créatives féminines, elle a dû faire preuve de suffisamment de courage et de détermination pour devenir à la fois compositrice et virtuose menant une vie de tournée. Enfant  prodige, comme Mozart, Mendelssohn et une poignée d’autres, elle a joué en public pour la première fois à l’âge de neuf ans au Gewandhaus de Leipzig, offrant un récital complet aux mélomanes deux ans plus tard dans la même salle. (Des récitals entièrement donnés par un seul artiste étaient alors rares.) Adolescente, elle avait déjà commencé sa vie de concertiste, un peu partout en Europe. Parmi ses admirateurs, on compte Goethe, Mendelssohn, Chopin, Paganini et Berlioz. La technique de Clara Schumann se doublait d’une profondeur d’interprétation, d’une transmission poétique et d’un respect certain pour les directives du compositeur.

Sa carrière de pianiste n’était pourtant qu’une facette de la vie de Clara. Elle s’est également illustrée comme compositrice, ses premières œuvres ayant été écrites alors qu’elle avait onze ans. Autre preuve de sa précocité, elle avait complété un concerto pour piano à part entière à quinze ans. Son catalogue comprend 23 numéros d’opus et une douzaine de pièces non numérotées. Son Trio avec piano en sol mineur, opus 17, est souvent considéré son chef-d’œuvre. Elle l’a écrit en 1846 et la première a été donnée le 15 janvier 1847 à Vienne. On évoque souvent sa parenté stylistique avec les œuvres de Robert Schumann et Félix Mendelssohn.

Le premier mouvement est de forme sonate avec deux sujets contrastants bien définis : le premier, un thème fluide et lyrique d’abord présenté au violon dès les premières mesures, le second, un motif syncopé, mais plus dégagé, au piano. Le mouvement suivant est identifié « scherzo », mais rappelle plutôt le menuet (comme le confirme l’indication Tempo di menuetto). De bout en bout, on y retrouve les déplacements rythmiques si souvent associés à la musique de Robert Schumann. Dans les passages extérieurs, nous entendons de nombreux exemples de rythme lombard (une courte note accentuée sur le temps suivi d’une longue). Le Trio central propose de nouveau des interrelations rythmiques complexes entre les trois voix, même si le flux du doux menuet est maintenu. Le charmant Andante qui suit offre à chaque instrument l’occasion de chanter la langoureuse mélodie, aussi bien dans la première que la dernière section de ce mouvement de forme ternaire. L’épisode central, plus joyeux, se révèle un brin agité. L’Allegretto final déborde de l’urgence, de la puissance et de la densité de textures qui traversent les plus dynamiques compositions de Robert Schumann. La tonalité de sol mineur demeure jusqu’à la toute fin, avant que la tonalité ne change soudainement à sol majeur, pour une fin plus optimiste.
 

Johannes Brahms

Né à Hambourg le 7 mai 1833
Mort à Vienne le 3 avril 1897

Quintette avec piano en fa mineur, opus 34

Allegro non troppo

Andante, un poco adagio

Scherzo : Allegro

Finale : Poco sostenuto – Allegro non troppo

Avec son abondance mélodique, son énergie propulsive, ses fascinants déplacements rythmiques, sa puissance imaginative et ses dimensions épiques, peu d’œuvres de musique de chambre peuvent rivaliser avec le Quintette avec piano de Brahms.

Le Quintette a subi trois transformations avant d’atteindre la forme dans laquelle nous l’entendrons ce soir. Les premières esquissent remontent à 1862, alors que Brahms avait écrit un quintette pour cordes (avec deux violoncelles, comme le grand Quintette en do majeur de Schubert). Après complétion, il le transmit à Clara Schumann qui devait répondre de façon enthousiaste : « Quel univers de force dans le premier mouvement, et quel Adagio ! » Le violoniste Joseph Joachim avait quant à lui des réserves et après plusieurs lectures et un concert privé, Joachim a réussi à convaincre Brahms que la musique ne convenait pas aux cordes – le compositeur ayant trop exigé d’elles.

À ce moment, Brahms transcrivit son Quintette pour deux pianos et l’a joué avec Carl Tausig en avril 1864. Ce n’était pas encore tout à fait cela. Clara recommanda à Brahms de l’orchestrer, mais il devait éventuellement suivre les conseils d’Hermann Levi, maintenant la structure et produisant une œuvre qui comprendrait des éléments du quintette (les cordes) et de la sonate (le piano). Brahms décida donc de le publier sous les deux formes.

Le Quintette s’ouvre sur un thème sombre, large et fluide. Après une pause éloquente, le sujet est immédiatement développé, d’abord de façon beaucoup plus rapide dans le piano, puis majestueusement par l’ensemble dans sa version originale et en fragments combinés – tout cela en moins d’une minute !

Le deuxième mouvement offre une contrepartie directe aux conflits dramatiques et à la turbulence émotionnelle du premier. La musique déborde d’un charme schubertien décontracté et de douces inflexions. Le tout s’inscrit dans une forme ternaire simple (ABA) et l’instrumentation est chaleureuse et réconfortante. Après l’avoir entendu, Clara Schumann a écrit à Brahms : « Cela chante et résonne de façon si euphorique, du début à la fin ! Je le reprends encore et encore, souhaitant qu’il ne s’arrête jamais. » L’épisode central ramène les cordes à l’avant-scène, ainsi que l’importante utilisation de triolets, tant dans la mélodie que l’accompagnement.

Le biographe Malcolm MacDonald considère le troisième mouvement, « propulsé par une impulsion rythmique insatiable, comme peut-être le plus “démoniaque” des scherzos de Brahms ». Le musicologue Sir Donald Francis Tovey l’avait déjà quant à lui qualifié de « tonnant » et comparé au premier mouvement de la Cinquième Symphonie de Beethoven pour ses contrastes fréquents et subits entre textures pleines et clairsemées, ses oppositions de nuances et son oscillation entre tonalité majeures et mineures. Trois motifs, tous présentés de façon rapprochée dans les premières mesures, servent de matériau musical à Brahms qui les tisse solidement ensemble : une ligne ascendante fantomatique, syncopée, au violon et à l’alto en octaves contre les palpitations pizzicati du violoncelle, un motif staccato particulièrement rythmique, aussi pour violon et alto, joué doucement à l’octave et un thème puissant et propulseur pour le groupe entier, fortissimo. Le Trio central s’ouvre sur l’un des thèmes les plus chaleureux et séduisants de Brahms, se cambrant magnifiquement dans le registre le plus sonore du piano.

La grande forme du finale se rapproche de celle du dernier mouvement de la Première Symphonie de Brahms : une exposition et une réexposition sans développement formel, encadrées par une sombre introduction lente et une coda passionnée, jouée presto.

 

Robert Markow

Traduction de Lucie Renaud