Kent Nagano

OSM EXPRESS : Kent Nagano et Petrouchka de Stravinski

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
40$* à 81$*
* Les prix incluent les frais de service mais excluent les taxes.
Dates de ce concert
Jeudi 6 Mars 2014 - 19h00 Terminé
Artistes
Kent Nagano, conductorchef d'orchestre
Ekaterina Lekhina, sopranosoprano

Présentation du concert

Ravel, Ma mère l'Oye, Suite
Chin, snagS&Snarls 
Ravel, Daphnis et Chloé, Suite n° 1
Stravinski, Petrouchka (version 1947)

Accompagnée par l'OSM sous la direction de Kent Nagano, la soprano Ekaterina Lekhina interprète snagS&Snarls de la compositrice sud-coréenne Unsuk Chin, à laquelle l’OSM consacrait un album il y a quelques années. Inspirée d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll,  cette musique témoigne de l'imagination ensorceleuse de la compositrice. S’inscrivant parfaitement dans ce concert en hommage au monde des contes, le célèbre Petrouchka de Stravinski devient un écho à Ma mère l’oye de Ravel. 

Le concert de ce soir se veut un hommage au monde merveilleux des contes. Il met deux pages exquises de Ravel, Petrouchka de Stravinski et un cycle ayant servi de travail préparatoire à l’opéra Alice in Wonderland d’Unsuk Chin, compositrice coréenne à laquelle l’OSM consacrait un album il y a quelques années. 

Maurice Ravel

Né à Ciboure (Pyrénées-Atlantiques) le 7 mars 1875
Mort à Paris le 28 décembre 1937

Ma Mère l’Oye, Suite

Pavane de la belle au bois dormant
Petit Poucet
Laideronnette, impératrice des pagodes
Les entretiens de la Belle et de la Bête
Le jardin féerique

Inspirée des contes de Charles Perrault, de Marie-Catherine, comtesse d’Aulnoye et de Marie Leprince de Beaumont, cette œuvre voit d’abord le jour dans sa version pour piano quatre mains, le 20 avril 1910, salle Gaveau, à Paris. L’année suivante, il en tirera une suite pour orchestre, entendue ici. « Le dessein d'évoquer dans ces pièces la poésie de l'enfance m'a naturellement conduit à simplifier ma manière et à dépouiller mon écriture », explique-t-il dans son Esquisse autobiographique.

Dans « La Pavane de la Belle au bois dormant », la jeune princesse plonge dans le sommeil. « Petit Poucet » se perd ensuite dans la forêt, la flûte reprenant le cri du coucou. « Laideronnette, impératrice des pagodes » raconte l’histoire d’une princesse qui a perdu sa beauté par la faute de la méchante sorcière Magotine. Prise dans une violente tempête en mer, elle est sur le point de se noyer quand elle est sauvée par Serpentin Vert. Elle se retrouve aux pays des pagodes et pagodines et Ravel intègre tonalités orientales (particulièrement la mélodie jouée par le piccolo) et percussions exotiques à sa palette. « Les Entretiens de la Belle et de la Bête » est une page toute en subtilité dans laquelle la Belle, représentée par le chant de la clarinette, se laisse peu à peu convaincre par la beauté morale de la Bête, dépeinte par le contrebasson. « Le jardin féerique » clôt la suite. Le soleil se lève, les oiseaux font retentir leur chant. Le prince charmant entre dans le jardin, guidé par l’Amour, sur une valse lente. Il trouve la belle au bois dormant et la réveille d’un baiser au lever du jour.

Unsuk Chin

Née à Séoul, Corée du Sud, le 14 juillet 1961
Vit présentement à Berlin

snagS&Snarls 

Alice–Acrostic
Who in the World am I?
The Tale-Tail of the Mouse
Speak Roughly to Your Little Boy
Twinkle, Twinkle, Little Star

Disciple de György Ligeti, Unsuk Chin a retenu l’attention internationale au milieu des années 1990 avec son Acrostic-Wordplay pour soprano et ensemble. Ses autres œuvres importantes comprennent un Concerto pour piano (1997), un Concerto pour violon (2002, œuvre récipiendaire du prix Grawemeyer), un Double Concerto pour piano, percussion et ensemble (2003) et l’opéra Alice in Wonderland (Alice au pays des merveilles), créé en juin 2007 par l’Opéra d’état de Bavière sous la direction de Kent Nagano, l’une des créations récentes ayant connu le plus de succès.

Maestro Nagano était également au podium lors de la création en août 2004 par le Los Angeles Philharmonic Orchestra de snagS&Snarls, que la compositrice considère comme une étude préliminaire pour son opéra. Tous les chants – excepté le premier – ont d’ailleurs été intégrés à l’opéra, bien que sous une forme modifiée. Le titre, que l’on peut traduire par Hic et confusion (snarl peut aussi signifier des grognements d’animaux), fait référence au titre d’un chapitre de Metamagical Themas du spécialiste en sciences cognitives Douglas R. Horstadter, dans lequel il parle d’auto-référencement. (Chin avait d’ailleurs découvert les histoires d’Alice grâce à un autre livre d’Hofstadter, Gödel, Escher, Bach: An Eternal Golden Braid. A Metaphorical Fugue on Minds and Machines in the Spirit of Lewis Carroll.) Comme Lewis Carroll, Chin est fascinée par les jeux de mots et de nombres, qu’elle traduit notamment par des palindromes, des canons en crabe et des anagrammes. L’intertextualité de Carroll est représentée musicalement par de multiples parodies et allusions stylistiques.

La première mélodie est inspirée du poème « Alice-Acrostic » qui conclut le deuxième livre des aventures d’Alice. Dans « Who in the World am I? », Alice vient tout juste d’arriver au pays des merveilles, représenté musicalement par une complexité rythmique, des pauses qui servent de ponctuation et les entrées isolées des divers instruments. « The Tale-Tail of the Mouse » met en lumière un Sprechgesang presque expressionniste, soutenu par une instrumentation délicate (mandoline, harpe, clavecin et bois), trilles et passages rapides s’inscrivant en filigrane. « Speak Roughly to Your Little Boy » se veut une parodie d’une berceuse (le bébé se transformant en cochon à la fin). On y retrouve des glissandos à la voix et aux cuivres, des entrées comiquement insipides aux instruments graves et une prédominance des percussions, en grande partie constituées d’articles ménagers. Le cycle se conclut sur « Twinkle, Twinkle, Little Star », alors que les invités du thé chez le chapelier fou posent des devinettes absurdes, sans réponse.

Maurice Ravel

Daphnis et Chloé, Suite n° 1

Nocturne
Interlude
Danse guerrière

Commande de Serge Diaghilev pour les Ballets Russes, Daphnis et Chloé s’inspire d’un roman pastoral grec de Longus, mettant en lumière les amours contrariées puis assumées des deux protagonistes. Ravel, qui y consacrera trois ans de sa vie (de 1909 à 1912), souhaitait en faire « une vaste fresque musicale moins soucieuse d’archaïsme que de fidélité à la Grèce de mes rêves, laquelle s’apparente assez volontiers à celle qu’ont imaginée et dépeinte les artistes français du 18e siècle ». Ravel y adopte « un plan tonal très rigoureux, au moyen d’un petit nombre de motifs dont les développements assurent l’homogénéité symphonique de l’ouvrage », confie-t-il à Roland-Manuel dans Esquisse biographique.

Un an avant la première au Théâtre du Châtelet sous la direction de Pierre Monteux, quelques extraits de l’œuvre sont présentés au public. Louis Laloy l’évoque en ces termes dans la Grande Revue du 25 avril 1911 : « Explorateur du monde sonore, [Ravel] n’aime rien tant que d’en côtoyer les limites ; on le suit avec angoisse et ravissement à la fois, car on tremble à tout instant qu’il n’aille les franchir ; et il les franchit en effet, mais c’est pour annexer par-delà des régions interdites, et les gagner à l’harmonie; ces accords qui, par tout autre maniés, rudoieraient les oreilles, il sait, à la faveur d’une habilité qui tient du sortilège, les adoucir et pacifier jusqu’au plus étrange délice. » Stravinski considérait quant à lui l’œuvre comme « l’une des plus belles œuvres de la musique française ».

Igor Stravinski

Né à Oranienbaum (près de Saint-Pétersbourg), Russie, le 17 juin 1882
Mort à New York, le 6 avril 1971

Petrouchka (version de 1947 version)

La foire du Mardi gras
Chez Petrouchka
Chez le Maure
La foire du Mardi gras (la nuit)

Dans ses mémoires, Stravinski raconte comment, après le monde enivrant, coloré et fantastique de L’Oiseau de feu, il avait souhaité se « rafraichir » avec « une sorte de Konzerstück » pour piano et orchestre. Ne sachant d’abord trop comment appeler cette musique, Stravinski un jour « sauta de joie » quand il décida soudainement de l’appeler « Petrouchka – le héros immortel et malheureux de toutes les foires, peu importe dans quel pays ». L’imprésario Diaghilev a immédiatement perçu les possibilités chorégraphiques de la chose et persuadé Stravinski de modifier son optique de travail et de transformer le tout en ballet complet. Le résultat? Une partition de 35 minutes pour grand orchestre, donnée pour la première fois au Théâtre du Châtelet de Paris le 13 juin 1911.

Le scénario en quatre parties parfaitement symétrique campe les deux scènes externes dans le Square de l’amirauté de Saint-Pétersbourg, le jour du Mardi-gras, en 1830. Les deux scènes centrales se déroulent chacune dans une chambre privée différente.

Scène 1: La foire du Mardi gras. Nous sommes immédiatement plongés dans l’agitation d’une scène de carnaval, véritable déferlement de son et de couleur. Un magicien sort de derrière les rideaux d’un petit théâtre pour présenter ses trois poupées : Petrouchka, la ballerine et le Maure. Après avoir charmé le public en jouant de la flûte, il fait de la magie et insuffle la vie à ses trois marionnettes, qui exécutent la brillante « Danse russe ».

Scène 2 : Chez Petrouchka. Petrouchka essaie de convaincre la ballerine de céder à ses avances, mais sans succès. La musique suit le moindre changement d’humeur.

Scène 3 : Chez le Maure. La ballerine est attirée par le grossier, mais séduisant et évidemment prospère Maure. Elle tente de l’impressionner par une danse, qui offre au trompette solo de l’orchestre nombre d’occasions de faire lui aussi pirouettes et jetés. Elle danse ensuite une valse. Petrouchka rentre sans bruit, furieusement jaloux (fanfares douces de trompettes), espérant « sauver » la ballerine de l’emprise du Maure, mais il est congédié sans cérémonie.

Scène 4 : La foire du Mardi gras. Nous voici de retour au point de départ, au milieu de la foule bruyante et tourbillonnante du carnaval. Nous sommes maintenant le soir. Tous chantent, dansent, boivent et sont joyeux. Stravinski nous mène d’un groupe de fêtards et d’amuseurs à l’autre, presque tous dépeints à travers des danses et chants folkloriques russes. Petrouchka sort alors précipitamment du petit théâtre, poursuivi par le Maure qui, finalement, l’attrape et le détruit d’un coup de cimeterre. Le magicien démontre à la foule ahurie que tout cela n’est que paille et sciure, mais alors que le magicien commence à traîner sa poupée sans vie, il jette un regard au toit du théâtre et aperçoit l’esprit immortel de Petrouchka qui se moque de lui.

Lucie Renaud (Chin, Ravel)
Robert Markow (Stravinski).