WAR REQUIEM

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
42$* à 200$*
Dates de ce concert
Mercredi 25 Mai 2016 - 20h00 Terminé
Samedi 28 Mai 2016 - 20h00 Acheter
Dimanche 29 Mai 2016 - 14h30 Acheter
Artistes
Kent Nagano, conductorchef d’orchestre
Catherine Naglestad, sopranosoprano
Ian Bostridge, tenorténor
Russell Braun*, baritonebaryton
OSM chorusChœur de l’OSM
Princeton High School Women's ChoirPrinceton High School Women's Choir
Andrew Megill, OSM chorus masterchef de chœur de l'OSM

Présentation du concert

Britten, War Requiem

 

Les vers du poète Wilfred Owen, témoin et victime de la Première Guerre mondiale, ont inspiré à Britten un manifeste de résistance contre l’absurdité de la guerre, incontestable chef-d’œuvre du 20e siècle. Retrouvez Kent Nagano, trois grands solistes, l’Orchestre et le Chœur de l’OSM lors de cette éclatante clôture de saison !

*Thomas Hampson a dû annuler sa participation aux concerts pour des raisons de santé. Il sera remplacé par le baryton canadien Russell Braun.


Prestation Préconcert

Foyer Allegro de la Maison symphonique de Montréal
Princeton High School Women's Choir
Vincent Metallo, directeur
Sarah Pelletier, directrice associée

25 mai - 18 h 30
ET
29 mai - 13 h

Causerie préconcert

Animatrice : Katerine Verebely
Invité : Christophe Huss
Maison symphonique de Montréal

25 mai - 19 h
Les fromages d’ici, partenaires privilégiés des causeries et des préconcerts à l’orgue

28 mai - 19 h
Air Canada, partenaire privilégié des causeries des Grands samedis de l'OSM

29 mai - 13 h 30
Les fromages d’ici, partenaires privilégiés des causeries et des préconcerts à l’orgue

 

QUELQUES MOTS AU SUJET DE LA CRÉATION DU WAR REQUIEM

Dans la nuit du 14 au 15 novembre 1940, les Allemands bombardent la ville anglaise de Coventry pendant 11 heures, rasant son centre de même que la cathédrale Saint-Michel, érigée au 14e  siècle. En mai 1962, soit 22 ans plus tard, ont lieu les cérémonies de consécration de la cathédrale reconstruite. Une partie des solennités consiste à exécuter, le 30 mai, le War Requiem de Benjamin Britten qui avait été commandé pour l'occasion. Des ennuis de santé empêchent le compositeur de prendre la tête du grand ensemble chœur et orchestre, mais il dirige l'orchestre de chambre de 11 musiciens, lequel représente une partie des énormes effectifs requis. Meredith Davies dirige l'orchestre et le chœur principal. Le choix des trois solistes vise à symboliser l'unité entre les trois nations qui avaient été de féroces ennemis dans la Seconde Guerre mondiale : le ténor Peter Pears (Angleterre), le baryton Dietrich Fischer-Dieskau (Allemagne) et la soprano Galina Vichnevskaïa (Russie). Toutefois, cette dernière n'est pas autorisée à voyager et c'est la soprano anglaise Heather Harper qui la remplace. (Par ailleurs, Britten dirigera le premier enregistrement, auquel participera Vichnevskaïa; donnée stupéfiante, 200 000 exemplaires du disque seront vendus en moins d'un an.)

Le titre, War Requiem, est d'une grande pertinence. Britten ne se limite pas à mettre en musique l'habituel texte liturgique latin; il y introduit des poèmes écrits dans les tranchées par le jeune soldat anglais Wilfred Owen durant la Grande Guerre (Première Guerre mondiale) où il a péri. Dans cette oeuvre, des souvenirs de la Seconde Guerre et l'imminence de la guerre froide ont nourri les visées pacifistes du compositeur.

© Robert Markow
Traduction : © Hélène Panneton pour Le Trait juste

 

BENJAMIN BRITTEN
Né à Lowestoft, Royaume-Uni, le 22 novembre 1913 – Mort à Aldeburgh, le 4 décembre 1976
War Requiem, op. 66

Dans les 15 années précédant la composition de son War Requiem (requiem de guerre), Benjamin Britten s’était imposé sur la scène mondiale comme le compositeur d’opéras britannique, en écrivant des chefs-d’œuvre populaires et incontournables – de Peter Grimes (1945) à Billy Budd (1951), de The Turn of the Screw (1954) à A Midsummer Night’s Dream (1960). Étonnement, un de ses premiers contacts avec la musique sacrée fut tout sauf théâtral : la Sinfonia da Requiem, qu’il composa en 1940, en pleine guerre mondiale, est une symphonie instrumentale dont les mouvements s’intitulent « Lacrimosa », « Dies irae » et « Requiem aeternam » – expressions issues du texte latin de la messe pour les défunts. Lorsqu’il s’apprêta, 20 ans plus tard et en pleine guerre froide, à composer une véritable messe funèbre, Britten ne se limita pas à mettre en musique le texte liturgique, comme il est tradition, mais le dramatisa en le mettant en dialogue avec des poèmes de guerre écrits par Wilfred Owen dans les tranchées de la Grande Guerre où il a trouvé la mort.

Le War Requiem intègre ainsi le moderne à l’ancien, l’histoire récente à l’atemporel. Dès le début de l’œuvre, les « ils » anonymes du texte latin (« Requiem aeternam dona eis Domine » [Donne-leur, Seigneur, le repos éternel]) sont bientôt identifiés aux jeunes soldats tués comme du bétail (« these who die as cattle ») par la « monstrueuse rage des armes ». En plus d’être textuels, les liens entre texte liturgique et poétique sont sonores. Dans la première section, Requiem aeternam, d’inquiétants glas en triton relient le chœur (en latin) et le début du premier poème chanté par le ténor (en anglais), qui se demande effectivement la raison de ces cloches funèbres. Dans la section suivante, Dies irae, les trompettes de l’apocalypse du texte latin sont bientôt identifiées aux très concrètes trompettes militaires (bugles) qui se font écho dans la nuit.

Les plans de la prière et de la poésie ont par ailleurs des voix distinctes : d’un côté, le texte liturgique est chanté par une soprano et un chœur (en plus d’un chœur d’enfants lointain) accompagnés par un énorme orchestre; de l’autre côté, les poèmes sont confiés à un ténor et un baryton soutenus par un orchestre de chambre. Les relations entre ces deux univers sonores se prêtent à des dynamiques variées. La longue section du Dies irae offre un cas exemplaire à ce propos. Aux premiers vers en latin (« Dies irae, dies illa »), chantés par un chœur outre-tombal introduit par de sombres fanfares, le baryton répond en allégeant la tension par un épisode tranquille (« Bugles sang ») où les fanfares des cuivres deviennent des vocalises innocentes des bois. La même fonction de détente se répète dans la séquence suivante (« Liber scriptus » / « Out there ») : la soprano évoque dramatiquement le « Roi dont la majesté est redoutable » (« Rex tremendae majestatis »), tandis que ténor et baryton chantent une petite marche où la mort est un vieux compagnon (« old chum ») duquel et avec lequel il faut rire.

En conclusion de la section du Dies irae, la rencontre entre les univers sonores de la messe et de la tranchée devient une véritable fusion : le « Lacrimosa » au soprano et au chœur et le « Move him into the sun » au ténor s’entrelacent. Ce dernier chante l’illusion de pouvoir faire revivre un cadavre en le déplaçant au soleil (de la même façon que le soleil peut ranimer la semence), et la prière donne une réponse indirecte à cette question tourmentée (« Ô jour plein de larmes où, de la poussière, ressuscitera le pécheur »). L’interaction est musicale davantage que textuelle. Le ténor imite le ton lyrique de la lamentation du soprano, mais il s’en éloigne petit à petit : il nie le chant, et conclut avec l’intervalle le plus dur à exécuter, le triton, intervalle qui résonne tout de suite après aux cloches. Tel qu’il l’avait fait dans le Requiem aeternam, le chœur a cappella clôt la section du Dies irae en résolvant ce triton sur un accord consonant qui semble émerger de très loin. Ce sera d’ailleurs la manière dont le War Requiem se terminera.

Le titre War Requiem se justifie amplement par le choix de Britten d’intégrer les poèmes d’Owen. En plus de la Première Guerre mondiale, le compositeur avait en tête au moins deux autres conflits : la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle la cathédrale de Coventry a été bombardée et détruite (c’est à l’occasion de la consécration de cette église d’Angleterre, après sa reconstruction, que le War Requiem a été créé, le 30 mai 1962), et la guerre froide, contre laquelle cette œuvre exprime un hymne au pacifisme. Une accusation directe contre les puissants de la Terre et leurs guerres constitue le message central de la troisième partie, Offertorium. Britten profite de la référence à Abraham contenue dans le texte liturgique pour intégrer un de plus célèbres poèmes d’Owen, The Parable of the old man and the young (La parabole du vieillard et du jeune homme). Il s’agit d’une relecture de l’épisode biblique où Abraham est prêt à sacrifier son fils Isaac pour Dieu qui l’arrête, car il voulait simplement tester sa dévotion. Par contre, à la fin du poème (que Britten rend extrêmement théâtral par le dialogue entre les solistes), le vieil homme finit par tuer son fils ainsi que la moitié des fils d’Europe, un par un. Sur la répétition obsessive de cette phrase, Britten superpose le chant d’offrande sacrificielle du chœur d’enfants : « Nous t’offrons, Seigneur, le sacrifice et les prières de notre louange » (Hostias et preces tibi Domine laudis offerimus).

La section suivante, Sanctus, est traditionnellement plus légère. Les cloches festives cherchent à supplanter le glas, et les membres du chœur, afin de rendre l’image d’univers resplendissant de chants glorieux, répètent librement le plus rapidement possible en crescendo les mots « Pleni sunt coeli et terra gloria tua » (Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire), jusqu’à exploser dans l’« Hosanna ». Le contraste avec la désolation du poème qui suit, The End, est impitoyable.

Pour la première fois depuis le début du War Requiem, une section (Agnus Dei) s’ouvre par le poème en anglais. Ce n’est pas un hasard, puisqu’il s’agit d’un texte parabiblique sur la Passion du Christ, dans lequel les vers latins s’insèrent en morne refrain.

Dans la dernière section, Libera me, les tranchées d’Owen s’imposent définitivement sur le texte latin. On est passé du « ils » du début au « je », de l’invocation générale pour le salut des défunts à la vibrante prière pour soi-même. Le poème met en scène deux « je » concrets, deux soldats morts qui dialoguent dans un monde de ténèbres. Finalement, l’un des deux se présente : « Je suis l’ennemi que tu as tué, mon ami ». Dans la berceuse que les deux soldats chantent pour se réconforter dans leur sommeil éternel (« Et maintenant, dormons »), toute dureté musicale est délaissée en faveur d’un doux et simple pentatonisme, le langage des mélodies populaires, l’échelle sans dissonances sur laquelle tout le monde peut improviser en tapant sur les touches noires du piano. C’est sur cette musique « universelle » que Britten insère la prière en latin. Puis, nous l’avons déjà dit, il y a une dernière tentative des cloches de ce monde à déranger la paix céleste avec leur triton. Mais un « Amen » serein et lointain, chuchoté par le chœur, les fait taire pour toujours.

© Federico Lazzaro
 

 

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