ANDRÁS SCHIFF & SCHUBERT

ANDRÁS SCHIFF RENCONTRE SCHUBERT

PARTENAIRE DE SAISON

Maison symphonique de Montréal

Maître incontesté de l’interprétation des œuvres des grands compositeurs viennois, le pianiste hongrois András Schiff a une discographie impressionnante qui comprend notamment l’intégrale des sonates et des impromptus de Schubert. Ne ratez donc pas la chance d’entendre cette légende du piano dans son répertoire de prédilection!

 

Présenté en collaboration avec image001

PRIX DES BILLETS

À partir de 43$*

VENDREDI 3 MARS 2017

20h00

COMPLET

András Schiff, piano

PROGRAMME :

Schubert, Sonate pour piano no 16 en la mineur, D. 845

Schubert, Quatre impromptus, D. 935 (op. posth.)

Schubert, Trois pièces pour piano, D. 946 (op. posth.)

Schubert, Sonate pour piano no 18 en sol majeur, D. 894 (40 min.)

NOTES DE PROGRAMME

« Plusieurs personnes m’ont assuré que sous mes mains, les notes semblaient chanter telles des voix, ce qui – si c’est bien vrai – me réjouit tout particulièrement, car je ne peux souffrir cet infernal martelage, aussi odieux à l’oreille qu’à l’âme, qui caractérise même les meilleurs pianistes. » Lettre de Franz Schubert à ses parents, le 25 juillet 1825.

 

 

FRANZ SCHUBERT

Né à Vienne, le 31 janvier 1797 – Mort à Vienne, le 19 novembre 1828

 

Sonate no 16 en la mineur 

 

Composée au printemps 1825, la Sonate en la mineur, D. 845, fut publiée au début de l’année suivante sous le titre Première grande sonate. Elle était loin d’être la première de Schubert, mais la première qu’il eut le loisir de voir éditer. Le qualificatif de « grande » avait sans doute pour but de souligner son plan en quatre mouvements emprunté à la symphonie, plutôt que celui en trois plus courant dans le genre sonate.

 

Le premier mouvement est un Moderato sombre et méditatif d’où émergent cependant quelques moments plus lumineux. Le motif ornementé qui lance le premier thème y revient constamment en une émouvante variété d’éthos : tantôt martelé dans le grave comme une marche funèbre, tantôt murmuré cantabile dans l’aigu, pp et ppp, comme si, à travers le deuil, les souvenirs de jours heureux revenaient à l’esprit. Dans la coda finale, la plupart des commentateurs s’entendent pour dire que le retour en boucle de ce motif ornementé rappelle l’accompagnement du saisissant récitatif qui surgit au centre d’un lied composé quelques jours plus tôt. Dans Totengräbers Heimweh [La nostalgie du fossoyeur, D. 842], un homme médite sur la mort en creusant une fosse et, lorsqu’il finit, il se penche au-dessus et laisse tomber dans ce style plus parlé : « Abandonné de tous, avec la mort comme seule famille, je reste au bord, la croix à la main, et je fixe avec un regard impatient, le fond, le fond de la tombe… » Suit un long et lourd silence, puis de la dernière strophe plus chantée, « Ô terre de paix, ô terre bénie », émane une aspiration à la sérénité tout aussi inattendue que transcendante. Le premier mouvement de cette sonate est de la même étoffe et il n’est peut-être pas abusif d’y voir une méditation sur son propre tragique destin que Schubert aura ainsi exprimé en musique pure, lui qui se savait condamné à plus ou moins brève échéance par la maladie. Toutefois, comme si Schubert s’était par la suite ressaisi, le reste de la sonate est plus serein et parfois franchement enjoué.

 

 

Quatre impromptus / Four Impromptus, D. 935, op. 142

 

En 1822, un pianiste polonais publia un recueil de brèves pièces intitulées « impromptus ». Leur caractère d’impressions fugitives librement captées sur le vif frappa l’imagination de la génération romantique. Schubert fut l’un des premiers à le suivre et à donner à ce nouveau genre ses premières lettres de noblesse. En 1827, il en composa deux séries de quatre, dont la seconde, au programme ce soir, ne parut qu’une décennie après sa mort, en 1839. Schubert semble avoir été séduit par les libertés qu’invitait à prendre ce nouveau genre et il en profita pour explorer de nouvelles avenues en jouant avec les conventions formelles et les expectatives de l’auditeur.

 

Deux exemples. Dans le premier impromptu, Allegro moderato en fa mineur, qui est de forme ABA’B’A’’, la première partie (A) présente deux thèmes complémentaires et donne toutes les apparences d’une exposition de forme sonate. Mais là où l’on s’attend à un développement, Schubert enchaîne avec une nouvelle section contrastante (B) dans laquelle, au-dessus de la main droite roucoulant des arpèges au centre du clavier, la gauche va et vient entre l’aigu et le grave, comme les murmures d’un tendre tête-à-tête amoureux.

 

Dans le quatrième impromptu, Allegro scherzando en fa mineur, de forme ABA’, Schubert s’en donne vraiment à cœur joie. La première partie (A) a toutes les caractéristiques échevelées d’une danse hongroise alla Zingarese, aboutissant à de fulgurants trilles et traits rhapsodiques rappelant le cymbalum. Mais dans la section centrale (B), ces traits se métamorphosent en une douce brise de gammes ondulantes à la main droite frôlant les accords interrogatifs de la main gauche. Ces gammes s’emportent cependant à leur tour quand les deux mains s’en emparent pour les transformer en ironiques et tonitruants exercices de conservatoire. Enfin, avant la reprise de la première partie (A’), une ample transition la retarde à souhait, s’interrompant plusieurs fois de manière inopinée, silences où l’on ne peut résister à la pensée que Schubert devait sans doute  chaque fois se tourner vers ses amis avec un taquin sourire avant de poursuivre.

 

 

Drei Klavierstücke [Trois pièces pour piano / Three Piano Pieces], D. 946

 

Ce n’est qu’en 1868, quarante ans après leur composition au printemps 1828, que ce triptyque fut édité sous la supervision de Brahms. Il leur donna le titre de Drei Klavierstücke, mais plus d’un exégète y voit un nouveau cycle d’impromptus que Schubert aurait laissé en plan pour se consacrer à ses dernières sonates. Ces pièces sont parmi les plus connues de Schubert, mais aussi, par certains aspects, ses plus innovatrices.

 

En exemple, la première pièce, de forme ABA, commence par un Allegro assai en un mi bémol oscillant entre les modes mineur et majeur, fougueuse cavalcade qui nous entraîne, comme par une nuit étoilée, à travers champs et forêts jusqu’au bord d’un paisible étang où, comme par magie, Schubert module dans la tonalité éloignée de si majeur et nous plonge dans un féérique Andante laissant présager le fameux Claire de lune de Debussy. Après ce moment de méditation nostalgique, le cavalier remonte sur son destrier et reprend, tout aussi fougueusement qu’à l’allée, le chemin par lequel il était venu là se recueillir.

 

 

Sonate no 18 en sol majeur, D. 894, op. 78, « Fantaisie » / Sonata no. 18 in G major, D. 894, op. 78, « Fantasie »

 

Composée en octobre 1826, la Sonate en sol majeur, D. 894, fut éditée dès l’année suivante, mais comme un recueil de quatre pièces individuelles intitulées Fantaisie, Andante, Menuetto und Allegretto. Ce n’est qu’en petites lettres au-dessus de la première portée qu’on pouvait lire : Fantaisie oder : Sonate. D’où le surnom qui lui est resté accolé. Il s’agit là d’une astuce d’éditeur sachant que les pièces brèves trouvaient plus d’acheteurs qu’une grande sonate; astuce à laquelle on ne sait si Schubert donna son accord.

 

Comme le rappelait sir András Schiff : « Schubert est l’un des grands compositeurs de musique de danse. Il était un danseur misérable, mais il aimait jouer aux bals ou lors des festivités de son cercle d’amis. Les danses populaires – polka, écossaise, galop, valse, ländleront trouvé leur chemin jusque dans ses œuvres les plus profondes comme ses dernières sonates pour piano. Celle en sol majeur, D. 894, est imprégnée de danses du début à la fin. On pourrait la surnommer ‘sonate de danses’ plutôt que ‘sonate-fantaisie’ comme on le fait depuis la première édition. Dans le premier mouvement (Molto moderato e cantabile), le calme intemporel gagne graduellement en impulsions et la musique se métamorphose en une lumineuse valse même si la métrique est en 12/8. Le troisième mouvement est plutôt sinistre – un Menuet souriant de manière ironique encadre un Trio qui nous fait croire au paradis où les anges danseraient entre eux. Et le Finale est une vaste séquence de polkas ou d’écossaises – une scène de danse absolument irrésistible. » (Sir András Schiff, « Schubert’s piano sonatas », in Schubert Studies, 1998.)

 

Cela dit, c’est dans les pages où la danse cède le pas aux chants de douleur et aux cris du cœur, comme dans le vaste développement au centre du premier mouvement ponctué de triples forte (fff, du jamais vu auparavant), ou encore dans les violents contrastes entre les thèmes des doubles variations du deuxième mouvement, Andante, que cette sonate se révèle l’une des plus tragiques qu’ait conçues Schubert.

BIO

SIR ANDRÁS SCHIFF

PIANO

 

Né à Budapest en 1953, sir András Schiff est mondialement réputé et acclamé par la critique comme pianiste, chef d’orchestre, pédagogue et conférencier. Il a commencé à étudier le piano à l’âge de cinq ans avec Elisabeth Vadász et a poursuivi sa formation à l’Académie Ferenc-Liszt avec Pál Kadosa, György Kurtág et Ferenc Rados, puis à Londres auprès de George Malcolm.

 

Ces dernières années, il a présenté le Bach Project (saisons 2012-2013 et 2013-2014) et The Last Sonatas, série de trois récitals constitués des trois dernières sonates de Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert (saisons 2014-2015 et 2015-2016). Il a donné la série complète au Carnegie Hall de New York, au Davies Symphony Hall de San Francisco, au Disney Hall de Los Angeles, au Symphony Hall de Chicago, au Performing Arts Strathmore Hall de Washington, à la Vancouver Recital Society et à la University Musical Society du Michigan. Ses récitals l’ont aussi amené à Seattle, Santa Barbara, Kansas City, Oberlin, Rochester, Boston, Montréal et Toronto. En octobre 2015, le San Francisco Symphony et le Los Angeles Philharmonic l’ont accueilli pour des concerts avec chœur, solistes et orchestre, qui ont constitué ses débuts nord-américains à la fois au pupitre et au piano.

 

Comme conférencier, sir András Schiff a organisé, au 92nd Street Y (New York), une table ronde portant sur sa conviction que tout artiste conscient d’enjeux politiques se doit de parler haut et fort contre le racisme et la persécution. Comme pédagogue, il est associé au 92Y pour présenter « Sir András Schiff Selects : Young Pianists », une série de récitals qu’il a mise sur pied pour faire connaître de jeunes pianistes de la relève, tels que Schaghajegh Nosrati, Julian Clef et Jean-Sélim Abdelmoula.

 

La discographie de sir András Schiff est abondante et, depuis 1997, exclusivement enregistrée pour ECM New Series et son producteur Manfred Eicher. Ces enregistrements comprennent l’intégrale des œuvres avec piano de Beethoven et Janáček, deux albums d’œuvres pour piano seul de Schumann, ses deuxièmes enregistrements des Partitas, des Variations Goldberg et des Livres I et II du Clavier bien tempéré de Bach, de même que les Variations Diabelli de Beethoven interprétées sur deux instruments, un Bechstein de 1921 et un pianoforte fabriqué à Vienne en 1820 –  lieu et année mêmes de la composition. Son plus récent album, exclusivement consacré à Schubert et désigné « Enregistrement du mois » par les magazines Gramophone et BBC Music, comprend la Sonate en si bémol majeur (D. 960), la Sonate en sol majeur (D. 894), Moments musicaux (D. 780) et les Impromptus. Lancé en juillet 2015, cet album a été enregistré à la Beethoven-Haus, à Bonn, sur un pianoforte Franz Brodmann de 1820 minutieusement restauré.

 

À l’orchestre, sir András Schiff se produit surtout comme chef et soliste à la fois. En 1999, il a fondé son propre ensemble de chambre, la Cappella Andrea Barca, regroupement de solistes de calibre international, de chambristes et d’amis. Il travaille aussi chaque année avec l’Orchestre de chambre d’Europe.

 

Depuis toujours attiré par la musique de chambre, sir András Schiff a été, de 1989 à 1998, directeur artistique de Musiktage Mondsee, important festival de musique de chambre de la région de Salzbourg. En 1995, il a fondé, avec Heinz Holliger, le festival Ittinger Pfingstkonzerte dans la Kartause (Chartreuse) d’Ittingen, en Suisse. En 1998, il a mis sur pied un événement semblable, « Omaggio a Palladio » au Teatro Olimpico de Vicenza (Allemagne). De 2004 à 2007, il a été artiste en résidence au Kuntsdfest Weimar (Festival des arts de Weimar), puis pianiste en résidence au Philharmonique de Berlin au cours de la saison 2007-2008.

 

La carrière de sir András Schiff est jalonnée de nombreux prix internationaux. Il a notamment reçu le titre de membre honoraire de la Beethoven-Haus de Bonn pour ses interprétations des œuvres de Beethoven, la Médaille du Wigmore Hall pour ses trente années de prestations données dans cette illustre salle londonienne, le Prix Schumann de la ville de Zwickau, la Médaille d’or Mozart de l’association autrichienne « Internationale Stiftung Mozarteum », la médaille de l’ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne, catégorie Sciences et Beaux-arts, le titre de membre d’honneur de la Vienna Konzerthaus, la Médaille d’or de la Royal Philharmonic Society, le titre de « Special Supernumerary Fellow » du Balliol College (Oxford, Angleterre), ainsi que des diplômes honorifiques de la Leeds University et d’écoles de musique de Budapest, Detmold et Munich.

 

Au printemps 2011, son opposition ouverte à la situation politique en Hongrie lui a valu des attaques de la part de certains nationalistes hongrois, ce qui l’a amené à décider ne plus jamais jouer dans son pays natal.

 

En juin 2014, il a été anobli par la reine Élizabeth II à l’occasion des célébrations entourant le 90e anniversaire de naissance de la souveraine.

 

Les disques enregistrés par sir András Schiff sont disponibles sous étiquettes  Decca/London, Teldec/Warner et ECM. Agent exclusif : Kirshbaum Associates Inc., New York.

 

VOUS AIMEREZ AUSSI