Ludwig van Beethoven Né à Bonn le 16 décembre 1770 Mort à Vienne le 26 mars 1827
Concerto no 5 en mi bémol majeur, opus 73, « Empereur »
Dans la première décennie du XIXe siècle, Beethoven devait produire une série de chef-d’œuvres qui demeurent, aujourd’hui encore, au cœur même du répertoire de concert, dont cinq de ses symphonies (de la Deuxième à la Sixième), ses Troisième, Quatrième et Cinquième Concertos pour piano, les trois quatuors « Razoumovski », son Concerto pour violon, ses sonates « Waldstein » et « Appassionata » et Fidelio.
Composé pendant les bombardements de Vienne par les troupes de Napoléon qui finiront par triompher des Viennois en 1809, le Cinquième Concerto de Beethoven ne se veut certes pas une ode à l’empereur français. Même si la partition comporte des indications guerrières telles que « Angriff ! » (À l'assaut !) ou « Sieg ! » (Victoire !), tenter de résumer l’œuvre à un tel propos serait déplacé et sans doute bien éloigné de l’esprit que Beethoven avait souhaité y instiller. Le surnom n’a d’ailleurs pas été apposé par Beethoven lui-même qui insistait pour qu’on nommât l’œuvre « Grand Concerto » mais vraisemblablement par Johann Baptist Cramer, pianiste et éditeur londonien, considéré par Beethoven comme le pianiste le plus accompli de son époque.
Dédié à l’archiduc Rodolphe d’Autriche, élève, mécène et ami, (tout comme le Quatrième Concerto, deux sonates pour piano, le Triple Concerto et le Trio « Archiduc »), le Cinquième Concerto a été créé par l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig le 28 novembre 1811 et le pianiste Friedrich Schneider, la surdité de Beethoven étant alors trop avancée pour qu’il puisse assumer la partie soliste en concert. La première viennoise sera donnée en février 1812 par un autre des élèves du compositeur, Carl Czerny. L’esprit héroïque et les mélodies attrayantes qui le composent ont permis au concerto de se hisser rapidement au palmarès du répertoire concertant pianistique. L’œuvre devait même devenir l’une des préférées de Franz Liszt (un élève de Czerny) qui défendit l’œuvre à de nombreuses reprises, notamment sous la direction de Berlioz.
« Le mot concerto retrouve ici son sens originel de tournoi musical, porté au paroxysme », résume admirablement Harry Halbreich. Dès le premier mouvement, l’auditeur bascule dans un univers où le style est éclatant, percutant. Après les accords puissants de l’orchestre et trois cadences qui semble improvisées au piano, l’orchestre puis le soliste présentent un premier thème conquérant, bouillonnant d’énergie, auquel un deuxième thème plus lyrique répond admirablement.
Lumineux, le deuxième mouvement se veut avant tout chant, d’abord soutenu tendrement par les cordes avant que Beethoven ne le propulse vers ses sommets de sérénité quasi majestueuse. À la toute fin du mouvement, un accord doucement arpégé au piano devient pont vers le rondo final, éblouissant, irrésistible, jubilatoire.
Dmitri Chostakovitch Né à Saint-Pétersbourg le 25 septembre 1906 Mort à Moscou le 9 août 1975
Symphonie no 7 en do majeur, opus 60, « Leningrad »
Le 22 juin 1941, l’armée d’Hitler franchissait la frontière russe et se dirigeait vers Leningrad, déterminée à s’approprier la ville. Des plans d’évacuation massive furent ébauchés, les citoyens restants travaillant avec acharnement pour fortifier la ville. Dmitri Chostakovitch, alors âgé de 34 ans, déjà l’un des compositeurs russes les plus célèbres de son époque, fut l’un de ceux qui avaient choisi de rester. Ses demandes d’être envoyé au front et de travailler pour la garde civile ayant été rejetées, il finit par obtenir un poste dans le régiment de pompiers. Les Allemands atteignirent Leningrad le 29 août. Des bombes et des obus fauchaient militaires et civils sans discrimination et la ville devait subir un siège de 900 jours. En septembre, alors qu’il occupait ses journées à éteindre des feux et à éviter des bombes, Chostakovitch a écrit les trois premiers mouvements de sa Septième Symphonie. En octobre, les conditions étaient si mauvaises qu’il n’eut d’autre choix que de quitter la ville. Il se réfugia à Kuybyshev (aujourd’hui Samara, une grande ville manufacturière à près de 1000 km au sud-est de Moscou) et y compléta la symphonie.
Écrite en marge d’événements aussi dramatiques et traumatisants, la musique de Chostakovitch ne pouvait qu’y être intimement liée. Il dédia la symphonie à sa ville natale mais la musique rejoignit tous les Russes, tous les Alliés même, dans leur combat contre l’attaque allemande. « Chaque note, tout ce que j’ai pu y mettre, est lié à ma ville natale et à ces jours historiques de sa défense contre les barbares fascistes », écrivit Chostakovitch. Le compositeur aurait souhaité que la création fusse assumée par le Philharmonique de Leningrad mais la guerre en a empêché la réalisation de façon non équivoque. La première de l’œuvre fut plutôt donnée par l’Orchestre du Théâtre Bolchoï de Moscou (aussi installé à Kuybyshev à l’époque) le 5 mars 1942. La symphonie fut reprise à Moscou plus tard dans le mois.
Rarement dans toute l’histoire de la musique a-t-on autant pu autant utiliser une composition musicale, surtout une symphonie à grand déploiement, comme instrument de propagande que ne l’a été la Septième Symphonie de Chostakovitch. Avec ses émotions à fleur de peau, la symphonie est devenue un symbole instantané de courage, de défi, d’héroïsme et de victoire projetée. Le peuple s’est rallié à la symphonie de la même manière qu’il l’aurait fait autour d’un drapeau. Lors de la première interprétation à Moscou, le public ignora même la sirène d’avertissement d’un raid aérien alors qu’ils encensaient la musique pendant une ovation d’une vingtaine de minutes.
Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après sa création, la symphonie a perdu une grande partie de son pouvoir de propagande, particulièrement son pouvoir de remuer les esprits d’hommes en guerre. Mais, à un plus haut niveau, Chostakovitch souhaitait exprimer des valeurs et sentiments humanitaires qui transcendaient le combat en temps de guerre. « Je n’ai pas eu l’intention de décrire la guerre de façon naturaliste, expliqua-t-il. J’ai essayé de présenter l’esprit et l’essence de ces moments rudes. […] J’ai été guidé par un grand amour pour l’homme de la rue… l’amour d’un peuple devenu le sabord de la culture, de la civilisation et de la vie. J’ai écrit ma symphonie à leur sujet et pour tous ceux qui leur ressemblent, parce que je les aime du fond du cœur. »
Lucie Renaud (Beethoven) et Robert Markow (Chostakovitch) Traduction de Lucie Renaud (Chostakovitch)
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