Kent Nagano, chef d'orchestre
Kent Nagano jouit d’une solide réputation d’interprète des répertoires symphoniques et opératiques. La saison 2008-2009 est la troisième qu’il signe à titre de directeur musical de l’OSM. En septembre 2006, M. Nagano est devenu officiellement le huitième directeur musical de l’OSM en plus de remplacer Zubin Mehta à titre de directeur musical général de l’Opéra d’État bavarois de Munich. En mars 2008, il dirigeait l’OSM lors d’un concert remarqué à Carnegie Hall, avant d’entreprendre une première tournée internationale avec les musiciens au Japon et en Corée du Sud en avril de la même année. Parmi les faits saillants de la saison 2008-2009 de l’Orchestre symphonique de Montréal, notons la présentation en version concert de l’opéra Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen en première canadienne dans le cadre des célébrations mondiales entourant le centenaire du compositeur en 2008.
Né en Californie, il garde un contact rapproché avec son pays natal. Sa carrière a débuté à Boston : il a travaillé à l’Opéra et fut l’assistant du chef d’orchestre Seiji Ozawa au Boston Symphony Orchestra. À la demande du compositeur, il a joué un rôle clé lors de la première mondiale de l’opéra Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen. Ses succès en Amérique ont eu de nombreux retentissements en Europe. Ainsi, il est devenu directeur musical de l’Opéra National de Lyon de 1988 à 1998, directeur musical du Hallé Orchestra de 1991 à 2000 et premier chef invité associé du London Symphony Orchestra. Il a alors dirigé les premières mondiales de l’opéra A White House Cantata de Bernstein et des opéras de Peter Eötvös (Three Sisters), John Adams (The Death of Klinghoffer et El Niño) et Saariaho (L’Amour de loin), au Festival de Salzbourg. La nomination de Kent Nagano en tant que directeur artistique et premier chef du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, en 2000, fut une étape importante de sa carrière. Il a dirigé cet orchestre dans Moses und Aron de Schoenberg (en collaboration avec le Los Angeles Opera), et il a accompagné cet orchestre au Festival de Salzbourg pour l’interprétation de Der König Kandaules de Zemlinsky et Die Gezeichneten de Schreker, une prestation qui a été enregistrée sur DVD. Ses plus récents enregistrements sous étiquette Harmonia Mundi comptent des œuvres aussi diversifiées que la Messe de Bernstein, les Symphonies n° 3 et n° 6 de Bruckner, Christus am Ölberge de Beethoven, Mörike-Lieder de Wolf, la Symphonie n° 8 de Mahler et Die Jakobsleiter de Schoenberg.
En 2003, Kent Nagano est devenu le premier directeur musical du Los Angeles Opera à avoir déjà occupé le poste de premier chef pendant deux ans. Le répertoire présenté allait d’une série d’opéras de Mozart, Idoménée, Don Juan et Les Noces de Figaro, à Der Rosenkavalier et Die Frau ohne Schatten de Strauss, Madame Butterfly et Tosca de Puccini, et Lohengrin et Parsifal de Wagner. Au cours des dernières saisons, M. Nagano a également dirigé Le Nez de Dmitri Chostakovitch et Turandot de Puccini au Deutsche Staatsoper Berlin, Le Coq d’or de Nikolai Rimski-Korsakov au Châtelet à Paris, Billy Budd de Benjamin Britten au Bayerische Staatsoper et Cardillac de Paul Hindemith à l’Opéra National de Paris, entre autres.Très prisé en tant que chef invité, Kent Nagano a dirigé presque tous les grands orchestres, notamment avec les Orchestres philharmoniques de Vienne et Berlin, le New York Philharmonic Orchestras et le Chicago Symphony Orchestra.
Il a enregistré sous étiquettes Erato, Teldec, Pentatone et Deutsche Grammophon ainsi que sous étiquettes Harmonia Mundi, remportant des Grammy pour ses enregistrements du Doktor Faust de Busoni (avec l’Opéra National de Lyon) et de Pierre et le loup de Prokofiev (avec l’Orchestre national russe). Sophia Loren était la narratrice de Pierre et le loup et une nouvelle œuvre de Jean-Pascal Beintus, Wolf Tracks, était narrée par Bill Clinton et présentée par Mikhaïl Gorbatchev. En avril 2008 paraîssait sous étiquette Analekta son premier disque avec l’OSM, un album double tout Beethoven comprenant notamment la Cinquième Symphonie et The General.
Sumi Jo se distingue comme l’une des plus remarquables sopranos de sa génération. Saluée pour sa remarquable agilité, sa précision, la chaleur de sa voix de colorature et sa musicalité remarquable, ses interprétations dans les plus grandes maisons d’opéra du monde ont su séduire tant la presse que le public. Sumi Jo a enregistré plus de 48 disques, qui comprennent opéras complets, oratorios, opérettes et œuvres orchestrales. Parmi ceux-ci, mentionnons Die Frau ohne Schatten avec Georg Solti qui s’est mérité un Grammy ainsi qu’Un ballo in maschera sous Herbert von Karajan.
Parmi ses derniers engagements, notons de nouvelles productions des Contes d’Hoffmann au Washington Opera, à l’Opéra de Paris, au Los Angeles Opera et au Festival d’Orange. Elle a aussi repris ses célèbres interprétations de Lucia di Lammermoor de Donizetti et de la Reine de la Nuit dans Die Zauberflöte de Mozart dans plusieurs villes dont Sydney, San Juan, Los Angeles, Orange, Palerme et Paris. La saison dernière, elle a aussi chanté Elvira dans I puritani en concert au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Elle a récemment ajouté à son répertoire les rôles de Lakmé de Delibes, Dinorah de Meyerbeer et Giulietta dans I Capuletti e i Montecchi au Minnesota Opera. En 2007-2008, elle a fait ses débuts dans le rôle de Violetta dans La traviata à Toulon, et a fait le tour du monde pour se produire en récital et lors de concerts gala.
Née en Corée du Sud, Sumi Jo y a fait ses premières études avant de s’inscrire au Conservatoire de l’Accademia di Santa Cecilia à Rome. Alors qu’elle complétait ses études en Italie, elle a été entendue à de nombreuses reprises dans les villes italiennes et lors de radio- et télédiffusions. Elle a remporté de nombreux prix prestigieux, dont des premiers prix aux Concours internationaux de Séoul (1981), Naples, Enna, Barcelone et Pretoria (1985). En août 1986, elle recevait à l’unanimité le premier prix du Concours international Carlo Alberto Cappelli à Vérone, l’un des concours les plus importants, ouverts uniquement aux lauréats de premiers prix d’autres concours importants. Elle réside maintenant à Rome.
Joseph Haydn
Né à Rohrau (Basse-Autriche) le 31 mars 1732
Mort à Vienne le 31 mai 1809
Symphonie n° 101 en ré majeur, « L'Horloge »
La Symphonie n° 101 en ré majeur (dite « L'Horloge ») de Haydn fait partie du groupe des douze « symphonies londoniennes » (n° 93 à 104). Elle fut commencée en Autriche en 1793, mais terminée à Londres, où elle fut créée avec beaucoup de succès le 3 mars 1794. Comme dans toutes ces dernières symphonies, Haydn y fait montre d'une liberté d'expression étonnante, d'une richesse nouvelle dans l'instrumentation et d'un charme mélodique incomparable.
Le premier mouvement débute par une introduction lente (Adagio) en ré mineur qui instaure d'emblée un climat rempli de majesté et de mystère, bien différent en fait de celui plein de vivacité et de gaieté qui dominera l'œuvre. Le Presto qui suit obéit au schéma de la forme sonate avec ses deux thèmes, le premier léger et bondissant, le second tendrement moqueur. Ce mouvement comporte plusieurs grands climax, constitués simplement de notes ou de brefs motifs répétés, mais produisant des effets impressionnants.
C'est de son mouvement lent (Andante) que la symphonie tire son surnom, l'accompagnement régulier produit par les bassons et les cordes pizzicato créant un effet de tic-tac. Un thème simple, exposé par les premiers violons, s'y superpose bientôt. Haydn énoncera cette mélodie à trois reprises, à chaque fois sous une forme variée et enrichie, et la fera alterner avec deux épisodes contrastants. Le premier de ces épisodes est une section emportée en sol mineur comportant de puissants sommets d'intensité, le second développe le début du mouvement en accentuant lourdement son effet de tic-tac.
Le troisième mouvement débute par un robuste menuet de vaste dimension, le plus long en fait de tous ceux écrits par Haydn. Tout aussi étendu est le délicat trio qui suit, avec effet de vièle, et dans lequel le compositeur confie à la flûte solo (ainsi qu'au basson) des traits badins et humoristiques.
Le finale marqué vivace adopte la même forme rondo (avec refrains et couplets) que le second mouvement. Il est caractérisé par une grande force motrice qui a pour effet de pousser irrésistiblement la musique vers l'avant. La climat de gaieté du premier mouvement domine à nouveau, seulement assombri par l'orageux couplet central en mineur, et c'est sur une explosion de joie affirmative que se termine l'oeuvre.
Wolfgang Amadeus Mozart
Né à Salzbourg le 27 janvier 1756
Mort à Vienne le 5 décembre 1791
Exsultate jubilate, K. 165 (158a)
C'est suite au succès remporté par son opéra Lucio Silla à Milan en 1772 que Mozart, alors âgé de 16 ans, reçut la commande d'une nouvelle œuvre destinée à mettre en valeur les talents du célèbre castrat romain Venanzio Rauzzini. Cette pièce, le motet pour soliste Exsultate jubilate, fut conçue comme un concerto pour voix et met en musique un texte anonyme décrivant la joie d'une âme libérée de son tourment grâce à une prière adressée à la Vierge Marie. Mozart y adopte le schéma en trois mouvement vif-lent-vif issu de l'Ouverture (Sinfonia) à l'italienne.
La première section allegro possède les caractéristiques d'un premier mouvement de concerto, avec sa riche écriture symphonique et ses deux thèmes d'abord exposés à l'orchestre avant d'être repris en contrepoint à la voix soliste. La partie vocale comporte plusieurs traits ornementés.
La deuxième section débute par un bref récitatif, bientôt suivi d'un andante accompagné par les cordes seules. Ici, une grande mélodie pure et suave sert à mettre en évidence les meilleures qualités de cantabile de l'interprète, soit sa maîtrise d'un chant parfaitement lié et soutenu, enrichi d'un riche éventail de nuances et de colorations. Les nombreux trilles qu'on y retrouve doivent être articulés avec précision, clarté et souplesse.
La troisième section débute par un bref passage modulant qui a pour fonction de ramener la tonalité principale de fa majeur avant de conclure l'œuvre de manière brillante par des alléluias à l'écriture vocale richement ornée.
Vincenzo Bellini
Né à Catane le 3 novembre 1801
Mort à Puteaux le 23 septembre 1835
Norma, ouverture
De toutes les œuvres produites par Bellini, c'est certainement Norma qui est la plus célèbre et qui a provoqué de tout temps le plus d'enthousiasme. Pour cet opéra, Bellini travailla avec son collaborateur attitré de l'époque, Felice Romani, qui fut assurément le plus talentueux librettiste de son temps. Romani adapta une tragédie française d'Alexandre Soumet (Norma ou l'Infanticide) donnée à Paris en avril 1831. L'action de l'opéra se déroule en Gaule, vers 50 avant Jésus-Christ, sous l'occupation romaine. Norma, grande-prêtresse des Gaulois, a eu secrètement deux enfants de son union avec Pollione, un proconsul romain dont elle est tombée amoureuse. Ce faisant, Norma a transgressé deux interdits, car non seulement Pollione appartient-il à l'ennemi, mais sa condition de prêtresse lui interdit l'amour charnel. L’opéra s’ouvre sur ces pages.
Gioacchino Rossini
Né à Pesaro le 29 février 1792
Mort à Paris le 13 novembre 1868
La Scala di seta (L'Échelle de soie), ouverture
La Scala di seta (L'Échelle de soie) est une farsa comica en un acte composée par Rossini au cours de sa première période créatrice (1810-1814). Commandée par le Teatro San Moisè de Venise, elle y fut créée sans grand succès en mai 1812. Bientôt, l'œuvre disparut complètement du répertoire, exception faite de son ouverture, particulièrement séduisante. Dans le cadre classique de la forme sonate avec introduction lente, Rossini y confie à un ensemble de vent un rôle concertant et y déploie son sens extraordinaire du rythme. C'est également dans ce morceau qu'il expérimente pour la première fois le procédé du grand crescendo d'orchestre qui deviendra l'un des traits d'écriture rossinienne les plus caractéristiques.
Gaetano Donizetti
Né à Bergame le 29 novembre 1797
Mort à Bergame le 8 avril 1848
« O luce di quet'anima », extrait de Linda di Chamounix
L'opéra Linda di Chamounix fut composé par Donizetti en fin de carrière et fut créé à Vienne en mai 1841 avec un immense succès. Bien que l'œuvre ne disparut jamais complètement du répertoire, elle fut donnée beaucoup moins fréquemment que Lucia di Lammermoor ou L'Elisir d'amore dans les décennies qui suivirent. Sa page la plus célèbre demeure la cabalette « O luce di quest'anima » qui clôt le grand solo d'entrée de l'héroïne au 1er acte. Ce morceau, absent lors de la création de l'opéra, fut ajouté par Donizetti à la demande de la soprano Fanny Persiani lors d'une reprise à Paris au Théâtre-Italien en novembre 1842. Il s'agit d'une page de haute virtuosité destinée à mettre en valeur le registre aigu brillant de la chanteuse. Linda y exprime son amour exalté pour Carlo, un jeune peintre sans le sou dont elle ignore qu'il appartient en réalité à l'aristocratie.
Vincenzo Bellini
Né à Catane le 3 novembre 1801
Mort à Puteaux le 23 septembre 1835
« O! Quante volte », extrait d'I Capuleti e i Montecchi
C'est au début de l'année 1830 que Bellini produisit en un temps record la partition de son opéra I Capuleti e i Montecchi pour lequel il réutilisa plusieurs pages d'un opéra précédent (Zaira) qui avait connu un échec. L'œuvre raconte l'histoire de Roméo et Juliette, non pas dans la célèbre version de Shakespeare, mais dans celle antérieure de l'Italien Matteo Bandello. L'air « O, quante volte » a pour fonction d'introduire le personnage de Juliette au 1er acte. Celle-ci, toute parée pour son mariage forcé avec Tybalt, pleure son sort et exprime son désir de revoir Roméo. Dans ce grand lamento basé sur une longue mélodie au caractère nostalgique typiquement bellinienne, l'héroine exprime d'abord sa détresse par le biais d'un chant sobre et dépouillé, avant que son désir d'évasion ne se traduise par une ligne vocale conclue par de grands traits ornementés.
Michel Veilleux |