Ludwig van Beethoven
Né à Bonn le 16 décembre 1770
Mort à Vienne le 26 mars 1827
Concerto pour violon en ré majeur, opus 61
Peu d’années ont été aussi fertiles que 1806 pour Beethoven qui compléta alors notamment sa Quatrième Symphonie, ses trois Quatuors « Razoumovski », sa Sonate opus 57 « Appassionata » et son Concerto pour violon. Si, à l’époque, Beethoven a déjà composé quatre de ses cinq concertos pour piano, il n’avait dédié que quelques pages concertantes au violon (ses deux Romances et son Triple Concerto). Franz Clement, lui-même compositeur d’un concerto pour l’instrument salué à l’époque, dédicataire de l’œuvre, collaborateur fréquent de Beethoven en tant que violoniste de l’Orchestre du Theater an der Wien, en assura la création. Le maître de Bonn lui-même parlait de son concerto avec un certain humour comme étant un « Concerto par clemenza por Clement ».
A-t-il puisé son inspiration dans les sentiments affectueux qui le lient alors à Thérèse von Brunsvik, considérée à tort son « immortelle bien-aimée »? L’échec de la première présentation de son opéra Fidelio a-t-il libéré une nouvelle force créatrice en lui? Quoi qu’il en soit, Beethoven a livré ici des pages particulièrement lumineuses, dans lesquelles le violon devient complice de l’orchestre.
Si le public reçut positivement le Concerto, la critique s’est révélée plutôt assassine, n’hésitant pas à qualifier l’œuvre d’«amoncellement touffu et décousu d’idées » ou de « vacarme continuel entretenu par quelques instruments ». Longtemps jugé injouable par les violonistes, vraisemblablement déroutés par ses larges proportions, ce ne fut qu’une quarantaine d’année après sa création qu’il vint à être considéré comme l’un des plus grands du répertoire, notamment grâce à Joseph Joachim – à qui Brahms dédiera son propre concerto – qui l’interpréta en 1844, lors de ses débuts londoniens sous la direction de Félix Mendelssohn.
Simon Leclerc
Né à Montréal le 29 décembre 1964
Concerto pour animateur de radio et orchestre
Issu des Petits Chanteurs du Mont-Royal, Simon Leclerc a plongé rapidement dans l'univers de la musique pop, à titre de choriste pour plusieurs artistes dont Céline Dion. Il a par la suite dirigé la comédie musicale Les Misérables (version anglaise et française) en travaillant parallèlement comme arrangeur pour plusieurs artistes québécois, se méritant un Félix en 2001. Il a composé la musique de plusieurs documentaires – dont récemment, celle du Dernier Continent –, films, téléromans, séries télé américaines et celle de la comédie musicale Dracula. Depuis quelques années, il se consacre exclusivement à la direction et à la composition. Lors d’un passage à l’émission matinale C’est bien meilleur le matin sur les ondes de Radio-Canada, Kent Nagano s’était révélé séduit par la « virtuosité » de l’animateur René Homier-Roy et sa capacité de passer avec adresse et rapidité d’un sujet à l’autre et à relancer ses chroniqueurs sur divers sujets. « Ce ballet vocal avait pour lui quelque chose qui lui rappelait la musique, explique le compositeur. Maestro Nagano m’a donc demandé de penser à une façon de transposer cette dynamique si particulière dans un contexte musical. »
Le compositeur connaît parfaitement les forces de l’Orchestre pour l’avoir dirigé dans plusieurs programmes pop au fil des ans et écrit pour lui – il a notamment réalisé les arrangements de la version symphonique de Starmania, présentée en 2005. Il a donc conçu un concerto dont le soliste invité serait Homier-Roy, dont il exploite les talents, comme s’il devenait instrumentiste. Il sera rejoint sur scène par Catherine Perrin et Marc Laurendeau, « de même que trois chroniqueurs “virtuels” qui s'exprimeront par le biais de textes défilant sur grand écran », explique Leclerc. On assistera notamment à un étonnant entretien avec le maestro, qui ne répondra pas en paroles, mais bien… en musique!
L’œuvre, d’un seul tenant, laisse libre cours à l’improvisation, les textes n’étant que partiellement esquissés. « Je souhaitais au tout départ utiliser une forme plus classique en trois ou quatre mouvements, précise le compositeur, mais je me suis vite aperçu que cette approche ne convenait tout simplement pas au jeu de « ping-pong » (le passage rapide d'un sujet à un autre) que j'avais à illustrer. Nous avons donc un concerto grosso au sens pur du terme mais qui dans sa forme musicale réelle se rapproche plus du poème symphonique avec solistes.
Pour éviter les débordements, des symboles ont été intégrés à la partition pour permettre à Kent Nagano d’indiquer aux chroniqueurs quand amorcer leurs échanges, mais aussi quand les conclure rapidement. «Dû à l'importance que prend l'improvisation de la part des solistes (le texte n'est que partiellement scripté), le chef d'orchestre trouvera donc dans sa partition un symbole qui lui rappellera de communiquer au soliste qu'il lui reste 10 secondes pour terminer ce qu'il est en train de dire (Ω), et un autre pour lui indiquer qu'il doit commencer immédiatement à parler du sujet donné (†). Malgré le côté à la fois amusant et fragmenté de cette mutation d'un médium à un autre, j'ai tenté d'en faire quelque chose de captivant, d'intriguant, mais aussi de touchant. J'espère y être parvenu... »
Ottorino Respighi
Né à Bologne le 9 juillet 1879
Mort à Rome le 18 avril 1936
Pini di Roma (Les Pins de Rome)
Les Pins de Rome, certainement l’œuvre la plus connue du triptyque de Respighi dédié aux beautés de la Ville éternelle, reste un exemple vibrant des talents de coloriste et d’orchestrateur du compositeur. Créé en 1924, le poème symphonique exige un jeu virtuose de toutes les sections de l’orchestre et met en lumière certains instruments inusités, dont six buccins, ancêtres médiévaux des trompettes et trombones (au quatrième mouvement) et l’enregistrement d’un rossignol (à la fin du troisième).
« Pins de la villa Borghèse » évoque les jeux d’enfants parmi les pins, avant qu’ils ne soient dispersés par une trompette stridente. « Tous se grisent de cris comme des hirondelles le soir; ils finissent par s’échapper en essaim », explique le compositeur dans la partition. L’atmosphère bascule dans « Pins près d’une catacombe », alors que les registres graves de l’orchestre suggèrent l’ombre projetée par les pins. Un chant surgit alors des profondeurs et « se répand solennel comme un hymne et s’évanouit ».
Dans le troisième tableau, amorcé par une brève cadence au piano, « les pins du mont Janicule se profilent au clair d’une lune sereine ». Calme, fluide, le mouvement semble s’élever vers le ciel, avant que le rossignol chante, soutenu par des cordes frémissantes.
Avec « Pins de la via Appia », nous basculons vers la Rome antique, alors que « la campagne tragique est veillée par des pins solitaires ». L’armée s’approche, menaçante, la clarinette basse et les cuivres graves jouant des fragments de fanfares militaires. Le cor anglais annonce l’aube et les cuivres, tant sur scène que dans les coulisses, se font plus pressants, menant l’œuvre à un climax inexorable et triomphal.
Lucie Renaud |