Sir Andrew Davis, chef d’orchestre
Sir Andrew Davis occupe le poste de directeur musical et chef principal du Lyric Opera of Chicago depuis 2000 et y dirige trois des huit productions présentées durant la saison 2009-2010. Maestro Davis est chef émérite du Toronto Symphony Orchestra (ayant été chef principal de cette formation) et du BBC Symphony Orchestra (il est le second chef à y avoir occupé le plus longtemps le poste de chef principal depuis son fondateur Adrian Boult). Par ailleurs, il a déjà été directeur musical du Glyndebourne Festival Opera.
Né en 1944 à Hertfordshire en Angleterre, maestro Davis a étudié au King’s College de Cambridge, d’abord en orgue, puis en direction d’orchestre. Il maîtrise un répertoire vaste et diversifié, qui va du baroque à la musique contemporaine et comprend aussi bien la musique symphonique, chorale, que l’opéra. Il met également de l’avant le répertoire du XXe siècle, dirigeant les œuvres de compositeurs tels que Janá?ek, Messiaen, Boulez, Elgar, Tippett et Britten.
Avec le BBC Symphony Orchestra, maestro Davis a dirigé des concerts de la série London Proms et a participé à des tournées à Hong Kong, au Japon, aux États-Unis et en Europe. Il a dirigé les principaux orchestres du monde, dont le Chicago Symphony Orchestra, le Philharmonique de Berlin et l’Orchestre royal du Concertgebouw, et a travaillé au sein des plus grandes institutions d’opéra, incluant le Metropolitan Opera, La Scala de Milan et le festival de Bayreuth.
Maestro Davis a réalisé de nombreux enregistrements, pour les étiquettes Decca, Deutsche Grammophon, Warner Classics International, Capriccio, EMI et CBS Great Performances. Il a notamment remporté pour certains d’entre eux des prix et distinctions tels que le prix du meilleur enregistrement de l’année (catégorie concerto), décerné par la revue Gramophone et le prix Solti de l’Académie du Disque Lyrique en France.
En 1992, en reconnaissance de sa contribution à la musique britannique, Sir Andrew Davis a reçu le titre de Commandeur de l’Empire britannique puis, en 1999, a été fait Chevalier. En 1991, on lui a décerné le Royal Philharmonic Society/Charles Heidsieck Music Award.
Christian Tetzlaff, violon
Dès le début de sa carrière, M. Tetzlaff a interprété et enregistré un vaste répertoire, qui comprend les sonates et partitas pour violon seul de Bach, les œuvres maîtresses de Mendelssohn, Beethoven et Brahms, les concertos de Bartók, Berg et Chostakovitch ainsi que des premières mondiales d’œuvres contemporaines. Également actif en tant que chambriste, M. Tetzlaff a collaboré avec de réputés artistes tels que Leif Ove Andsnes, Lars Vogt, Alexander Lonquich et Tabea Zimmermann. En 1994, il a fondé le Tetzlaff Quartet, qui réunit la violoniste Elisabeth Kufferath, l’altiste Hanna Weinmeister et sa sœur, la violoncelliste Tanja Tetzlaff.
M. Tetzlaff a été invité par les plus prestigieux orchestres et chefs d’orchestre, avec qui il a entretenu au fil des ans des collaborations privilégiées. En Amérique du Nord, M. Tetzlaff s’est notamment produit avec les orchestres de Chicago, Cleveland, Boston, Philadelphie, New York, San Francisco, Los Angeles et Toronto. En Europe, il a joué avec les orchestres philharmoniques de Berlin, Londres, Vienne et Rotterdam ainsi qu’avec le London Symphony Orchestra, l’Orchestre de Paris et l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam.
M. Tetzlaff s’est particulièrement distingué par ses enregistrements, qui reflètent l’étendue de ses goûts musicaux. Pour l’étiquette Virgin Classics, il a enregistré plusieurs concertos allant de Haydn à Bartók, en plus d’un album de sonates de Janá?ek, Debussy, Ravel et Nielsen (avec le pianiste Leif Ove Andsnes) et l’ensemble des œuvres pour violon de Jean Sibelius avec l’Orchestre symphonique national de la radio danoise et Thomas Dausgaard. (Cet album a d’ailleurs remporté le prestigieux Diapason d’or.) Il a de plus enregistré les sonates pour violon nos 1 et 2 de Bartók avec Leif Ove Andsnes (nominé pour un prix Grammy) et les sonates pour violon seul de Bartók. Il a également enregistré les sonates pour violon et piano de Brahms avec Lars Vogt (EMI Classics), le concerto pour violon de Tchaïkovski avec l’Orchestre national de Russie et Kent Nagano (PentaTone Classics) ainsi que le concerto pour violon de Beethoven avec le Tonhalle Orchestra et David Zinman (Arte Nova). Plus récemment, ses enregistrements des sonates et partitas de Bach pour violon seul sont parus sous étiquettes Musical Heritage et Haenssler, et Virgin Classics a lancé ses enregistrements des concertos pour violon de Brahms et Joachim avec l’Orchestre symphonique national de la radio danoise et Thomas Dausgaard.
Claude Debussy
Né à Saint-Germain-en-Laye, le 22 août 1862
Décédé à Paris, le 25 mars 1918
Prélude à l’après-midi d’un faune
Composition : 1892-1894
Création : le 22 décembre 1984, à Paris, avec la Société nationale de musique dirigée par Gustave Doret
Pour son premier chef-d’œuvre orchestral, Debussy s’est inspiré du poème L’Après-midi d’un faune, écrit en 1876 par le poète symboliste français Stéphane Mallarmé. La production des symbolistes est caractérisée par des images fugaces, des sentiments flous, une atmosphère évocatrice, un langage sensuel, une syntaxe obscure, des idées éphémères, des suggestions et des nuances, le tout baigné dans des demi-teintes suggestives.
La sensibilité de Debussy correspondait parfaitement à l’esthétique symboliste et le compositeur, après avoir lu le poème de Mallarmé vers 1877, forma le projet d’en donner une interprétation musicale et composa, entre 1892 et 1894, une œuvre qui allait influencer le cours d’une grande partie de la musique du XXe siècle. (À propos, un faune est une créature mythique vivant dans les bois, qui marche debout comme un humain, mais qui a des sabots fendus, des cornes, une queue et une fourrure, comme une bête. Ses principales préoccupations sont de manger, de dormir et d’assouvir ses instincts sensuels.)
L’essence du poème de Mallarmé, que le critique anglais Edmund Gosse appelait « le formidable miracle de l’inintelligibilité », est résumée comme suit dans son célèbre synopsis : « Un faune [...] s’éveille dans la forêt au lever du jour et tente de se souvenir des événements de l’après-midi précédent. A-t-il vraiment eu la visite des nymphes, ces déesses blanches et dorées, si divinement tendres et complaisantes? Ou le souvenir qu’il en garde n’est-il rien d’autre que le spectre d’une vision aussi immatérielle que la pluie aérienne de notes qui sort de sa flûte? Il ne saurait le dire [...]. Le soleil est chaud, les herbes moelleuses; il se love à nouveau dans l’herbe, après avoir rendu hommage à l’étoile infaillible du vin afin de retrouver l’extase incertaine dans les bocages plus prometteurs du sommeil. »
Les effets sensuels de la musique, ses couleurs chatoyantes et ses ambiguïtés tonales sont le reflet du style de Mallarmé. On dit que le poète s’est exclamé, après avoir entendu le prélude : « Cette musique prolonge l’émotion de mon poème et en peint le décor plus vivement que la couleur. »
Pierre Boulez résume de la manière suivante l’importance historique qu’a eue le Prélude à l’après-midi d’un faune : « C’est avec la flûte du faune que commence une respiration nouvelle de l’art musical, non pas tellement l’art du développement musical que sa liberté formelle, son expression et sa technique. L’emploi des timbres y est essentiellement nouveau, d’une délicatesse et d’une sûreté de touche tout à fait exceptionnelles ; l’emploi de certains instruments comme la flûte, le cor ou la harpe, y est caractéristique de la manière dont Debussy les employa dans ses œuvres les plus tardives ; les bois et les cuivres y trouvent une légèreté de main et une sûreté d’emploi telles que l’on se trouve en présence d’un miracle d’équilibre et de clarté sonore. »
Piotr Ilitch Tchaïkovski
Né à Votkinsk, le 7 mai 1840
Décédé à Saint-Pétersbourg, le 6 novembre 1893
Concerto pour violon en ré majeur, opus 35
Composition : 1878
Création : le 4 décembre 1881, avec l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Hans Richter, et le soliste Adolf Brodsky
Tchaïkovski a composé son Concerto pour violon en mars et en avril 1878, au moment où il résidait à Clarens, sur le lac Léman. La partition avait d’abord été dédiée au célèbre virtuose et pédagogue Leopold Auer, mais celui-ci déclara l’œuvre injouable. Près de quatre ans s’écoulèrent avant qu’Adolf Brodsky n’accepte de créer l’œuvre, non pas en Russie, mais à Vienne. Tchaïkovski reformula la dédicace à Brodsky, qui joua le concerto à Londres et Moscou et réussit à convaincre le public de ses qualités. Même Auer finit par reconnaître les mérites du concerto, qui devait par la suite faire partie du répertoire de ses protégés, dont Mischa Elman, Jascha Heifetz et Efrem Zimbalist. Comme les jeunes violonistes d’aujourd’hui maîtrisent sans difficulté les pires écueils de jadis, le Concerto pour violon de Tchaïkovski est devenu l’un des deux ou trois plus populaires du genre.
Même s’il est rempli de passages de bravoure, le concerto fait la part belle à ce lyrisme romantique qui a rendu Tchaïkovski si célèbre. Le premier mouvement se distingue par ses deux thèmes lyriques, et même la cadence fait davantage valoir l’expressivité que la virtuosité. Le deuxième mouvement, sous-titré Canzonetta, s’enrobe de mélancolie et de sentimentalité, mais jamais de tristesse. C’est ensuite avec une sourdine que le soliste introduit le premier thème de style folklorique. Un finale euphorique, dont les thèmes rappellent les danses et les rythmes russes, et tout particulièrement le trépak, suit, sans pause.
Edward Elgar
Né à Broadheath, Worcestershire, en Angleterre, le 2 juin 1857
Décédé à Worceseter, le 23 février 1934 (fait chevalier en 1907)
Symphonie no 1 en la bémol majeur, opus 55
Composition : 1907-1908
Création : le 3 décembre 1908, avec l’Orchestre de Hallé sous la direction de Hans Richter, à Manchester, en Angleterre
L’éminent chef d’orchestre wagnérien Hans Richter disait de la Première Symphonie d’Elgar qu’elle était « la plus grande symphonie des temps modernes ». À l’exception de Brahms, le premier essai dans le genre symphonique d’un compositeur n’a probablement jamais été attendu avec autant d’impatience que celui de Sir Edward Elgar. En 1908, alors que Hans Richter dirigeait la création de cette symphonie à Manchester, Elgar était déjà âgé de 51 ans. Diverses universités lui avaient décerné huit doctorats honoris causa, il avait été fait chevalier par Edward VII, et il avait été salué par le public et la critique pour des œuvres comme les Variations Enigma, quatre marches Pomp and Circumstance, l’Ouverture Cockaigne et les oratorios The Dream of Gerontius, The Kingdom et The Apostles.
Cette symphonie est profondément imprégnée de la personnalité et du style d’Elgar. La lente introduction du premier mouvement est intitulée nobilmente e semplice, une directive typiquement elgarienne. Le mot nobilmente, de la main du compositeur, semble incarner le sérieux, le raffinement, la noblesse, la dignité, la réserve et peut-être même l’apparat, caractéristiques que nous attribuons habituellement à l’ère edwardienne de l’Angleterre. L’orchestration d’Elgar s’inspire de la sonorité des cordes : elle est élégante, suave, veloutée et riche. Les cors ou les trombones colorent fréquemment ce son de cordes. Des lignes mélodiques aux larges intervalles – quintes, sixtes, septièmes – dont l’une est souvent ascendante et la suivante, descendante – confèrent une touche particulière à de nombreux thèmes d’Elgar. La Première Symphonie se distingue également par ses fréquents changements de pulsation, la clarté de ses textures, son ampleur et sa majesté.
Le premier mouvement s’ouvre sur le passage nobilmente dont nous avons parlé plus haut – un thème lent, calme, presque une marche, répété de façon grandiose par l’orchestre tout entier. Ce motif apparaîtra sous diverses formes et servira d’élément unificateur tout au long de la symphonie. Puis vient l’Allegro, une lutte désespérée qui s’engage dans la tonalité éloignée de ré mineur. La forme-sonate de base est maintenue, mais plutôt que d’exposer simplement deux thèmes, Elgar présente des groupes thématiques complets, comportant jusqu’à quatre éléments par thème.
Le mouvement suivant, un scherzo impétueux au rythme binaire, s’élance à une allure folle... Un second thème de marche fait rapidement son apparition et est développé jusqu’au retour des frénétiques violons. L’atmosphère se calme ensuite, et un trio plus doux, plus serein et empreint de délicatesse, fait son entrée, annoncé par les flûtes et un accompagnement cristallin à la harpe. Le scherzo et le trio alternent, suivant la forme A-B-A-B-A.
Sans pause, l’Adagio s’immisce et ravit la vedette, empruntant la même ligne mélodique que le grouillant deuxième mouvement, mais avec une nouvelle harmonisation et, pour citer les paroles de Michael Kennedy, « encalminé dans une mélodie infiniment réconfortante ». Ce mouvement, centre affectif de la symphonie, est si chaleureux, noble et éclatant que, lors de la création de l’œuvre, les applaudissements ont éclaté dès sa conclusion, et Hans Richter n’a eu d’autre choix que de faire monter le compositeur sur scène!
Tout comme le premier mouvement, le finale débute par une introduction lente suivie d’un Allegro agité et de ses nombreux composants. Ce mouvement se noie dans la lutte et le conflit. Le grand apogée arrive au moment où le motif nobilmente, celui qui a ouvert la symphonie il y a 50 minutes, est proclamé sous sa forme finale avec moult splendeurs et majesté.
Robert Markow
Traduction de Carole Meneghel |