Aaron Copland
Né le 14 novembre 1900 à Brooklyn
Mort le 2 décembre, 1990 à North Tarrytown, New York
Rodeo, suite d'orchestre « Four Dance Episodes »
Composition : 1942
Création : le ballet complet a été joué pour la première fois le 16 octobre 1942 au Metropolitan Opera, à New York, avec une chorégraphie d’Agnes de Mille. Les Four Dance Episodes ont été joués pour la première fois le 28 mai 1943 par l’orchestre Boston Pops, sous la direction d'Arthur Fiedler.
Dans l’histoire de la musique américaine, peu de compositeurs ont eu autant de succès et de popularité qu’Aaron Copland. Bien qu’il ait composé dans divers styles et dans presque tous les genres – musique symphonique, musique de théâtre, musique de chambre, œuvres pour piano et pour chœur, trames sonores pour la radio et le cinéma, et même musique pour certains livres –, ses fresques orchestrales de l’Amérique rurale continuent d’être la musique à laquelle la plupart des gens associent Copland. Ces œuvres, écrites à la fin des années 30 et au début des années 40, comprennent Billy the Kid, Our Town, Lincoln Portrait, Appalachian Spring et Rodeo.
L’univers sonore de Rodeo, dans lequel l’essence des grands espaces, de l’air pur, de la sagesse populaire et des personnages impertinents est omniprésente, pourrait aisément nous porter à croire que le compositeur a passé son enfance sur la côte ouest des États-Unis. Il n'y a rien de plus faux. Fils d’immigrants juifs russes, il est né et a grandi à Brooklyn, avant d'aller étudier la musique à Paris.
Voici la description que donne Agnes de Mille de ce ballet : « Partout dans le sud-ouest des États-Unis, le rodéo du samedi après-midi est une tradition. […] Les « mains » se réunissent pour faire valoir leur talent en prise au lasso, équitation, marquage au fer et envoi au sol. La démonstration de l’après-midi est habituellement suivie d'une soirée de danse au ranch, le samedi. [Hoe-Down]. Le thème de ce ballet est des plus classiques. Il se penche sur un problème auquel ont dû faire face toutes les femmes américaines, dès l'époque des pionniers et tout au long de l’histoire de la construction de ce pays : comment diable réussir à trouver un homme convenable?... »
Buckaroo Holiday intègre des variations sur deux airs folkloriques : If He Be a Buckaroo by His Trade et Sis Joe. Les deux mouvements centraux se passent d'explication. Hoe-Down est de loin le mouvement le plus connu de Rodeo, et il est souvent interprété seul. Sa mélodie se compose de deux quadrilles : l’air Bonyparte et un extrait du Reel McLeod. Tout le monde attend avec impatience ce moment où la musique est en perte de vitesse puis repart de plus belle…
Michael Daugherty
Né le 24 avril 1954 à Cedar Rapids, en Iowa
Vit actuellement à Ann Arbor, dans le Michigan
Fire and Blood
Composition : 2003.
Création : le 3 mai 2003, par l’Orchestre symphonique de Detroit sous la direction de Neemi Järvi, avec la soliste Ida Kafavian.
Pendant la dernière décennie ou à peu près, Michael Daugherty s’est taillé une place de choix parmi les compositeurs contemporains, surtout grâce à ses œuvres inspirées d’images issues de la culture et du folklore américains. Metropolis Symphony (1988-1993, une œuvre basée sur la bande dessinée Superman qui lui a conféré une notoriété internationale), Motown Metal (1994), Le Tombeau de Liberace (1996), l’opéra Jackie O (1997) et Hell’s Angels (1999). Même les sous-titres de ses quatuors à cordes sont relatifs à des icônes américaines : Sing Sing : J. Edgar Hoover et Elvis Everywhere. En conséquence, Daugherty est devenu l'un des compositeurs américains de sa génération dont les œuvres sont le plus souvent jouées et commandées. « C’est en partie grâce à cette fascination pour le jargon que la musique de Daugherty se distingue, écrit Timothy Salzman. En utilisant, pour l’élaboration de ses motifs mélodiques, des techniques de composition sophistiquées jumelées avec des couches polyrythmiques complexes, il a créé un style véritablement unique et débordant d’énergie. »
Daugherty est le fils d’un batteur d’orchestre de danse et le plus âgé de cinq frères, tous musiciens professionnels. Il a étudié la composition à l’Université d’État du nord du Texas (1972-1976) et à l’École de musique de Manhattan (1976-1978), et l'Université Yale lui a décerné son doctorat en composition en 1986. Daugherty est professeur de composition à l'École de musique de l'Université du Michigan (Ann Arbor) depuis 1991. Parmi ses œuvres les plus récentes, mentionnons Ladder to the Moon pour orchestre de chambre (2006), Troyjam (2008) pour narrateur et orchestre et Gee’s Bend (2009) pour guitare électrique et orchestre.
Au sujet de Fire and Blood, le compositeur écrit : « En 1932, Edsel Ford a commandé à l’artiste mexicain moderniste Diego Rivera (1886-1957) l’exécution d’une murale représentant l’industrie automobile de Detroit. Rivera est venu à Detroit et a travaillé pendant deux ans afin de peindre quatre grands murs de la cour intérieure de l’Institut des arts de Detroit. Ces extraordinaires murales, qui sont considérées comme étant le sommet de l'art de Rivera, m’ont inspiré la création de cette fresque musicale pour violon et orchestre. C’est Rivera lui-même qui avait prédit que ses murales pourraient être mises en musique, à son retour d’une tournée des usines Ford : « J’ai entendu une symphonie fantastique naître de ces usines où les métaux sont transformés en outils au service de l’homme. C’était une musique nouvelle, qui attendait qu’un compositeur… lui confère une forme communicable. » À la suite de la création de l’œuvre, le Detroit News affirma que Fire & Blood, une élaboration habile de thèmes vibrants, envahit l’oreille d’une riche palette de couleurs. Voici la description (abrégée) que fait Daugherty de chacun des mouvements :
I. Volcano. Avant son arrivée à Detroit, Rivera vivait à Mexico, une ville cernée de volcans. Le feu est un élément essentiel de ses murales, sur lesquelles le flamboiement des fours de l’usine est représenté par des volcans en éruption. Rivera, ardent membre du parti communiste mexicain, a également associé le feu volcanique à la révolution. Il a vu dans la création des murales de Detroit un moyen de servir ses idées révolutionnaires. La musique du premier mouvement fait écho aux rougeoyants fours qui chauffent l’imaginaire de Rivera…
II. River Rouge. Rivera a passé de nombreux mois [à Detroit] à griffonner des esquisses de travailleurs et de machinerie en action. Il était en compagnie de sa jeune femme, la remarquable peintre mexicaine Frida Kahlo (1906-1954). Celle-ci vivait dans une souffrance perpétuelle, en raison d’une poliomyélite contractée à l’enfance ainsi que d’un sévère accident d’autobus. Les douleurs, le chagrin et la ferveur pour le travail de Frida Kahlo sont venus se greffer à l’industrie de Rivera, qui a d’ailleurs dédié ce mouvement à l’esprit de sa femme. Le violon solo introduit deux thèmes principaux. Le premier thème est dissonant et chromatique, et coule comme une rivière de sang. Le second thème est une mélodie obsédante que Frida Kahlo elle-même pourrait avoir chantée, rêvant de retourner à son Mexique natal.
III. Assembly Line. Plutôt que de dresser l’homme contre la machine, Rivera a pensé qu'une collaboration entre les deux libérerait le travailleur. Dans ce mouvement final, le violon solo symbolise le travailleur entouré d’un orchestre mécanique. La musique est un tour de montagnes russes sur un convoyeur à bande, qui file à toute allure sur une mesure à sept-huit. Ce mouvement perpétuel est ponctué de pizzicatos aux cordes, de coups de fouet et de clusters aux cuivres. La section des percussions exécute les bruits d’usine sur des instruments de métal tels que des tambours de frein et des triangles, et les crécelles tournent comme des rouages. Les multiples rythmes mécaniques s’accélèrent frénétiquement, et le phrasé musical rappelle ce motif de vague qui ondoie de panneau en panneau, sur la murale de Rivera.
La prestation de Fire and Blood, par le violoniste Alexandre Da Costa, le chef d'orchestre Pedro Halffter et l'Orchestre symphonique de Montréal, fait l'objet d'un enregistrement pour l'étiquette Warner Classics.
Michael Daugherty
Flamingo
Composition : 1991.
Création : le 12 mai 1991 par un ensemble dirigé par Robert Ponto, à New York, en tant que partie du marathon de concertos présenté par Bang on a Can.
Selon le compositeur, « Flamingo tire son titre des familiers flamants roses en plastique que l’on retrouve sur les pelouses impeccables des banlieues américaines. Je me souviens d’avoir remarqué pour la première fois ces ornements de pelouse en plastique en 1962, alors que ma famille se déplaçait, confortablement installée dans une voiture familiale, de l'Iowa jusqu'à la Floride. Tandis que nous arrivions à Miami, mon fantasme de la Floride est devenu réalité lorsque j’ai vu de vrais flamants à côté de ceux en plastique! Ce rêve a été momentanément interrompu par un message, à la radio, annonçant que Marilyn Monroe s’était suicidée. Flamingo rappelle également cette danse qu’est le flamenco, celle-ci mettant en lumière deux percussionnistes qui exécutent diverses techniques sur leur tambour de Basque : frappes, secousses, frémissement des cymbalettes et frôlements à l’aide du pouce… Comme dans certaines de mes autres œuvres, les percussionnistes sont disposés en stéréophonie, sur scène, et leurs tambours de Basque, qui se battent en duel, ajoutent un entraînant contrepoint rythmique au motif central staccato qui est d’abord scandé par le piccolo. Ce motif répété nous pousse vers l’avant, comme des canons légèrement désynchronisés, par rapport à l’ensemble, puis est interrompu par les pleurs d’un basson gémissant. »
Leonard Bernstein
Né le 25 août 1918 à Lawrence, dans le Massachusetts
Mort le 14 octobre 1990 à New York
Danses symphoniques, extraites de West Side Story
Composition : 1957.
Création : West Side Story a inauguré le Winter Garden de New York le 26 septembre 1957. Les Danses symphoniques ont été jouées pour la première fois le 13 février 1961 par l'Orchestre philharmonique de New York sous la direction de Lucas Foss, à la Carnegie Hall.
Dès sa création sur Broadway, West Side Story est devenu l’un des plus foudroyants succès de l’histoire de la musique américaine. Cette fusion étonnante d’un livre d’Arthur Laurents, de paroles de Stephen Sondheim, d’une chorégraphie de Jerome Robbins et d'une musique de Bernstein a réinventé l’histoire universelle de Roméo et Juliette, désormais transportée dans un décor urbain moderne où des bandes de rues rivales remplacent les anciennes familles véronaises.
Un ballet est au cœur de cette œuvre. West Side Story a fait les gros titres en raison de son utilisation audacieusement poussée, sophistiquée et pénétrante de la danse au sein d'une comédie musicale, et d’ailleurs, la plupart des œuvres de Bernstein accompagnent des danses. Diverses scènes de la pièce sont reflétées dans ces danses, et la suite symphonique amène une synthèse prêt-à-porter de tous les états d’âme de ce « poème à New York » : tendu, agité, violent, sinistre, énergique, dynamique, terrifiant et romantique.
Les Danses symphoniques sont constituées des segments suivants : Prologue (rivalité bouillonnante entre deux bandes, les Sharks (Requins) et les Jets); Somewhere (la chanson d’un monde idéalisé où les bandes sont unies dans l’amitié); Scherzo (une reprise enjouée de l’ambiance de Somewhere), Mambo (les bandes rivalisent à coup de danses fiévreuses); Cha-cha (une version de la romance Maria, la chanson que Tony chante lorsqu’il rencontre Maria pour la première fois, lors d’une danse); Meeting Scene (développement de la musique de Maria, à la danse), Cool (les Jets essaient de calmer le jeu); Rumble (les chefs des deux bandes sont tués); Finale (choc à la suite du décès de Tony et réconciliations ultimes quand les deux bandes réalisent la folie de leurs actes; des accents de Somewhere s’élèvent des rues maintenant tranquilles.
Robert Markow
Traduction de Carole Meneghel |