CHERS AMIS DE L’OSM
L’orchestre est l’une des inventions les plus ingénieuses de l’histoire de la culture occidentale. Depuis maintenant 400 ans et suivant une progression toujours plus forte, la musique instrumentale fut jouée par des ensembles de plus en plus grands. Le rapport de tension entre la forme collective et compacte de l’ensemble instrumental et les multiples possibilités de contraste ou de proximité entre solistes et collectif offrit des perspectives infiniment riches à cette évolution.
L’orchestre est en réalité le coeur de notre vie musicale moderne. Qu’il le soit devenu fut bien sûr lié à certaines conditions : l’« orchestre » acquit au XIXe siècle le statut d’institution à part entière. Il devint dès lors nécessaire que les créations musicales suivent une structure orchestrale définie, devenue norme. C’est dans un tel contexte que la conception des oeuvres de classiques viennois, tels Haydn, Mozart ou Beethoven, est d’importance capitale. Ils ancrèrent en effet dans leurs symphonies une disposition instrumentale qui resta incontournable jusqu’à l’aube du XXe siècle. Simultanément, la symphonie se fit véhicule d’idées : la musique n’était plus composée et jouée pour elle-même, mais devait transmettre des idées, raconter des histoires, des destins, évoquer des images, des mondes, des sentiments. Or c’est précisément cet aspect qui apporta à la musique, et plus particulièrement encore à sa représentation, un caractère public absolument nouveau. Les hommes y ont trouvé un modèle d’identité sociale.
Au vu de ce contexte et de l’importance nouvellement acquise des oeuvres orchestrales, des salles de concert furent construites. Aux centres des communautés de vie urbaine sont ainsi apparus des espaces publics aux formes particulières, à l’intérieur desquels le citoyen trouva un « chez-soi » et où l’orchestre, par des concerts publics, devint une instance culturelle et musicale mettant en lumière
les forces sociales et communautaires. Maintes crises ont depuis cherché à remettre en question cette évolution. Le désir et la volonté d’un mode de vie culturel dans l’intérêt de l’identité même de la société ont heureusement prévalu.
Aujourd’hui, une vague de fondations d’orchestres et d’initiatives visant à construire de nouvelles salles de concert se constate de par le monde. L’on peut assurément y voir une tentative de revitalisation et de stimulation de l’évolution sociale au moyen d’efforts renforcés mis au service du développement culturel de notre société.
Montréal a récemment célébré les 75 ans de son Orchestre. L’immense participation du public, l’intérêt et l’enthousiasme des spectateurs à nos concerts, mais aussi et enfin le grand succès de notre tournée en Europe ont prouvé que l’OSM est une force d’inspiration vitale de la vie musicale de notre ville et de notre province.
La salle Wilfrid-Pelletier est le foyer musical de l’OSM et de Montréal depuis de nombreuses années. Le public et les mélomanes ont vécu dans cette salle d’innombrables événements musicaux absolument inoubliables. Des artistes et musiciens d’excellence et de renommée internationale ont donné à la salle Wilfrid-Pelletier tout son sens. Ils y ont créé des atmosphères brillantes et émouvantes. Lors de tels instants – et ils furent nombreux – chacun de nous, spectateur, mélomane, citoyen de Montréal, se sentait « chez soi ». Sans ce lieu de concert, Montréal et son Orchestre n’auraient pas pu atteindre un tel degré d'enthousiasme, susciter une telle inclination pour la musique
et construire une tradition aussi riche. L’OSM y présente maintenant, pour la dernière fois, sa prochaine saison. L’année suivante, notre Orchestre inaugurera une nouvelle salle de concert et y trouvera un nouveau foyer.
La saison 2010 / 2011 signifie donc aussi des adieux. Des adieux brillants bien sûr, célébrés avec des artistes invités prestigieux – les chefs d’orchestre Herbert Blomstedt, sir Roger Norrington, Jacques Lacombe, Mikhaïl Pletnev, sir Andrew Davis, James Conlon, Rafael Frühbeck de Burgos, Marc Piollet… ou les solistes Anne-Sophie Mutter, Midori, Viviane Hagner, Yefim Bronfman, André Laplante, Jean-Yves Thibaudet, Anton Kuerti, Angela Hewitt, Nikolai Lugansky, Emanuel Ax, Alain Lefèvre, Marie-Nicole Lemieux, Michael Schade, Daniel Taylor parmi bien d’autres encore. De merveilleux et nombreux programmes de concerts vous attendent.
Suivant la tradition, de grandes compositions symphoniques donneront leurs couleurs à notre programme : un cycle Mahler composé des 1re, 5e et 6e symphonies ou la 9e symphonie d’Anton Bruckner, des symphonies de Beethoven, Schubert, Brahms, Tchaïkovski, Chostakovitch... C’est sur ce thème de la symphonie, ou « Sinfonia », qu’est conçu le programme du concert des 10 et 11 mai 2011 – un programme que l’OSM est aussi invité à jouer au Carnegie Hall, à New York. Notre saison vous promet de multiples attraits que ce soit grâce à Bach, Dutilleux, Liszt ou encore à Handel et à son oratorio Le Messie – une des plus longues traditions de notre Orchestre. Le concert Beethoven des 27 et 28 avril est l’un des phares de la programmation : le remarquable écologiste David Suzuki y sera associé en tant qu’auteur et narrateur, faisant écho à l’attitude de Beethoven, alors déjà lucide et critique vis-à-vis du « progrès » et de ses conséquences. Soulignons également plusieurs oeuvres concertantes incontournables telles celles de Rachmaninov, Ravel, Dvorák. Le final de cette saison haute en couleur sera la présentation, en version concert, de L’Or du Rhin (Das Rheingold), prologue de L’Anneau du Nibelung (Der Ring des Nibelungen) de Richard Wagner.
Chers mélomanes, chers amis de l’Orchestre, nous vous invitons à partager la joie qu’offrent ces oeuvres musicales exceptionnelles, que nous devons à ce phénomène si particulier qu’est la créativité humaine et à notre besoin d’un monde où la beauté trouve sa place. Les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal et moi-même avons une conscience vive de ce que nous devons à
notre public, à son ouverture d’esprit et à son intérêt. C’est à vous que notre musique s’adresse et nous espérons vous apporter des expériences passionnantes, stimulantes et porteuses de connaissances nouvelles.
Kent Nagano








