85 saisons symphoniques

85 saisons symphoniques

Nous célébrons cette année la 85e saison de l’Orchestre symphonique de Montréal. Au cours de toutes ces décennies, des générations de musiciens se sont succédé pour défendre une tradition d’excellence qui, aujourd’hui encore, fait la renommée de l’Orchestre symphonique de Montréal. Les plus grands chefs l’ont dirigé et il a accompagné les plus illustres solistes. Mais, au-delà des concerts symphoniques, l’OSM s’est aussi révélé, dès le départ, une institution ancrée dans sa communauté. N’hésitant pas à s’aventurer hors des salles de concert, l’Orchestre s’est porté à la rencontre du public pour rendre encore plus accessible la musique classique. Désireux d’encourager la relève, il a multiplié les initiatives en faveur des jeunes musiciens et des compositeurs de chez nous. Voici, en quelques jalons, le parcours remarquable de cet orchestre qui, depuis ses débuts, peut compter sur le soutien et l’attachement d’un public loyal et fidèle.

Préludes (19e – 20e siècles)

Plusieurs recommencements jusqu’aux véritables débuts de l’OSM

 

En 1894, une première coopérative de musiciens amateurs porte brièvement le nom d’Orchestre symphonique de Montréal. Deux autres formations du même nom vont se succéder jusqu’à ce que la dernière soit emportée par le krach de 1929. Comme un malheur ne vient jamais seul, l’année suivante, en raison de la disparition des films muets, de nombreux musiciens qui gagnaient leur vie dans les salles de cinéma se retrouvent sur le pavé. Plusieurs d’entre eux vont s’enrôler au tout nouveau Montreal Orchestra, que dirige Douglas Clarke. Cet ensemble donnera un total de 163 concerts réguliers, jusqu’à sa dissolution en 1941. Un bon nombre de ses musiciens poursuivront leur carrière au sein d’un autre orchestre, de fondation plus récente : les Concerts symphoniques de Montréal. Formation qui, plus tard, deviendra le seul et unique OSM.

Ouverture (1930-1939)

Wilfrid Pelletier, Directeur musical (1935-1941)

Un orchestre fondé sur des bases solides et dirigé par un chef tourné vers l’avenir

 

Le 16 novembre 1934, Athanase David, alors secrétaire de la province de Québec, annonce la création des Concerts symphoniques de Montréal (CSM), un orchestre au service du public canadien-français et de ses artistes. Cette formation professionnelle aura pour premier directeur musical un homme providentiel : Wilfrid Pelletier. Chef émérite autant que visionnaire, il est conscient que la pérennité de l’Orchestre repose sur les musiciens de la relève. Dans cet esprit, la création des Matinées pour la jeunesse était une condition sine qua non de son engagement. Puis, en 1936, dans le but de rejoindre un plus large public, il met sur pied le Festival de Montréal. En 1938, il inaugure la tradition des concerts gratuits sur l’esplanade du chalet du Mont-Royal, donnés jusqu’en 1964. Cette coutume des concerts extérieurs perdure encore de nos jours.

Allegro (1940-1949)

Le pianiste Rudolf Serkin, Pierre Béique et Désiré Defauw. 1943. News Pictures of Canada

Un jeune orchestre qui séduit des têtes d’affiche internationales

 

Fidèle à ses engagements pédagogiques, Wilfrid Pelletier devient, en 1942, le premier directeur du Conservatoire de musique de Montréal, une année après avoir cédé sa baguette à Désiré Defauw. Ce chef belge, également un violoniste accompli, qui avait fui une Europe déchirée par la guerre, prenait la tête des CSM à l’invitation de Pierre Béique. À titre d’administrateur, M. Béique s’imposera dès lors comme le grand architecte de l’Orchestre pour les décennies à venir. Très vite, cet infatigable ambassadeur de l’Orchestre attire les plus brillants solistes internationaux, de passage aux États-Unis, pour qu’ils viennent se produire à Montréal avec les CSM. Il va aussi convaincre plusieurs chefs de prestige à monter sur le podium dans le cadre des concerts réguliers, confirmant ainsi la stature acquise par ce jeune orchestre à l’avenir déjà prometteur.

2e mouvement (1950-1959)

Igor Markevitch et l'Orchestre en concert à l'auditorium Le Plateau avec le baryton-basse canadien George London. Archives de l'OSM

Une formation toujours plus professionnelle et tout aussi populaire

 

En 1953, les CSM prennent le nom d’Orchestre symphonique de Montréal / Montreal Symphony Orchestra. Igor Markevitch devient le nouveau chef attitré de la formation en 1957. Il marquera l’histoire, entre autres, par sa défense du répertoire contemporain, lui qui programme notamment le Sacre du printemps de Stravinsky. En outre, un concours de composition, créé à cette époque, instaurera la tradition de commande d’œuvres canadiennes sur une base annuelle. Markevitch fait également accéder l’Orchestre à un statut professionnel. Les musiciens, jusqu’alors engagés de concert en concert, signent désormais un contrat annuel, tandis que le nombre de programmes pour la saison passe de 12 à 20. À cela s’ajouteront, dès 1959, la série de 4 Concerts à un dollar au Forum de Montréal où, à chaque représentation, l’Orchestre rejoint 10 000 auditeurs !

2e acte (1960-1969)

Zubin Mehta, Directeur musical de l'OSM de 1961 à 1967. 1964. © Dwight E. Dolan

Une première tournée européenne et l’ajout de l’opéra au répertoire

 

Remplaçant au pied levé Igor Markevitch pour un concert au Forum en 1960, le jeune Zubin Mehta, 24 ans, conquiert d’un seul coup le public montréalais et sera, l’année suivante, nommé directeur musical de l’OSM. La formation devient, sous sa baguette, le premier orchestre canadien à effectuer, en 1962, une tournée en Europe. Zubin Mehta a le privilège d’inaugurer le nouveau domicile de l’Orchestre. Jouant depuis ses débuts à l’auditorium Le Plateau, l’OSM crée l’événement en s’installant, le 21 septembre 1963, à la Grande Salle de la Place des Arts, spécialement conçue pour lui servir d’écrin et qui sera nommée plus tard la Salle Wilfrid-Pelletier. Un lieu qui permet à l’OSM de se lancer dans la production d’opéras et de connaître, dès ses débuts avec Tosca, un succès retentissant ! Enfin, en 1965, le Prix Archambault (1940 -1962), qui soutient les jeunes talents canadiens, devient le Concours OSM.

Métamorphose symphonique (1970-1979)

L'OSM à Berlin en 1984, au cours de l'une de ses nombreuses tournées internationales.

Après une grave crise, l’OSM se relève et en sort grandi !

 

En 1970, sous la direction de Franz-Paul Decker, nommé chef en 1967, l’Orchestre se rend pour la première fois au Japon dans le cadre du festival de l’Expo d’Osaka. Malgré sa notoriété grandissante à l’étranger, l’OSM doit redoubler d’efforts pour se rapprocher du public francophone montréalais. Les nouveaux Concerts pop permettent d’associer l’Orchestre aux grandes vedettes de la chanson. Toutefois, durant la saison 1973-1974, l’institution doit traverser une grave crise financière dont elle se relève notamment grâce au soutien de la collectivité. Lorsque, l’année suivante, Franz-Paul Decker quitte son poste, il laisse un OSM aguerri qui compte désormais parmi les meilleurs orchestres nord-américains ! Rafael Frühbeck de Burgos lui succède pour une seule saison ; il aura le privilège de diriger la formation, maintenant réputée, dans sa toute première prestation au prestigieux Carnegie Hall de New York.

À la conquête du monde (1980-2000)

L'OSM reçoit un disque platine pour son Boléro. 1984. © Jean-Claude Adam

Un orchestre aguerri à la stature internationale

 

En 1980, l’OSM ouvre un nouveau chapitre de son histoire en signant un important contrat d’enregistrement avec la maison Decca. Sous la direction de Charles Dutoit, grand spécialiste des répertoires français et russe, l’Orchestre réalise, dès 1980, un premier enregistrement numérique – rarissime pour l’époque – à l’église de Saint-Eustache. Le disque Daphnis et Chloé de Ravel, d’abord pressé en vinyle (1981), puis gravé sur CD (1984), rafle de nombreux prix internationaux. Ensuite, le fameux Boléro de Ravel obtient un disque platine au Canada tandis que Les Troyens de Berlioz décroche un Grammy. L’OSM, qui multiplie les enregistrements comme peu d’autres orchestres dans le monde, va dès lors enchaîner les tournées internationales. Cette consécration ne l’empêche toutefois pas de rester fidèle à son public en lui offrant, chaque été, des concerts dans les parcs avec, en rappel, le toujours très populaire Boléro.

Le XXIe siècle (2000)

Kent Nagano, Directeur musical de l'OSM de 2006 à 2020.

En quête de nouveaux sommets et au cœur de la communauté

 

Après un intérim assuré avec brio par Jacques Lacombe, Kent Nagano prend la barre de l’OSM qui, après une éclipse de six ans, renoue avec les tournées internationales. En 2011, événement majeur, l’OSM inaugure la Maison symphonique, une salle à l’acoustique enfin digne de son résident. Trois ans plus tard, le Grand Orgue Pierre-Béique est dévoilé au public de mélomanes. Tandis que l’OSM connaît ses premières webdiffusions sur différentes plateformes, il continue à enregistrer et décroche un Diapason d’or pour l’enregistrement de L’Aiglon. Parmi les réalisations dont Kent Nagano et l’OSM peuvent se montrer fiers, notons les tournées au Nunavik en 2008 et en 2018, la mise sur pied du programme La musique aux enfants, la création du festival la Virée classique et, à l’été 2018, la toute première présence de l’OSM au célèbre Festival de Salzbourg !