L’OSM et Ariane Moffatt font chanter les écoles du Québec

L’OSM est fier de s’associer cette année à Culture pour tous dans le cadre du projet Une chanson à l’école. Ce projet rassembleur permet de faire découvrir aux enfants du primaire à travers le Québec une chanson originale écrite spécialement pour eux par un·e artiste. Cette année, Ariane Moffatt a composé Ensemble, sensibles, une chanson rythmée, dansante et optimiste qu’elle interprète en compagnie de l’OSM.

Dès la rentrée scolaire, la chanson va voyager à travers la province et insuffler de l’espoir à tous les jeunes dans le contexte difficile qu’ils connaissent présentement. Les écoles et enseignants participant au projet recevront des trames sonores, des suggestions chorégraphiques ainsi qu’un guide pédagogique pour exploiter tout le potentiel de bonheur que contient cette chanson aux couleurs symphoniques.

Comme le rappelle Madeleine Careau, « cette magnifique chanson, c’est une façon pour les élèves d’être ensemble, comme avant, regardant vers l’avenir. L’Orchestre a toujours été présent auprès des jeunes, par sa mission d’éducation et d’accessibilité; c’est donc un réel bonheur pour nous tous de faire partie de ce projet rassembleur ». Ensemble, sensibles a été enregistrée à la Maison symphonique avec Ariane Moffatt et l’OSM sous la direction de Thomas Le Duc-Moreau, le 21 avril dernier.

Le chant des oiseaux, une source d’inspiration intarissable

par Benjamin Goron

À travers l’histoire, l’être humain a toujours été fasciné par le chant des oiseaux et sa grande diversité de timbres, de hauteurs et de motifs mélodico-rythmiques. Que ce soit par l’imitation, la parodie, la transcription ou même l’intégration d’enregistrements, les compositeurs ont donné une place à part aux oiseaux dans le répertoire musical. L’œuvre d’Andrea Tarrodi présentée lors du concert dirigé par Dalia Stasevska s’inscrit donc dans une longue tradition dont nous présentons ici une sélection succincte.

Dans cette pièce de la Renaissance, le polyphoniste français Clément Janequin rivalise d’imagination pour recréer des bruits d’oiseaux au sein d’une chanson célébrant le retour du beau temps et commençant par les vers « Réveillez-vous cœurs endormis ».

De nombreux clavecinistes baroques ont cherché à reproduire les caractères et sons des oiseaux dans leurs œuvres, souvent rattachés à des caractères humains (fidélité, frivolité, tendresse…) Dans cette pièce, Rameau évoque plus généralement le gazouillis et l’agitation des oiseaux à travers un motif ornemental qui parcourt toute l’œuvre.

Dans son célèbre Carnaval des animaux, Saint-Saëns évoque plusieurs figures d’oiseaux, cygne, poule ou coucou. Dans « Volière », la mélodie gracieuse et virtuose de la flûte semble fendre l’air de la salle de concert.

Le cygne mériterait à lui seul un article, tant il a inspiré les compositeurs à travers le temps. Le poème symphonique de Sibelius Tuonelan joutsen fait partie de sa suite Lemminkäinen, une de ses œuvres majeures. La musique évoque un cygne mystique, personnifié par le cor anglais, flottant à travers Tuonela, le Royaume des morts dans la mythologie finlandaise.

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La « Légende des oiseaux » est l’un des Huit chants populaires russes composés par Anatoly Liadov vers la fin de sa vie. La mélodie pleine de suspense contraste avec les piaillements d’oiseaux disséminés parmi les vents.

Messiaen a passé une partie de sa vie à étudier les chants d’oiseaux du monde entier. On en retrouve les échos dans son Traité de rythme, de couleur et d’ornithologie, condensé de l’œuvre et de la pensée de l’artiste. Oiseaux exotiques, pour piano et petit orchestre, est inspiré des chants d’oiseaux d’Asie du sud, d’Amérique du nord et du sud.

Pour son œuvre Cantus Arcticus, Concerto pour oiseaux et orchestre, le compositeur finlandais Rautavaara a spécialement enregistré des sons d’oiseaux dans l’Arctique. Dans « Joutsenet Muuttavat », l’orchestre se mêle habilement aux enregistrements de la migration des cygnes.

C’est un documentaire de la BBC sur les paradisiers qui a inspiré à la compositrice suédoise Andrea Tarrodi son œuvre Paradisfåglar, pour orchestre à cordes, réarrangée pour orchestre symphonique sous le titre Paradisfåglar II. On ressent dans cette pièce l’ambiance tropicale des forêts qui abritent ces oiseaux aux couleurs et aux mœurs étonnantes.

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C’est donc la tête pleine de chants d’oiseaux que vous pouvez réserver votre concert Aurores boréales : Dalia Stasevska dirige Tchaïkovski et Sibelius, en webdiffusion du 27 avril au 11 mai 2021.

Une symphonie afro-américaine à la recherche d’ouvertures

par Benjamin Goron

Durant les années 1930, une poignée d’artistes afro-américains parviennent à se hisser au sommet de leur art malgré un système social profondément défavorable à leur épanouissement. Exemples de courage, d’engagement et de persévérance, ils constituent autant de modèles pour les générations suivantes tout en ouvrant dans nos horizons artistiques des avenues différentes. Alors que le prochain concert de l’OSM met en lumière une œuvre de l’un d’entre eux, voici quatre figures qui ont été des pionniers dans le domaine de la musique classique, mais qui retiennent également toute notre attention par leur engagement pour les droits des Afro-Américains, la paix ou encore l’égalité entre les êtres humains.

Paul Robeson (1898-1976)

Paul Robeson

Après un parcours universitaire en droit auréolé d’excellence, Paul Robeson renonce à une carrière d’avocat en raison du racisme quotidien dont il est témoin et se tourne vers le théâtre. En 1925, les États-Unis découvrent une voix de basse exceptionnelle dans la chanson « Ol’ Man River » de la comédie musicale Showboat, ce qui lui ouvre les portes d’une carrière internationale qui culminera avec le rôle d’Othello dans la tragédie shakespearienne à Londres et à New York. Son répertoire comprend autant des arias d’opéra, des negro spirituals que des mélodies populaires. Durant toute sa vie, Robeson dénonce la situation des Afro-Américains et milite pour la paix. Son engagement ainsi que sa proximité avec le parti communiste de l’Union soviétique lui vaudront d’être censuré et interdit de voyager dans les années 1950.

Marian Anderson (1897-1993)

Marian Anderson

Refusée dans les écoles de musique du fait de sa couleur de peau, Marian Anderson reçoit néanmoins le soutien de professeurs qui constatent son talent vocal exceptionnel. Après avoir remporté le premier prix d’un concours de chant de l’Orchestre philharmonique de New York, elle fait carrière comme chanteuse lyrique, principalement en Europe dans les années 1930 où elle est considérée comme l’une des meilleures contraltos de sa génération. En 1939, alors qu’on lui interdit la location d’une salle de concert à Washington, elle reçoit le soutien de la première dame Eleanor Roosevelt et chante quelques semaines plus tard devant 75 000 personnes. Elle est également la première Afro-Américaine à chanter au Metropolitan Opera en 1955.

Florence Price (1887-1953)

Florence Price
Florence Price

Originaire de l’Arkansas, Florence Price suit un parcours musical admirable qui la conduit, à 23 ans seulement, à la tête du département de musique de la Clark University d’Atlanta. Dans les années 1920, sa famille quitte la région en proie à de nombreux incidents de nature raciale pour s’installer à Chicago. Price embrasse alors la carrière de compositrice, remportant plusieurs prix et s’imposant comme une pionnière dans le domaine. Elle est la première Afro-Américaine à être jouée par un orchestre de premier plan aux États-Unis (Chicago, 1933), et laisse un vaste répertoire avec notamment quatre symphonies, trois concertos, plusieurs poèmes symphoniques et de nombreuses œuvres vocales, pour orgue et pour piano.

William Grant Still

William Grant Still (1895-1978)

Après avoir étudié la composition auprès de George Chadwick à Boston et Edgar Varèse à New York, William Grant Still fait d’abord carrière comme arrangeur et orchestrateur pour le théâtre, la radio et les comédies musicales de Broadway. Il compose sa première symphonie en 1930, la première œuvre d’un Afro-Américain à être jouée par un grand orchestre américain (Eastman-Rochester, 1931). Il est également le premier Afro-américain à diriger un grand orchestre aux États-Unis (Los Angeles, 1936). Dans toute son œuvre, Still incorpore des éléments de la tradition musicale afro-américaine au langage classique occidental, et les sujets de ses œuvres sont souvent reliés à la condition de la population afro-américaine aux États-Unis. Il laisse derrière lui cinq symphonies, sept opéras et de nombreuses œuvres de chambre, pour piano et pour le cinéma. Sa Symphonie no 2 « Song of a new race » est en webdiffusion du 20 avril au 4 mai 2021 dans le cadre du concert Barber et Still : sonorités américaines, sous la direction de Thomas Le Duc-Moreau.

Une journée de répétition avec Rafael Payare

L’OSM vous propose de découvrir, grâce à des photos, une journée de répétition avec le nouveau directeur musical de l’OSM, Rafael Payare. Ces photos ont été prises le 12 janvier 2021 dans le cadre des répétitions du concert Charles Richard-Hamelin et le concerto no 24 de Mozart, entre délicatesse et profondeur.

9h45

Rafael Payare et son épouse, la violoncelliste Alisa Weilerstein, arrivent à la Maison symphonique pour une journée de répétition.

Après s’être conformé au protocole sanitaire mis en place par la Maison symphonique, Maestro Payare s’installe dans sa loge et passe en revue le programme de la journée.

10h

Rafael Payare entre sur la scène de la Maison symphonique pour la première répétition de la journée. La matinée est consacrée à deux œuvres teintées de magie et de féerie, Fairytale Poem de la Russe Sofia Gubaidulina ainsi que Ma mère l’Oye de Ravel.

Le maestro et le violon solo Andrew Wan partagent leurs points de vue sur certains passages musicaux. La collaboration entre le chef et le violon solo est essentielle pour créer la magie lors du concert.

13h15

L’après-midi est réservée à la répétition du Concerto pour piano no 24 de Mozart avec le pianiste québécois Charles Richard-Hamelin. Il s’agit de la première rencontre entre les deux artistes.

Avant de rejoindre l’orchestre, Rafael Payare découvre l’interprétation du pianiste et lui donne quelques indications.

14h

Rafael Payare et Charles Richard-Hamelin rejoignent les musiciens sur scène pour la répétition, sous l’œil attentif du chef assistant de l’OSM, Thomas Le Duc-Moreau. Après une journée bien remplie de musique, Rafael Payare règlera les derniers détails en vue de la captation du lendemain.

Marie-Nicole Lemieux, une saison dans la famille OSM

TRAJECTOIRES MUSICALES : DES FEMMES D’EXCEPTION

Contralto invitée sur les prestigieuses scènes du monde entier, Marie-Nicole Lemieux est artiste en résidence à l’OSM* pour la saison 2020-2021. Cette résidence a été l’occasion pour elle de se produire pour la première fois avec l’Orchestre en formation de chambre cet automne dans un programme de musique française, nous aurons le plaisir de l’entendre encore à plusieurs reprises dans les prochains mois.

Une enfance mélodieuse

Marie-Nicole Lemieux naît à Dolbeau en 1975 dans une famille où il fait bon chanter : « J’ai toujours vu mes parents chanter en duo, le chant est associé au bonheur familial. Je ne peux pas imaginer une maison où ça ne chante pas! » On écoute Nana Mouskouri, Claude François, Michel Fugain mais aussi de la musique classique. Son père aime particulièrement les ténors comme Richard Verreau ou Raoul Jobin et un beau jour, il rentre du travail avec un 33 tours de Luciano Pavarotti qui va changer bien des choses. La fugue du « Sanctus » issu du Requiem de Fauré séduit la petite Marie-Nicole âgée de dix ans : « on est comme au paradis », se dit-elle alors. De cet enregistrement naît le goût, la passion et la curiosité pour la musique classique chez celle qui deviendra l’une des plus grandes contraltos de sa génération.

Les portes du Reine Elisabeth

Après un parcours exemplaire au Conservatoire de musique de Chicoutimi, l’arrivée du nouveau millénaire sourit grandement à Marie-Nicole Lemieux, qui, fonceuse et déterminée, enchaîne victoire sur victoire lors de plusieurs concours. C’est toutefois son triomphe au concours Reine Elisabeth de Bruxelles en 2000 – l’un des plus prestigieux au monde – qui constituera son plus bel accomplissement de l’époque, lui ouvrant les portes du continent européen… et de l’OSM! Rapidement, elle diversifie son répertoire, mêlant lieder, mélodies, opéras baroques, musique sacrée puis opéra et fréquente les plus grandes salles du monde.

« Mon OSM »

Depuis 20 ans, Marie-Nicole Lemieux entretient une relation toute spéciale avec l’OSM, ayant été invitée à se produire presque chaque année. Lors des dernières saisons, sa voix a resplendi notamment dans le Requiem de Verdi, la Symphonie « des mille » de Mahler, la Messe en si mineur de Bach et les Wesendonck Lieder de Wagner, en tournée européenne avec l’OSM. Si bien qu’elle n’hésite pas à appeler l’Orchestre «mon OSM»! Le statut d’artiste en résidence est donc la continuité d’une relation privilégiée avec cette artiste d’exception, qui aura l’occasion de ravir le public le 12 janvier prochain en interprétant le Poème de l’amour et de la mer d’Ernest Chausson.

* Artiste en résidence généreusement parrainée par La Fondation Rossy

Rafael Payare, la musique comme souffle vital

Chef charismatique recherché par les plus prestigieux orchestres, le Vénézuélien Rafael Payare deviendra le directeur musical désigné pour la prochaine saison et donnera son premier concert à titre de 9e directeur musical de l’histoire de l’OSM lors de la saison 2022-2023. L’Orchestre l’a invité à plusieurs reprises à la Maison symphonique ainsi qu’au Festival de Lanaudière ces dernières années, où il a pu démontrer l’étendue de ses talents de direction. Artiste en résidence à l’OSM* pour la saison 2020-2021, Rafael Payare s’est déplacé en famille à Montréal pour diriger trois concerts diffusés en janvier et février.

Du cor à la direction d’orchestre

Rafael Payare est né au Venezuela en 1980. Il apprend la musique dès l’âge de 14 ans grâce au célèbre programme El Sistema et jette son dévolu sur le cor français, instrument qu’il perfectionne au point de devenir cor solo du prestigieux orchestre symphonique de jeunes Simón Bolívar. Lors d’une visite du chef d’orchestre Giuseppe Sinopoli, Payare est fasciné par la manière dont celui-ci obtient ce qu’il veut des musiciens sans parler un seul mot d’espagnol. L’intérêt pour le métier de chef d’orchestre le gagne…

 

Un chef à cheval entre l’Europe et l’Amérique

À partir de 2004, il entame sa formation en direction d’orchestre avec José Antonio Abreu et dirige rapidement à travers tout le Venezuela, y compris l’Orchestre Simón Bolívar qu’il emmène en tournée canadienne en 2009. 2012 est une année charnière : Payare remporte le premier prix du concours international de direction de Malko, ce qui lance sa carrière internationale. Entre 2014 et 2019, il est directeur musical de l’Orchestre d’Ulster puis devient directeur musical de l’Orchestre symphonique de San Diego dès l’automne 2019.

« C’est un artiste prodigieux, qui allie le don d’une rare perfection sonore à une sensibilité profonde, délicate, intense, frémissante » – Le Monde

Un accord parfait avec le violoncelle

Depuis août 2013, Rafael Payare est marié à la violoncelliste soliste Alisa Weilerstein. Comme les deux artistes souhaitent passer le plus de temps possible ensemble, il est fréquent de les voir partager la scène à l’occasion d’un concerto. Ce sera notamment le cas en janvier, où Alisa Weilerstein interprètera le Concerto pour violoncelle de Chostakovitch! Faisant un pont entre leurs origines, les deux artistes partagent d’ailleurs leur vie entre Caracas et Berlin.

 

Précision, sensibilité, charisme

Ce n’est pas par hasard si Rafael Payare cite le chef argentin Carlos Kleiber comme un modèle de direction. Comme Kleiber, Rafael Payare est doté d’une grande sensibilité musicale qui s’incarne dans tout son corps lorsqu’il est sur le podium, et sa technique de direction est d’une fluidité et d’une précision redoutables. Alliant raffinement et dévouement à son art, Rafael Payare a un très bel avenir devant lui… Sa résidence avec l’OSM sera l’occasion de faire plus ample connaissance avec lui, autour de trois concerts diffusés au cours des prochaines semaines, dont le premier sera présenté gratuitement le dimanche 10 janvier. Le prochain directeur musical de l’OSM dirigera alors Le carnaval romain de Berlioz et la Symphonie no 1 en do mineur, op. 68 de Brahms.

« Chaque fois qu’on joue de la musique, il faut le faire avec un engagement et une authenticité des plus complets, comme si on prenait notre dernier souffle. » – Rafael Payare

* Artiste en résidence généreusement parrainé par La Fondation Rossy 

Ana Sokolović : penser la musique en couleurs

Artiste en résidence généreusement parrainée par La Fondation Rossy

Attirée par l’expression artistique dès son plus jeune âge, Ana Sokolović suivait déjà des cours de ballet classique à quatre ans, avant de se tourner vers le théâtre et, enfin, vers la musique. Elle apprend d’abord le piano, avant de se consacrer à la composition vers l’âge de 16 ans. Fuyant le climat politique instable qui envahissait alors la Yougoslavie, elle s’installe à Montréal en 1992. C’est là, à l’Université de Montréal, qu’elle a complété auprès de José Evangelista des études de maîtrise en composition.

Sa carrière prend rapidement son envol à Montréal. Dès 1995, sa pièce Ambient V est inscrite à un programme de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), puis elle compose Cinq locomotives et quelques animaux pour l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+). Par la suite les commandes se succèdent : Quatuor Molinari, Orchestre baroque de Montréal, quintette à vent Pentaèdre, etc. En 2001, l’OSM lui commande une première œuvre, ce sera Oro, dont la création est donnée au Théâtre Maisonneuve sous la direction de Charles Dutoit. L’orchestre joue sa musique l’année suivante lors du Concours musical international de Montréal et lui commande une nouvelle œuvre en 2007 ; son Concerto pour orchestre accompagne l’OSM et Kent Nagano en tournée canadienne. Le répertoire d’Ana Sokolović s’était déjà fait entendre à l’extérieur du Québec grâce à des commandes du Esprit Orchestra (1999), de la société Soundstreams (2001) ou de l’ensemble Arraymusic (2002), sans oublier le Queen of Puddings Music Theatre, de Toronto, pour qui elle a composé trois opéras dont le premier, The Midnight Court (2005), a été présenté à la Royal Opera House de Londres.

La musique d’Ana Sokolović trouve son public à chaque fois, le séduisant par les rythmes du folklore des Balkans dont elle garde la trace, par les couleurs chatoyantes dont elle se pare ou les images ludiques qu’elle évoque. En avril 2012, alors que s’achevait la série hommage que lui avait consacré la SMCQ, la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, Madame Christine St-Pierre, déclarait Ana Sokolović « trésor national », une reconnaissance arrivant après plusieurs autres, et avant celle que lui offrait la Fondation Émile-Nelligan en 2015 en lui remettant le prix Serge-Garant. Lauréate des JUNO saluant la composition classique de l’année au Canada en 2019 et en 2020, la compositrice a rejoint en août 2020 le prestigieux catalogue de la maison d’édition musicale internationale Boosey & Hawkes.

Réjean Beaucage

Entrevue avec Thomas Le Duc-Moreau, chef assistant de l’OSM

À l’occasion du Mois de la jeunesse à l’OSM, le chef assistant Thomas Le Duc-Moreau, revient sur la manière dont la musique a façonné son cheminement de vie. À seulement 26 ans, il est l’un des contacts privilégiés avec les enfants à l’OSM, dirigeant les Matinées Jeunesse et donnant des ateliers de direction d’orchestre dans les écoles, entre autres. Mais cette vocation musicale n’est pas le fruit du hasard. La musique coule dans les veines de Thomas depuis son plus jeune âge! Entre retour sur les souvenirs, regard vers l’avenir et bienfaits de la musique dans le développement humain, voici le fruit de notre discussion avec Thomas Le Duc-Moreau.

1. Quel est ton souvenir le plus marquant dans ton apprentissage de jeune musicien ?

Ce sont mes cinq années passées à l’école primaire Le Plateau, à Montréal, qui est une école à vocation musicale. Nous y faisions de la musique presque deux heures par jour, toujours en situation de groupe. Pendant cinq ans, la musique a été pour moi une expérience communautaire axée sur le travail d’équipe. J’en étais complètement passionné ! Je me rappelle encore les chansons apprises en 2e année, alors que j’avais 7 ans. À partir de là, j’ai toujours trouvé mon plaisir en musique dans le partage avec les autres et la volonté d’un groupe de se dépasser pour faire de belles et grandes choses !

2. La musique permet de voyager, dit-on… Tu as pu expérimenter cela au sens littéral étant plus jeune, d’abord en en France avec l’école Joseph-François-Perrault puis en Chine avec l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal. Qu’est-ce que ces voyages t’ont apporté, en tant que musicien mais aussi en tant qu’individu?

Lorsque j’étais à l’école Joseph-François-Perrault, j’ai eu la chance de faire 3 tournées en France de plus de 3 semaines… et pratiquement toutes payées par la Fondation du programme de musique ! La première a duré 23 jours, j’avais alors 13 ans. C’était assez long sans ma famille. J’y ai développé un grand sens des responsabilités, car je devais m’occuper de ma valise, de mon passeport, en plus de découvrir la cuisine des nombreuses familles françaises où j’étais accueilli ! D’autant plus qu’à 13 ans, on n’aime pas manger de tout… Finalement, je n’ai plus été difficile avec la nourriture après ce voyage.

Lorsqu’on fait une tournée en tant que musicien, ça nous permet généralement de décrocher des tracas de la vie quotidienne et de simplement vivre le moment présent. Aussi, nous faisons de nombreux concerts avec le même répertoire, ce qui nous permet d’approfondir l’interprétation des œuvres. À Joseph-François-Perrault, nous jouions le dernier concert de la tournée pratiquement sans nos partitions, tellement nous connaissions intimement les pièces !

3. Aujourd’hui, tu rends la pareille en donnant toi-même, du haut de tes 26 ans, des ateliers aux enfants et aux jeunes musiciens. Peux-tu nous parler de l’atelier donné dans le cadre du projet OSMose ?

Le projet OSMose vise à donner des ateliers de musique et de danse à des jeunes présentant un trouble du spectre de l’autisme. Dans le cadre de ce projet, j’ai un atelier de direction d’orchestre avec les jeunes participants. Il s’agit de montrer aux jeunes les bases de la gestuelle de la direction d’orchestre, et de leur faire comprendre la notion de tempo. C’était un grand plaisir pour moi de rencontrer les jeunes de l’école Saint-Étienne, et j’ai très hâte de pouvoir les revoir et de poursuivre le projet avec eux !

4. Tu as également eu la chance de diriger un orchestre entier de jeunes musiciens lorsque tu étais en tournée avec l’OSM au Chili à l’automne 2019. Cela devait constituer tout un défi ! Peux-tu nous raconter comment ça s’est passé ?

J’ai absolument adoré participer à cet atelier ! Nous avons joué un mouvement de la Sérénade pour cordes de Tchaïkovski, qui est une des plus belles œuvres pour orchestre à cordes jamais écrites. Avant la répétition, j’étais déjà très excité à l’idée de diriger cette pièce. Dès les premières mesures, j’ai été absolument impressionné par le haut niveau musical des jeunes, et particulièrement par la qualité de leur son. Nous avons travaillé à bien construire les phrases musicales de la pièce, afin que le discours et les émotions soient plus clairs. Malheureusement, nous n’avions que 30 minutes pour la répétition, ce qui était beaucoup trop court pour ce que nous aurions pu faire ensemble.

5. À l’OSM, ton rôle auprès de la jeunesse est important. Peux-tu nous rappeler certaines de tes tâches à l’égard des jeunes en tant que chef assistant ?

Dans le cadre de mon rôle comme chef assistant à l’OSM, je participe à de nombreuses activités de médiation avec les jeunes, dans les écoles. J’aime beaucoup faire l’activité sur la direction d’orchestre, car cela permet aux jeunes de s’initier à la gestuelle du chef d’orchestre et d’avoir un regard différent sur celui-ci la prochaine fois qu’ils regarderont un concert. Les enfants ont beaucoup de plaisir à participer à cette activité, et c’est toujours gratifiant pour moi de pouvoir communiquer ma passion pour la direction d’orchestre. Également, je dirige tous les concerts jeunesse de l’OSM, qui sont une belle introduction au monde musical de l’orchestre symphonique. J’ai moi-même assisté à de très nombreux concerts jeunesse de l’OSM lorsque j’étais petit, car mon école primaire était invitée à y assister.

6. Au regard de ton parcours, quelle morale tires-tu de l’importance pour les jeunes d’être exposés à la musique classique ?

Une des choses les plus importantes est de réaliser qu’on peut créer de belles choses collectivement! Je crois que les jeunes, en faisant de la musique à l’école, avec leurs amis et leur classe, développent un sens du groupe et de la responsabilité, qui les suivra toute leur vie.

7. Dans la période particulière que nous vivons, pourquoi la musique reste fondamentale, essentielle, notamment pour les plus jeunes ?

En cette période d’incertitude, la musique peut agir comme un compagnon de vie en nous inspirant des émotions ou en nous rappelant des souvenirs. Elle nous permet aussi de nous retrouver nous-mêmes, lorsqu’on se sent perdu ; elle peut être une merveilleuse source de recueillement, une confidente.

Visitez la page du Mois de la jeunesse pour en apprendre plus sur toutes les initiatives qui auront lieu lors de la saison 2020-2021 à l’OSM.

Ginastera – Bernstein – Moussa : Œuvres pour violon et orchestre

 

ANDREW WAN
ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL
KENT NAGANO

La célébration d’une collaboration exceptionnelle!

 

 

Enregistré en concert à la Maison symphonique de Montréal en 2019, l’album réunit de grandes œuvres, nommément le Concerto pour violon, op. 30 d’Alberto Ginastera, une partition qui ne requiert pas moins de sept percussionnistes maniant une cinquantaine d’instruments, l’imposante Sérénade pour violon solo, cordes, harpe et percussions de Leonard Bernstein, inspirée du Banquet de Platon, et le Concerto pour violon «Adrano» de Samy Moussa, une création mondiale et commande de l’OSM.

 « Je dois exprimer ma profonde gratitude à David Sela, Kent Nagano et à mes collègues de l’OSM pour avoir accepté d’entreprendre ce projet gargantuesque avec moi. J’aime et je m’identifie, depuis longtemps, à l’intense Sérénade de Bernstein, j’admire profondément la musique de mon ami Samy Moussa, et je suis extrêmement reconnaissant d’avoir découvert le Concerto pour violon de Ginastera – une œuvre exigeante et profonde qui mérite d’être entendue beaucoup plus qu’elle ne l’est présentement » Andrew Wan.

 

« Ce fut une grande joie de réaliser enfin un nouvel enregistrement des œuvres de Ginastera et Bernstein pour violon et orchestre. Ils représentent tous deux des concertos « américains » d’exception. Ces œuvres, jumelées à la création de Moussa, forment une tribune idéale pour mettre en lumière le talent d’Andrew Wan et de l’OSM. Un merci tout spécial à l’OSM, au producteur Carl Talbot, à Analekta et bien sûr à David Sela, un ami visionnaire, dévoué et fidèle à la musique » dit Kent Nagano, ex-directeur musical de l’OSM.

 

Cet enregistrement est rendu possible grâce au généreux soutien de Monsieur David B. Sela.

 

 

 

LIENS

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MUSIQUE D’UN AUTRE MONDE

Le téléscope Hubble, observateur de l’univers, en orbite autour de la Terre

Le 13 octobre prochain, l’OSM dirigé par la chef finlandaise Susanna Mälkki vous invite à un décollage dans l’espace avec un concert galactique. Après une Ascension de Messiaen avec l’organiste Jean-Willy Kunz, vous vous retrouverez en orbite et verrez défiler chacune des Planètes du compositeur anglais Gustav Holst. Cette œuvre très imagée et directe confère à chaque planète un caractère musical propre. Véritable succès jamais démenti, il a inspiré de très nombreux compositeurs de musique de film et constitue une voie d’accès privilégiée à la découverte de l’univers classique. Mais l’espace a inspiré les compositeurs à toutes les époques! Nous vous proposons de découvrir un échantillon de ces musiques entre ciel et terre…

Les piliers de la Création, dans la nébuleuse de l’aigle, photographiée par le téléscope Hubble en 2014

Depuis des temps immémoriaux, l’homme a levé son regard vers le ciel avec un respect mêlé de crainte, habité par un sentiment d’émerveillement et de mystère. Inévitablement, il allait tenter de traduire sa conception de l’espace dans des réalisations artistiques, en musique, par exemple. Les planètes de Gustav Holst, une suite pour grand orchestre en sept mouvements, demeurent de loin l’œuvre la plus connue de ce type de répertoire. D’autres compositeurs ont écrit des séries de pièces sur le même thème : les Canadiens Walter Boudreau (pour piano solo) et Denis Gougeon (pour divers instruments solos), ainsi que les Américains Richard Burdick (pour cor solo) et Kyle Gann (pour ensemble instrumental). Holst a exclu la Terre de sa suite, et la planète Pluton n’avait pas encore été découverte lorsqu’il écrivit Les planètes (1914-1917), mais après lui, des compositeurs ont mis l’épaule à la roue en proposant un mouvement « Pluton ». En 1997, l’Américaine Margaret Brouwer compose Pluto : A Sequel to Holst’s ‘Planets’ et, trois ans plus tard, le Britannique Colin Matthews complète le cycle avec Pluto, the Renewer, une commande de Kent Nagano.

Avec notre système solaire telle une rampe de lancement, poussons plus loin notre exploration de l’espace avec des compositions comme Halley’s Comet  de Gloria Coates, Supernova de Guillaume Connesson, Meteor Shower de Joel Gressel, l’opéra Aniara – un voyage dans l’espace – de Karl-Birger Blomdahl, Sfærernes Musik (Musique des sphères) de Rued Langgaard, d’André Jolivet et Journey to the Stars de Gunther Schuller.

Les Canadiens se sont montrés très prolifiques dans leur représentation des objets et des phénomènes célestes. Outre les œuvres citées plus haut, mentionnons trois compositions d’Alexander Brott (Spheres in Orbit , Astral Vision et Aurora borealis) et trois de Claude Vivier (l’opéra Kopernikus, Orion et O ! Kosmos), sans oublier celles de Coulthard (Image astrale) , John Estacio (Solaris), Malcolm Forsyth (Sagittarius), Alexina Louie (Music for Heaven and Earth), Andrew MacDonald (Pleiades), Alex Pauk (Cosmos), Clermont Pépin (Quasars) et R. Murray Schafer (Scorpius).

Trois symphonies d’un intérêt universel complètent ce rapide survol des musiques d’un autre monde : la Universe Symphony (inachevée) de Charles Ives, la symphonie Die Harmonie der Welt (L’harmonie du monde) d’Hindemith et la Universe Symphony du Canadien Steven Gellman.

Voilà assez d’œuvres pour rester en apesanteur pendant longtemps ! En attendant le concert webdiffusé sur osm.ca le 13 octobre, vous avez donc bien des années-lumière à parcourir en compagnie de cette musique de l’espace!

© Robert Markow et Benjamin Goron