Kent Nagano saison 1920

À bien des égards, la prochaine saison de l’Orchestre symphonique de Montréal revêtira un caractère particulier.

En effet, la saison 2019-2020 sera façonnée par l’expression de l’inépuisable créativité humaine, de l’optimisme et de la spiritualité ainsi que par une esthétique délibérément provocatrice et quelques questions existentielles. Elle marquera aussi la 16e et dernière saison que j’aurai l’honneur et le privilège de présider à titre de directeur musical de l’OSM, dont les deux premières comme directeur musical désigné.

« Toute bonne chose a une fin », dit l’Ancien Testament. Toute activité humaine a un commencement et une fin, tout comme chaque œuvre musicale, ou chaque concert que vous présente notre Orchestre comporte une ouverture et une conclusion.

Presque vingt ans après ma toute première collaboration avec l’OSM à titre de chef invité, la saison 2019-2020 fournit à l’Orchestre une nouvelle occasion de proposer des thèmes, des points de vue et des expériences d’une grande richesse : nous espérons qu’ils soient pour notre auditoire une source d’émerveillement et de vitalité tout en demeurant extrêmement pertinents dans le contexte de la vie moderne.

Le cycle Schubert, par exemple, représentera une première dans l’histoire de l’OSM. Il s’agit d’une célébration dont la pierre angulaire repose sur l’intégrale des symphonies de Schubert. Quelques-uns des lieder qui l’ont rendu célèbre compléteront le corpus et la musique d’autres compositeurs permettra de le mettre en contexte. Cette approche reflète fidèlement les pratiques et l’esthétique populaire de l’époque de Schubert et elle met en valeur le courage et l’esprit novateur qui caractérisent son génie.

En outre, pour rendre hommage à cet éminent compositeur français du XXe siècle qu’est Olivier Messiaen, l’OSM offrira une rare occasion d’entendre ses Trois petites liturgies.

En donnant une voix aux figures les plus marquantes de la musique, comme nous l’avons fait avec Bach, Haydn, Mozart, Beethoven, Brahms, Bruckner, Mahler et autres compositeurs, nous proposons des moments privilégiés pour apprécier la richesse et la profondeur de la musique classique. En effet, les oeuvres des grands compositeurs de la musique occidentale constituent la substance même de la vie des concerts philharmoniques, et ce, en raison de leur envergure et de leur capacité à instaurer une tradition.

Chaque fois que nous revisitons les chefs-d’œuvre incomparables qui ont modelé et orienté le développement de ce répertoire essentiel, nos compétences, notre compréhension de la musique et notre sensibilité d’interprètes s’en trouvent vivifiées.

L’orchestre est une métaphore de la société contemporaine : comme elle, il s’enrichit de la diversité des âges, des expériences et des origines de ses membres. L’OSM reproduit les traits distinctifs de la société montréalaise et québécoise. La « philharmonie » — ou « amour de l’harmonie » — nous rassemble autour des concerts. Nous devenons les témoins du caractère unique et grandiose de la puissance créatrice qui s’exprime dans la musique, ici et maintenant.

La communion de l’OSM avec son public permet de dynamiser le répertoire symphonique, mettant en valeur sa richesse et son histoire, puis l’actualise dans notre culture québécoise moderne. Il en résulte une tradition orchestrale parmi les plus vivantes dans le monde d’aujourd’hui.

Au début de ma collaboration avec l’OSM, l’ensemble tentait de gérer de nombreux impondérables ; il planifie maintenant le futur avec confiance. Dans l’intervalle, le soutien et la participation de la communauté ne se sont jamais démentis. Ce qui m’a vivement impressionné, c’est qu’un si grand nombre de représentants des milieux politique et des affaires, d’organismes divers et d’individus — en somme, ceux qui font la spécificité de la culture montréalaise et québécoise — adhèrent à une vision positive de la musique.

Il suffit de penser aux occasions où l’OSM a fait salle comble à Wilfrid-Pelletier, au Centre Bell et au Stade olympique, ou encore aux extraordinaires concerts d’inauguration de la Maison symphonique et du Grand Orgue Pierre-Béique. Pensons aussi à la réussite de notre nouvelle série de musique de chambre, à la création du Choeur de l’OSM, au succès stupéfiant de la Virée classique et au programme La musique aux enfants dans l’arrondissement de Montréal-Nord. Voilà autant de manifestations d’une culture foisonnante.

Tels des jalons sociaux et culturels sur notre parcours, d’importantes initiatives, des réalisations remarquables, de prestigieux prix, des événements inédits ont donc marqué ces années de collaboration. Pourtant, l’histoire seule déterminera ce qui doit subsister, le cas échéant, dans la mémoire collective. Le temps nous révélera si la tradition de l’OSM se sera épanouie, si elle aura évolué de manière sensible au cours des dernières années. Les mélomanes montréalais ont-ils gagné à fréquenter l’univers prodigieux de la musique ? Ont-ils vécu des expériences musicales innovantes ? Ont-ils acquis une meilleure compréhen­sion des précieux attributs de la musique classique ? À l’échelle de l’auditoire, de la communauté et de l’orchestre que nous formons, sommes-nous plus près les uns des autres ?

À mon avis, ce dont l’OSM et la population en général peuvent s’enorgueillir à juste titre, c’est d’avoir su cultiver un public parmi les plus jeunes, diversifiés, raffinés et inclusifs de toute l’Amérique du Nord, voire à l’échelle mondiale. De concert avec le conseil d’administration, la direction et toute l’équipe, nous avons réussi à favoriser à la fois l’évolution artistique de l’Orchestre et sa santé financière, au point que nous nous présentons maintenant tel un organisme solide, stable, d’une vigueur exceptionnelle et tourné vers l’avenir. Il s’agit d’une transformation radicale en regard de ce qu’il était il y a 16 ans à peine. Montréal s’est positionnée une fois de plus comme un leader visionnaire de stature internationale, assumant son rôle tant dans la sphère culturelle que sociale.

Enfin, sur un ton plus personnel, ma famille et moi-même avons été vivement touchés par le généreux accueil des Québécois : une aura toute spéciale entourait nos concerts et nous avons ressenti la chaleur, la vitalité et l’esprit d’ouverture formidables de notre public ainsi que de la communauté en général. Nous tenons à vous exprimer notre profonde gratitude pour ce don sans cesse renouvelé de votre amitié, notre source d’inspiration.

Je vous souhaite de nombreuses expériences musicales empreintes de beauté et d’émotions au cours de la saison 2019-2020 de l’OSM.

 

Merci à tous, vive Montréal, vive le Québec, vive l’OSM !

KENT NAGANO