Soirée présentée par ESTIATORIO MILOS

Le fantôme de l'opéra

Événement OSM+

Maison symphonique de Montréal
Prix des billets
48$* à 81$*
Dates de ce concert
Vendredi 31 Octobre 2014 - 20h00 Terminé
Samedi 1 Novembre 2014 - 20h00 Terminé
Artistes
William O'Meara, organorgue
film, The Phantom of the Opera by Rupert Julian (1925)Le fantôme de l'opéra de Rupert Julian (1925)

Présentation du concert

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Projection du film muet de 1925 et improvisation musicale à l'orgue.

Le personnage du Fantôme de l’opéra fascine depuis plus de 100 ans. Gaston Leroux fut le premier à raconter son histoire dans un roman fantastique publié en 1910, mais plusieurs comédies musicales, des adaptations pop, un ballet et de nombreux films y ont ensuite écho. C’est le cas de cette relecture de 1925, réalisée par le cinéaste néo-zélandais Rupert Julian (1879-1943). Bien connu des cinéphiles fréquentant la Cinémathèque québécoise, passé maître dans cet art presque oublié de l’accompagnement du cinéma muet, l’organiste William O’Meara improvisera en direct la musique de ces deux soirées soulignant l’Halloween de majestueuse façon.

LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1925)

UN FILM DE RUPERT JULIAN, D’APRÈS UN ROMAN DE GASTON LEROUX

L’année 2014 aura été marquée par deux événements importants pour les amateurs de vieux cinéma, particulièrement pour les inconditionnels du film Le Fantôme de l’opéra de Rupert Julian, datant de 1925. Un peu moins de cent ans après les premières projections de l’oeuvre dans les grandes salles de cinéma partout dans le monde, juin 2014 marque en effet la mort de la dernière survivante de la distribution, Carla Laemmle, et septembre 2014, la démolition du fameux studio où le film a été tourné, le Sound Stage 28 — une énorme reproduction de l’Opéra de Paris et le plus ancien décor de cinéma qui avait été préservé jusqu’à ce jour. Néanmoins, Le Fantôme de l’opéra, que ce soit au cinéma ou en littérature, demeure une oeuvre culte. En 1909 paraissait la version originale française du roman de Gaston Leroux et, depuis lors, l’histoire en a été reprise un nombre incalculable de fois, y compris sous la forme de comédies musicales et de films dans toutes les langues (au moins 28).

Les temps ont bien changé depuis 1925 ! Aujourd’hui, on visionne à répétition ses films préférés. On en mémorise les dialogues et on écoute les bandes sonores en chantant, sachant que la prochaine fois qu’on verra le film, rien n’aura bougé. Ces éléments font partie intégrante des films que l’on aime : que serait-il advenu du Parc jurassique et de La guerre des étoiles sans les musiques orchestrales si emblématiques de John Williams ? Pourtant, les choses ne se sont pas toujours passées ainsi. Les producteurs hollywoodiens des années 1920 commençaient à exploiter un nouveau médium, le cinéma, qui offrait la possibilité de présenter simultanément le même spectacle dans de nombreux théâtres du monde, mais il était… muet, donc caractérisé par l’absence totale de musique. À défaut de disposer de la technologie permettant de synchroniser une musique amplifiée avec le film projeté, les anciennes salles de cinéma comptaient sur une prestation d’orchestre en direct pour rendre en musique l’esprit dramatique du film. Cependant, dans des villes plus modestes ou quand les orchestres n’étaient pas disponibles, on faisait appel à un organiste-improvisateur; d’ailleurs, plusieurs théâtres étaient dotés d’un orgue précisément à cet effet.

Auparavant, les organistes travaillaient surtout dans les églises où leur art de l’improvisation était largement mis à profit. Une longue tradition remontant jusqu’à J. S. Bach et Buxtehude voulait que les organistes s’inspirent d’une simple harmonisation de choral pour créer spontanément des oeuvres complexes. Ces musiciens devaient en outre être capables d’improviser pour accompagner une procession qui traînait en longueur ou de cadencer de manière impromptue pour mettre fin à un offertoire plus court que prévu. Bien que la corrélation eût paru assez peu orthodoxe à l’époque, les habiletés mêmes qui rendaient un organiste apte au service du culte lui étaient d’une grande utilité au cinéma, ce lieu de rassemblement (d’aucuns diraient « lieu de culte ») qui menaçait la suprématie de l’église en proposant un espace d’évasion collective vers un monde de fantaisie et d’imagination.

Le Fantôme de l’opéra de Rupert Julian faisait justement appel à ces habiletés musicales. À l’occasion des premières à New York et à Los Angeles, le film était accompagné d’un grand orchestre, lequel jouait des pastiches incluant des extraits de Faust; mais il aura certainement bénéficié de la présence de l’orgue dans de nombreuses autres villes des États-Unis. En fait, pour la première à New York, étant donné le rôle prépondérant de l’instrument dans l’intrigue, Universal Studios a fait installer un grand orgue à tuyaux dans l’Astor Theatre pour jouer avec l’orchestre. En l’absence de dialogues, le film misait sur de la musique et des éléments visuels saisissants pour conférer à l’histoire un caractère grandiose et terrifiant. Les immenses décors de l’« Opéra de Paris », conçus pour accueillir des milliers de figurants, contribuaient à faire régner cette ambiance, et furent d’ailleurs réutilisés pour d’innombrables autres films et émissions de télévision comme Dracula (1931), The Sting (1973) et The Muppets (2011). Mais l’élément visuel le plus bouleversant du Fantôme était sans doute le fantôme lui-même, joué par Lon Chaney, qui a insisté pour créer son propre maquillage, se donnant une tête à faire frémir, avec yeux enfoncés, cheveux noirs clairsemés et dents crochues. On rapporte que, à la fameuse scène où Christine (Mary Philbin) enlevait le masque du fantôme, les femmes hurlaient d’horreur dans la salle quand elles ne perdaient pas connaissance.

Un film qui jouit d’un accompagnement musical improvisé conserve en quelque sorte l’excitation des prestations en direct, jamais deux fois pareilles. La progression dramatique et même la caractérisation des personnages s’élaborent le plus souvent dans l’instant, selon l’interprétation de l’organiste. Ainsi, le fait de visionner un film à deux reprises peut donner lieu à deux expériences différentes, un peu comme d’assister deux fois à une pièce de théâtre ou un opéra. L’organiste doit connaître le film, mais se laisser guider par l’inspiration du moment, et miser sur la rapidité de ses réflexes pour donner en musique son interprétation du drame à l’écran. Tandis que les nombreuses bandes sonores cultes qui ont envahi le marché des films modernes se sont gravées pour toujours dans nos mémoires, les accompagnements improvisés, en ce qu’ils font revivre une pratique presque disparue, introduisent de la nouveauté dans nos expériences cinématographiques. Ainsi, nous sommes conviés ce soir à un spectacle unique, impossible à reproduire à la maison, formé d’un mélange inusité de genres représentatifs des années grisantes où Hollywood était à ses débuts, et l’orgue, le roi du cinéma !

© Marc Wieser
Traduction : Le Trait juste (Hélène Panneton)

Séries de ce concert
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