Les grands concerts du jeudi 2 Power Corporation du Canada

HAYDN & ADAMS

HAYDN & ADAMS | MOZART JOUÉ PAR PINCHAS ZUKERMAN

PARTENAIRE DE SAISON

Maison symphonique de Montréal

Admirez des paysages sonores défilés à grande vitesse dans l’œuvre de John Adams, savourez l’élégante virtuosité du plus célèbre concerto pour violon de Mozart et vibrez au son des timbales dans l’avant-dernière symphonie d’Haydn.

PRIX DES BILLETS

A partir de 43$*

JEUDI 19 JANVIER 2017

20h00

COMPLET

Kent Nagano, chef d’orchestre
Pinchas Zukerman, violon

PROGRAMMATION :

Adams, Common Tones in Simple Time (approx. 21 min)

Mozart, Concerto pour violon n° 5 en la majeur, K. 219 (approx. 31 min)

Haydn, Symphonie n° 103 en mi bémol majeur, « Roulement de timbales » (approx. 30 min)

NOTES DE PROGRAMME

HAYDN ET LES MINIMALISTES

 

L’un des principes de base de la musique est la répétition de motifs. Mais les façons de jouer avec ces répétitions diffèrent grandement selon les cultures à travers le monde et, dans la musique classique européenne prise dans son sens large, elles sont passées par plusieurs mutations au cours des âges. Ce qu’on appelle communément le minimalisme, qui émerge aux États-Unis au milieu des années 1960, en représente l’une des phases les plus étonnantes, car il s’agit d’un retour à une extrême simplicité après des siècles de complexification.

 

Dans le répertoire symphonique, Joseph Haydn se trouve à l’origine de ce processus de complexification. C’est lui qui, dès les années 1760, fixa le plan en quatre mouvements : vif – lent – menuet – vif, dans lequel le menuet fut éventuellement remplacé par un scherzo. Mais surtout, par un habile jeu modulant de répétitions variées de motifs tirés d’un ou deux groupes thématiques exposés au départ, c’est Haydn qui révéla les possibilités infinies de la forme sonate et de ses trois parties constituantes, exposition, développement et récapitulation. Avec une inventivité peu commune, il fit de cette forme sonate une matrice universelle qu’il utilisa dans la plupart des mouvements vifs de ses œuvres, comme dans certains mouvements lents. Haydn jeta ainsi les bases d’une tradition qui devait perdurer plus de deux siècles jusque dans les symphonies de Chostakovitch, dont la dernière fut composée en 1971.

 

De là provient l’idée de juxtaposer dans chacun des programmes de ce festival englobant de 4 concerts en 3 jours que vous propose cette semaine l’OSM, une œuvre de l’un des principaux compositeurs minimalistes et l’une des quatre dernières symphonies de Haydn.

 

Pour comprendre ce que représente historiquement le mouvement minimaliste, il faut rappeler qu’au début du siècle dernier la tradition établie par Haydn avait été sérieusement remise en question par la nouvelle musique atonale, et plus particulièrement par les techniques dodécaphoniques et sérielles mises au point par Arnold Schoenberg. Or, devant la montée du nazisme, le Juif qu’était Schoenberg s’exila et passa les quinze dernières années de sa vie à Los Angeles (de 1936 à 1951), où il fut, entre autres, professeur de composition à l’Université de Californie. C’est ainsi qu’au lendemain de la Seconde Guerre, dans les classes de composition des grandes écoles de musique américaines, le sérialisme était presque devenu un passage obligé. Mais au début des années 1960, de jeunes compositeurs américains, tout aussi fascinés par le jazz de leur pays et les musiques d’ailleurs que par la tradition européenne, sentirent le besoin de revenir aux fondements les plus élémentaires et universels du langage musical : la tonalité et la répétition de motifs.

 

JOHN ADAMS

Né à Worcester, au Massachusetts, le 15 février 1947 – Vit à Berkeley, en Californie

 

Common Tones in Simple Time

 

Des compositeurs reconnus comme figures dominantes du mouvement minimaliste américain, John Adams est le plus jeune. Né en 1947, Adams est d’une décennie le cadet de Steve Reich et Philip Glass. Mais ce n’est pas parce qu’il vient après les autres qu’il est moins intéressant. Au contraire, plutôt que de se cantonner au minimalisme, dès le début des années 1980, il en a intégré les conventions dans un langage personnel plus complexe et dans des œuvres orchestrales et lyriques de grande envergure, renouant avec les formes établies par Haydn, mais telles que portées à un sommet par les derniers grands symphonistes allemands comme Mahler, Strauss, ou encore le jeune Schoenberg expressionniste d’avant la rupture avec la tonalité.

 

Composé en 1979, Common Tones in Simple Time précède cependant ce développement stylistique qui fait aujourd’hui de John Adams l’un compositeurs vivants les plus joués dans le monde, tant au concert qu’à l’opéra. Adams l’a lui-même bien expliqué : « Common Tones in Simple Time fut ma première œuvre orchestrale. Comme le titre le suggère, les préoccupations compositionnelles et affectives étaient décidément minimalistes. À la fin des années 1970, il y avait très peu de modèles pour un style orchestral minimaliste. Ainsi, en un certain sens, j’ai ressenti à la fois l’excitation et le défi de m’aventurer en terrain non balisé. Les common tones du titre (c.-à-d. les notes  communes à différents accords) […] créent un sentiment de lente et douce évolution harmonique, comme si tout progressait, pour ainsi dire, sans effort. Une partie du charme de cette pièce réside dans le fait que, sous le mouvement rapide en surface, le mouvement harmonique est au contraire très lent. L’effet qui en résulte, du moins dans mon esprit, donne l’impression de se mouvoir au-dessus d’un ‘terrain’ ou d’un ‘paysage’, comme lorsque l’on regarde la surface d’un continent par le hublot d’un avion. »

 

 

 

WOLFGANG AMADEUS MOZART

Né à Salzbourg, le 27 janvier 1756 – Mort à Vienne, le 5 décembre 1791

 

Concerto pour violon n° 5 en la majeur, K. 219 / Violin Concerto no. 5 in A major, K. 219

 

On oublie souvent qu’avant d’être le pianiste virtuose qui, au début des années 1780, fit la conquête du difficile public viennois avec une éblouissante série de concertos pour piano, Mozart avait été à Salzbourg le konzertmeister de l’orchestre de la cour, c’est-à-dire, premier violon. Le cinquième et dernier concerto pour violon qui nous soit parvenu de lui date de 1775 et plusieurs considèrent qu’il est le plus original. Première originalité : dans l’Allegro aperto initial, entre la première exposition par l’orchestre seul et la seconde avec le soliste, Mozart intercale un surprenant Adagio élégiaque où le violon solo fait son entrée en planant au-dessus d’une douce brise ondulante de ses collègues de l’orchestre. Deuxième originalité : au cœur de l’Adagio central, Mozart nous entraîne dans un parcours harmonique aux dissonances et chromatismes de plus en plus exacerbés, donnant à ce mouvement, au départ relativement serein, une dimension tragique inattendue. Enfin, au milieu du Rondeau conclusif, qui au départ se présente comme un anodin Tempo de menuet (3/4 en la majeur) au lieu du doux trio pastoral habituellement de mise, Mozart fait plutôt surgir un Allegro tumultueux des plus contrastants (2/4 en la mineur), qui a toutes les caractéristiques d’une csárdás, danse paysanne hongroise superbement échevelée. Mais pour certains exégètes, des effets comme les chromatismes montant et descendant vivement en grand unisson et le refrain fortement ponctué à la basse avec le bois de l’archet, correspondraient plutôt au style que l’on qualifiait à l’époque à Vienne d’« alla Turca », d’où le surnom qu’on accole parfois à ce concerto.

 

 

JOSEPH HAYDN

Né à Rohrau, le 31 mars 1732 – Mort à Vienne, le 31 mai 1809

 

Symphonie n° 103 en mi bémol majeur, Hob. I:103, « Roulement de timbales » / Symphony no. 103 in E-flat major, Hob. I:103, “Drum Roll”

 

Si la Symphonie n°103 de Haydn fut surnommée « Roulement de timbales », c’est parce que tout au début, il y en a un, complètement à découvert. Suit une sombre introduction Adagio dont les premières notes font penser à celles du Dies irae. D’abord exposé par les basses, ce motif s’élève ensuite en une émouvante prière, dans les cordes puis dans les bois, avant de retomber dans les basses, s’arrêtant longuement sur la dominante de la tonalité funèbre de do mineur. Mais c’est dans le serein et lumineux ton relatif de mi bémol majeur que le premier mouvement proprement dit prend son envol, Allegro con spirito. Un premier thème virevolte en douce aux cordes jusqu’à ce qu’éclate tutti forte une grande section conclusive qui mène à la dominante. Le second thème semble la suite du premier et Haydn s’amuse dans le développement et la récapitulation à les varier et à les faire alterner avec des tutti forte tantôt festifs, tantôt intempestifs, jusqu’à la coda finale. Avant cette conclusion surviennent un second roulement de timbales solo et le rappel, dans les sombres basses, du funèbre Adagio d’introduction.

 

Le second mouvement, Andante più tosto allegretto, correspond à une forme dont Haydn fut aussi l’un des premiers artisans : les doubles variations. Dans ce cas-ci, les deux thèmes sont relativement semblables : deux marches aux résonnances slaves et paysannes, chacune en deux parties avec reprises, toutes deux en 3/4 et en do, mais la première en mineur et la seconde en majeur. Les variations des deux thèmes alternent en s’intensifiant jusqu’à un climax martial avec cuivres, où les timbales font alors entendre de longs roulements qui justifient aussi le surnom de cette symphonie.

 

Comme dans plusieurs autres des symphonies londoniennes, avec ses nobles ponctuations de cuivres et de timbales, le Menuet semble conçu pour un grand bal princier. Il se distingue toutefois par son trio qui met en valeur les deux clarinettes.

 

Au début du Finale, c’est un puissant appel des cors qui se fait d’abord entendre seul avant de revenir piano sous le thème que lancent en douce les cordes, comme dans le premier mouvement, Allegro con spirito. Dans ce rondo sonate monothématique, l’unique thème revient plusieurs fois comme un refrain, entre des épisodes où son rythme ne cesse de courir d’une section à l’autre de l’orchestre en passant par des modulations de plus en plus audacieuses. Il finit par retrouver la tonalité initiale au début de la récapitulation, mais repart de plus belle dans une sorte de second développement jusqu’au dernier climax de la coda, où se font une fois de plus entendre d’explosifs roulements de timbales. Décidément, cette symphonie mérite bien son surnom.

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