Les grands concerts du mardi BMO

HAYDN & REICH

HAYDN & REICH | RAVEL JOUÉ PAR MARC-ANDRÉ HAMELIN

PARTENAIRE DE SAISON

Maison symphonique de Montréal

Haydn a écrit pas moins de 104 symphonies! Sa dernière symphonie se retrouve ici aux côtés d’une œuvre minimaliste de Steve Reich et du célèbre Concerto en sol de Ravel inspiré par la « vie turbulente de l’Amérique du Nord », qui sera interprété par le pianiste montréalais de réputation internationale Marc-André Hamelin.

PRIX DES BILLETS

À partir de 43$*

MARDI 17 JANVIER 2017

20h00

COMPLET

Kent Nagano, chef d’orchestre
Marc-André Hamelin, piano

PROGRAMMATION :

Reich, Eight Lines (approx. 18 min)
Ravel, Concerto pour piano en sol majeur (approx. 23 min)
Haydn, Symphonie no 104 en ré majeur, « Londres » (approx. 29 min)

NOTES DE PROGRAMMES

STEVE REICH

Né à New York, le 3 octobre 1936 – Vit à Pound Ridge (État de New York)

 

Eight Lines

 

Steve Reich fut l’un des pionniers du mouvement minimaliste et il en demeure encore aujourd’hui l’une des figures iconiques. L’un des premiers procédés qu’il mit au point est ce qu’il appelle le « phasing », soit un même motif répété par plusieurs instrumentistes en même temps, mais décalant progressivement les uns par rapport aux autres avant d’enchaîner avec d’autres motifs qui seront à leur tour déphasés en une sorte de perpetuum mobile.

 

Eight Lines [Huit lignes] en est un parfait exemple. D’abord conçue en 1979 pour un octuor, l’œuvre fut retravaillée en 1983 pour 16 instruments qui se partagent les « huit lignes » en se relayant ou se renforçant les uns les autres : deux pianos, deux quatuors à cordes, deux piccolos et une flûte, ainsi que deux clarinettes et une clarinette basse. C’est une musique dans laquelle on peut percevoir des réminiscences de toutes sortes de traditions musicales, comme les percussions africaines ou encore les premiers contrepoints relativement rythmés sur cantus firmus de l’Europe médiévale. C’est une musique qui semble sans âge et sans frontières, comme si toutes les musiques du monde et des différentes périodes de l’histoire, du fond de l’univers où elles se seraient dispersées sans jamais s’éteindre depuis leurs créations, revenaient vers nous en éclats multiples se répercutant les uns sur les autres en échos infinis. C’est peut-être pourquoi le tout s’arrête brusquement comme si l’on éteignait une radio avant la fin de l’œuvre, qui, elle, poursuivrait virtuellement son cours… ailleurs… sans fin.

 

 

MAURICE RAVEL

Né à Ciboure, le 7 mars 1875 – Mort à Paris, le 28 décembre 1937

 

Concerto pour piano en sol majeur / Piano Concerto in G major

 

En 1928, Maurice Ravel fit une grande tournée en Amérique, alors que George Gershwin entreprit un voyage en Europe au cours duquel il composa l’essentiel de An American in Paris, superbe poème symphonique dans lequel il donna en musique ses impressions de la Ville Lumière. À son retour d’Amérique, Ravel composa pour sa part son éblouissant Concerto pour piano en sol majeur, dont la première eut lieu à Paris en 1932. En début et fin, les deux mouvements vifs semblent si bien traduire la fébrilité des grandes villes américaines que plusieurs se plaisent à sous-titrer ce concerto A Frenchman in New York. Mais dans le mouvement lent central, Ravel réussit un tour de force, qui représente une rare exception confirmant le principe de la répétition de motifs que veut illustrer le festival « Haydn et les minimalistes » de l’OSM. La première partie de cet Adagio assai fait près de cinq minutes et consiste en un solo de piano méditatif dans lequel la main droite déploie une ample et envoûtante mélodie qui ne comporte aucune répétition de motif avant que l’orchestre ne prenne la relève à la 34e mesure. Ravel aura peut-être voulu surpasser ce que Mozart avait lui aussi exceptionnellement fait dans les 19 premières mesures du mouvement lent de son Quintette pour clarinette et cordes (K.581).

 

 

JOSEPH HAYDN

Né à Rohrau, le 31 mars 1732 – Mort à Vienne, le 31 mai 1809

 

Symphonie n° 104 en ré majeur, Hob. I:104, « Londres » / Symphony no. 104 in D major, Hob. I:104, “London” 

 

La 104e et dernière symphonie de Joseph Haydn n’est pas la seule qui mériterait l’étiquette de « Londres » et il serait sans doute excessif d’y chercher les impressions d’un Austrian in London. Haydn écrivit en effet ses 12 dernières symphonies en prévision de concerts donnés au cours de deux voyages qu’il fit vers la fin de sa vie dans la capitale britannique. Composée en 1795, cette toute dernière symphonie illustre à merveille l’aboutissement chez le compositeur de ce dont il avait jeté les bases quelque trente ans plus tôt.

 

Dans le premier mouvement, après un solennel Adagio d’introduction en mineur, un Allegro de forme sonate en majeur présente un thème enjoué dont le motif central se résume à une même note répétée quatre fois staccato avant de laisser tomber un petit soupir ironique. Et c’est ce même thème transposé à la dominante que l’on entend au milieu de l’exposition, là où l’on se serait attendu à un second thème contrastant. Dans le développement, Haydn isole chacun des motifs, en commençant par ce motif central de notes répétées staccato. Il les fait circuler en les répétant en boucle à travers les bois, les cordes et les cuivres dans un cycle de modulations de plus en plus intenses, avant de les réunir à nouveau en bon ordre dans la récapitulation pour conclure dans la tonalité de départ.

 

Le deuxième mouvement, Andante en 2/4 et en sol majeur, est quant à lui une superbe démonstration du malin plaisir que Haydn pouvait prendre à déjouer les expectatives de l’auditeur en jouant sur les ambiguïtés que peut générer le mélange des formes. Cet Andante commence par un thème sautillant en deux parties avec reprises, exposé tout en demi-teintes aux cordes. Suit ce qui a toutes les apparences d’une variation en mineur aux bois… Mais, après quatre mesures, éclate un tutti forte orageux avec cuivres et timbales, épisode modulant correspondant plutôt à un développement de forme sonate. Toutefois, à la quinzième mesure, cet épisode s’arrête brusquement en plein vol. Après une mesure de silence, comme si de rien n’était, le thème de départ revient à la dominante de manière tout aussi innocente aux cordes. Mais encore une fois, après quatre mesures, nouveau tutti forte ! Et ainsi de suite jusqu’à la fin, les tutti forte surgissant au milieu des douces variations sans avertissement en une remarquable variété d’éthos.

 

Comme dans bon nombre des symphonies londoniennes, avec ses ponctuations de cuivres et de timbales, le Menuet semble avoir été conçu pour un grand bal princier. Son trio de distingue cependant par la fluidité contrastante de la mélodie que s’échangent un hautbois et un basson doublés en douce par les violons, tandis que les autres cordes les accompagnent de discrets pizzicati.

 

Quant à l’Allegro spiritoso final, il s’agit d’un rondo sonate, c’est-à-dire d’une forme sonate dans laquelle revient le premier thème comme un refrain. Ce thème a ici toutes les caractéristiques d’une danse paysanne, avec notes tenues à la basse rappelant la cornemuse, et Haydn l’entraîne dans une ronde festive de plus en plus effervescente.

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